•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les hommes armés qui occupent un parc national de l'Oregon refusent de partir

Des manifestants ont couvert l'entrée du Malheur National Wildlife Refuge, en Oregon, d'un drapeau américain.
Des manifestants ont couvert l'entrée du Malheur National Wildlife Refuge, en Oregon, d'un drapeau américain. Photo: Jim Urquhart / Reuters

Trois jours après avoir pris d'assaut un édifice situé dans un parc naturel qui appartient au gouvernement fédéral, le Malheur National Wildlife Refuge, en Oregon, des hommes armés poursuivent leur siège, mené contre l'État fédéral au nom des libertés individuelles. Le FBI, qui dit surveiller la situation, n'est pas encore intervenu, mais la police a appelé lundi les miliciens armés à rentrer chez eux.

Ce qui a débuté comme une marche de soutien en faveur de Dwight Hammond, 73 ans, et de son fils Steven, 46 ans, deux propriétaires de ranch de la ville de Burns condamnés à la prison pour avoir incendié des terres publiques, s'est transporté 80 kilomètres plus loin, se transformant en mouvement d'occupation d'un refuge pour oiseaux.

« Les Hammond se sont rendus : il est temps pour vous de quitter notre communauté. Rentrez chez vous, dans vos propres familles et finissez cela pacifiquement », a enjoint Dave Ward, shérif du comté de Harney, une région rurale et agricole de l'Ouest américain.

Il a déploré qu'une « manifestation pacifique se soit transformée en (occupation) armée et illégale ».

Au cours d'un point de presse donné en après-midi, le porte-parole des manifestants, Ammon Bundy, a affirmé que le groupe, qui s'est surnommé « Citoyens pour la liberté constitutionnelle », ne quitterait pas le parc naturel national tant que ses demandes ne seraient pas satisfaites.

Entouré de protestataires se présentant comme des « patriotes », certains masqués, il a sommé le gouvernement fédéral, accusé de violer la Constitution, de restituer aux propriétaires de ranch les terres qu'il leur avait « volées ».

Il a donné cinq jours aux autorités pour donner une réponse au groupe armé, sans préciser ce qu'il ferait si elles n'obtempéraient pas à son ultimatum.

Il avait déjà soutenu que, s'il le fallait, les militants antigouvernementaux étaient prêts à rester « des années » pour obtenir ce qu'ils voulaient. Un reportage du réseau CBS a d'ailleurs montré les manifestants, qui ont demandé aux miliciens de se joindre à eux, érigeant des lits dans les bureaux situés dans le refuge.

Ammon Bundy a refusé de dire combien de personnes se trouvaient sur la propriété, mais les médias américains ont évoqué une vingtaine de protestataires.

L'objectif de l'occupation est de « redonner la terre et les ressources aux citoyens afin que les citoyens de tout le pays puissent de nouveau être prospères », a-t-il soutenu.

« Nous avons épuisé toutes les mesures raisonnables, qui ont toutes été ignorées », a affirmé Ammon Bundy.

« Nous n'avons pas l'intention de recourir à la force, mais nous nous défendrons si nous sommes attaqués », a-t-il averti.

Selon le Washington Post, il aurait précédemment affirmé que les activistes étaient « prêts à mourir » pour leur cause.

Nous sommes ici pour restaurer l'ordre, pour restaurer nos droits et cela pourrait se faire pacifiquement et facilement.

Ryan Bundy

Son frère Ryan a dit espérer que le mouvement s'étendrait à d'autres États américains.

La création du refuge national pour oiseaux a nui aux habitants de la région, plus particulièrement aux propriétaires de ranch, aux mineurs et aux chasseurs, a-t-il soutenu, affirmant qu'il avait pris la place de 100 ranchs en un siècle.

Les médias américains ont rapporté que plusieurs camionnettes et des hommes armés en tenue de camouflage bloquaient l'entrée du parc.

Les autorités ont par ailleurs indiqué que le personnel était en sécurité.

Avant d'occuper le refuge, les protestataires, se comptant alors par centaines, ont manifesté à Burns, une ville d'environ 2700 habitants située en plein désert, pour offrir leur soutien à Dwight et Steven Hammond.

Plusieurs des protestataires sont venus d'autres États.

Une condamnation qui a mis le feu aux poudres

Des manifestants ont protesté contre la sentence imposée à deux fermiers de l'Oregon.Des manifestants ont protesté contre la sentence imposée à deux fermiers de l'Oregon. Photo : PC / Les Zaitz

C'est la décision d'une cour d'appel ayant imposé une sentence plus sévère aux deux éleveurs qui a mis le feu aux poudres, en octobre dernier. 

Le tribunal de deuxième instance a imposé aux deux hommes, l'un initialement condamné à trois mois de prison et l'autre à un an, une peine d'emprisonnement de quatre ans pour avoir déclenché un incendie, en 2001, afin de couvrir des actes de braconnage. Le feu s'était étendu à des terres fédérales sur une superficie d'environ un demi-kilomètre carré, un geste qui tombe sous le coup d'une loi antiterroriste entraînant une peine minimale de cinq ans de prison.

Initialement condamnés en 2012, les deux propriétaires de ranch ont reconnu avoir allumé des feux sur leurs domaines, mais affirment l'avoir fait notamment pour éviter la propagation de plantes invasives.

Par la voix de leur avocat, ils se sont rapidement dissociés des actions du groupe dirigé par Ammon Bundy.

Celui-ci voit pour sa part dans la décision du tribunal un acte de représailles envers les deux hommes pour avoir refusé de vendre leurs terres au gouvernement fédéral. Il a affirmé que celui-ci avait ignoré toutes les lettres et les courriels que son groupe lui avait envoyés pour réclamer justice au nom de la famille Hammond.

Ce nouvel épisode s'inscrit dans un combat que mènent depuis des décennies des citoyens de l'Ouest américain contre le gouvernement fédéral pour récupérer des terres.

Cliven Bundy, un propriétaire de ranch proarmes et antigouvernement et qui est le père du porte-parole des manifestants, a lui-même été à la tête d'une manifestation armée reliée à cet enjeu l'an dernier.

Le FBI cherche une solution « pacifique »

Dans un communiqué diffusé dimanche soir, le FBI a dit collaborer avec les autorités de la localité et de l'État afin de « résoudre la situation de façon pacifique ». Le Bureau, qui mène les opérations, a refusé de donner des détails sur ce qu'il entend faire, invoquant des impératifs de sécurité.

À l'échelle du pays, plusieurs citoyens ont critiqué l'inaction des autorités jusqu'ici, attribuée au fait que les manifestants sont des Blancs.

Avec les informations de CNN, Associated Press, et Reuters

International