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« Bernard Maris voyait loin et juste » - Hommage au défunt économiste de Charlie Hebdo

Bernard Maris
Bernard Maris Photo: Richard Brouillette
Radio-Canada

L'UNESCO inaugure aujourd'hui à Paris une chaire de recherche au nom de l'économiste français Bernard Maris, mort dans l'attentat contre Charlie Hebdo il y a un an. Notre journaliste Vincent Resseguier s'est entretenu avec Normand Baillargeon, admirateur assumé de celui qui signait ses chroniques Oncle Bernard dans l'hebdomadaire satirique, revient sur son héritage.

Que représente, pour vous, Bernard Maris?

Bernard Maris était un économiste de premier plan et un grand universitaire. Il était aussi, et cela est aussi rare que précieux, un homme qui avait à cœur de partager son savoir afin de participer à la conversation démocratique et de l'enrichir.

Il avait pour ce faire une plume remarquable et de grands dons de pédagogue. Son engagement dans les médias et dans l'Association pour la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens (ATTAC) témoigne, entre autres choses, de ce généreux souci. Je dois dire que je l'aimais beaucoup. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises.

Que retenez-vous de sa contribution en tant qu'économiste?

Ses travaux sur Keynes et Freud, en partie réalisés avec cet autre économiste remarquable - un Québécois, hélas, décédé - Gilles Dostaler, restent de belles contributions à la discipline. Je tiens à souligner également son souci de pratiquer une science économique qui ne soit pas conforme à la ligne néo-classique, hégémonique de nos jours. Pour cela, il tenait à replacer l'économie en dialogue avec les sciences sociales, à s'intéresser à son histoire, aux différents paradigmes des écoles de pensée, à des problématiques et des figures aujourd'hui négligées.

Une chaire Bernard Maris à l'UNESCO, qui a pour ambition de mettre à l'honneur les sciences économiques en démocratie, de promouvoir une pensée ouverte et humaniste, qu'est-ce que ça vous inspire?

J'espère qu'on y pratiquera quelque chose qui ressemble à ce qu'il a souhaité accomplir et qu'il a accompli en effet, avec le même souci pédagogique et la même érudition au service du public, sans flagornerie ni démagogie, mais avec humour et intelligence.

Le Québécois Richard Brouillette a réalisé un documentaire sur Bernard Maris que vous avez vu et apprécié. Que retenez-vous de ce film?

J'en suis ressorti très ému.

Bernard Maris voyait loin et juste sur bien des sujets, par exemple, sur cette société de la connaissance annoncée qui sera, il le devine, une société de l'information vendue et achetée.

Il faut voir ce film pour prendre conscience de ce qu'est une pensée en action et l'entendre brocarder ces pontifiants lieux communs qu'on nous sert encore et toujours.

Entrevue avec le réalisateur Richard Brouillette

Bernard Maris était un économiste atypique, mais reconnu par ses pairs. En 1995, le magazine Le Nouvel Économiste lui attribue le titre de meilleur économiste de l'année et il était jusqu'à sa mort conseiller général à la Banque de France.

Les Français le connaissaient surtout pour ses talents de vulgarisateur en économie avec des chroniques à la radio publique française, mais aussi par la publication de nombreux ouvrages dont les deux tomes du son Antimanuel d'économie (Bréal).

La Chaire qui porte son nom à l'UNESCO a pour objectifs la démocratisation des sciences économiques et la promotion d'une pensée ouverte et humaniste.

Dans un esprit participatif, cher à Bernard Maris, cette institution tire en partie ses revenus d'une opération de financement participatif.

L'argent collecté va être investi dans l'organisation d'une conférence de citoyens sur l'économie et dans la création de cours d'économie en ligne, gratuits et traduits en plusieurs langues.

Le Québécois Richard Brouillette a réalisé un film documentaire (Nouvelle fenêtre) sur Bernard Maris, qui est projeté jusqu'au 17 janvier à la Cinémathèque québécoise, à Montréal.

Normand Baillargeon a signé un portrait de Bernard Maris (Nouvelle fenêtre) pour Le Devoir en 1998.

Économie