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Le Partenariat transpacifique affaiblira la gestion de l'offre

Le reportage de Jean-Michel Leprince

C'est acquis et admis, après l'accord avec l'Europe, celui du Partenariat transpacifique (PTP) vient encore rogner la protection accordée aux producteurs de produits laitiers du Canada : la gestion de l'offre.

Un texte de Jean-Michel LeprinceTwitterCourriel

L'entente prévoit notamment que les marchés agricoles soumis au système de gestion de l'offre (lait, oeufs, volaille) seront partiellement ouverts aux pays étrangers sur cinq ans. À terme, les producteurs étrangers pourront accaparer jusqu'à 3,25 % du marché des produits laitiers.

L'accord économique et commercial global intervenu l'an dernier entre le Canada et l'Union européenne prévoit une hausse de 17 700 tonnes du contingent d'importation de fromage. Total des deux accords : 5 % d'importations en plus. Le Canada importe actuellement environ 8 % des produits laitiers disponibles sur le marché.

« Les gens craignent, pour la très grande majorité dans le secteur laitier, que ces accords-là viennent encore amenuiser, affaiblir, réduire la gestion de l'offre. Donc, à long terme, ça pourrait vouloir dire que peu à peu, cette gestion de l'offre risque de s'essouffler, et éventuellement disparaitre », explique Lionel Levac, spécialiste des questions agricoles.

Or, M. Levac estime que ce n'est pas quelque chose qui va arriver demain matin. « Mais si on regarde à plus long terme, effectivement, on semble mettre en place toutes les conditions pour que cette gestion de l'offre finalement ne veuille plus dire grand-chose », conclut-il.

Après la conclusion de l'entente, le gouvernement conservateur avait promis un total de 4,3 milliards de dollars en compensations pour aider les producteurs touchés. Un producteur laitier pourrait toucher 165 600 $ sur une période de 15 ans.

« C'est une mauvaise promesse. Sur le total, 1,4 milliard de dollars s'appliqueraient sur la dévaluation de la valeur des quotas. S'il n'y a pas de baisse, on n'aura rien », estime Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec. « Les subventions européennes ou américaines à leurs agriculteurs ne sont jamais sur la table des négociations », ajoute-t-il.

Le nouveau gouvernement libéral ne nie pas le besoin de compensations, mais refuse d'emblée la promesse conservatrice. Il veut d'abord lire attentivement les détails de l'accord.

La production et la transformation laitière au Québec :

  • 5856 fermes
  • 110 usines
  • 83 000 emplois directs et indirects
  • 3 milliards de litres de lait produits
  • 2,4 milliards $ valeur de la production
  • 6,1 milliards $ de contribution au PIB
  • 1,3 milliard $ en retombées fiscales

Source : Les Producteurs laitiers du Canada

Plus grave que le libre-échange : les importations illégales de protéines du lait

Les protéines du lait, solides ou liquides, passent librement la douane canadienne, sans tarif, en vertu de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ce n'est pas le cas du lait, qui serait taxé.

Mais les concentrés liquides, obtenus par un procédé nouveau de diafiltration, changent de personnalité comme par magie de ce côté-ci de la frontière. Car l'Agence canadienne d'inspection des aliments, qui règlemente la composition des produits laitiers, les considère non pas comme des protéines, mais comme du lait. Le gouvernement fédéral ne fait pas son travail, disent les producteurs laitiers.

Comme ces concentrés liquides sont bien moins chers que le vrai lait, les transformateurs en profitent, et ne se privent pas pour en mettre dans leurs produits. Mais dans lesquels, et en quelle quantité? Impossible de le savoir, car pratiquement tous les yogourts et les fromages industriels contiennent soit des « substances laitières modifiées », des « ingrédients de lait modifiés » ou des « concentrés de protéines de lait ». De quelle provenance? Mystère.

Danone, Yoplait, Liberté, Ïogö, Kraft ou Black Diamond, tous ou presque en contiennent. Saputo ou Agropur en produisent même au Canada, mais aussi dans leurs filiales aux États-Unis. Les deux grands jouent-ils sur les deux tableaux?

« Nous, on n'est pas d'accord à ce qu'il y ait des importations de protéines en provenance des États-Unis, ce qu'on appelle le lait diafiltré. Que ce soit d'Agropur ou de Saputo ou de Parmalat, on n'est pas d'accord avec ça. Parce qu'on a 800 millions de litres en surplus qu'on fait sécher, qu'on entrepose et qu'on essaie d'exporter ; on l'a le lait nous autres », affirme Bruno Letendre.

Ces importations feraient perdre aux fermiers québécois de 5000 à 10 000 $ par mois, selon la taille de leur exploitation. Certaines auraient même fermé.

Condamné à l'excellence

C'est le cas de Jean Morin, de la Fromagerie du Presbytère, à Sainte-Élizabeth-de-Warwick, dans les Bois-Francs, qui est « victime » de son succès. Il vient d'acheter l'église, l'a restaurée – a préservé un coin pour la messe – et il a commencé à entreposer pour l'affinage de ses fameux Louis d'Or, qui, avec le Laliberté et le Bleu d'Elizabeth, a gagné de nombreux prix en Amérique du Nord. À présent, il peut passer de 65 à 100 vaches et produire assez de fromages pour suffire à la demande croissante.

Il vise l'exportation, en Nouvelle-Angleterre et dans le reste du Canada. Comme tous les producteurs, il n'aime pas les accords de libre-échange, mais il n'a pas l'intention d'attendre les bras croisés et se laisser faire.

« Ça nous inquiète un peu, mais plutôt que d'en avoir peur, on s'en sert comme motivation pour être meilleurs. Et secundo, de se positionner, de profiter encore du délai qu'on a avant que ces fromages-là arrivent chez nous », expose Jean Morin.

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