•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nouvelle escalade des tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des milliers d'Iraniens ont dénoncé l'exécution du cheikh Al-Nimr lors d'une manifestation organisée place Imam-Hossein, à Téhéran.

Des milliers d'Iraniens ont dénoncé l'exécution du cheikh Al-Nimr lors d'une manifestation organisée place Imam-Hossein, à Téhéran.

Photo : REUTERS/Raheb Homavandi/TIMA

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Après avoir rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran, l'Arabie saoudite va adopter de nouvelles sanctions contre son grand rival du Moyen-Orient, a annoncé lundi le ministre des Affaires étrangères du royaume wahhabite, Adel Al-Jubeir.

Les relations commerciales et les liaisons aériennes entre les deux pays seront suspendues, et les Saoudiens seront interdits de séjour en Iran, a-t-il annoncé dans une entrevue accordée à Reuters. Les pèlerins chiites pourront néanmoins toujours se rendre dans les villes saintes de La Mecque et de Médine, a-t-il précisé. 

Selon Adel Al-Jubeir, l'Iran doit se comporter comme un « pays normal » et respecter le droit international avant que les relations ne soient rétablies.

La République islamique est responsable de l'actuel accroissement des tensions, dit-il, l'Arabie saoudite ne faisant que réagir à « l'agression iranienne », qui consiste à envoyer des combattants dans certains pays arabes et à préparer des attaques à l'intérieur du Royaume d'Arabie saoudite et chez ses voisins du Golfe.

Il n'y a pas d'escalade de la part de l'Arabie saoudite. Nos mesures s'inscrivent en réaction. Ce sont les Iraniens qui sont allés au Liban. Ce sont les Iraniens qui ont envoyé les brigades Al-Qods et les Gardiens de la révolution en Syrie.

Adel Al-Jubeir, ministre saoudien des Affaires étrangères

Le conflit entre l'Arabie saoudite, qui prône une version ultrapuritaine de l'islam sunnite, et l'Iran, gardien de l'orthodoxie chiite, ne date pas d'hier, mais il a pris de l'ampleur depuis que Riyad a fait exécuter un cheikh chiite, Nimr Al-Nimr, samedi. 

Selon Adel Al-Jubeir, le cheikh, condamné à mort en octobre 2014 pour sédition, désobéissance civile et port d'armes, était un « terroriste » impliqué dans des attentats. L'Arabie saoudite, a-t-il estimé, devrait être applaudie pour cette exécution, au lieu d'être critiquée.

Les chiites saoudiens, qui constituent environ 10% de la population du royaume, et qui se plaignent régulièrement d'être marginalisés, le considéraient plutôt comme un héros; il avait été une figure de proue du mouvement de protestation qui a secoué l'est de l'Arabie saoudite, fief de la communauté chiite, en 2011 et en 2012.

Dans la foulée de cette exécution, des Iraniens se sont attaqués à l'ambassade saoudienne à Téhéran et au consulat saoudien à Mashhad dans la nuit de samedi à dimanche. Riyad a rompu ses relations diplomatiques avec la République islamique dans la foulée. 

L'Arabie saoudite et l'Iran s'affrontent notamment par alliés interposés dans les guerres civiles qui déchirent la Syrie et le Yémen. La dégradation de leurs relations risque de compliquer les efforts visant à rétablir la paix dans ces deux pays.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Entrevue avec le politologue Sami Aoun et l'ancien diplomate Ferry de Kerckhove

D'autres pays emboîtent le pas à l'Arabie saoudite

Le conflit confessionnel qui oppose les deux pays s'est par ailleurs étendu lundi, le Royaume de Bahreïn et le Soudan ayant rompu à leur tour leurs relations diplomatiques avec l'Iran.

À Bahreïn, où vit une majorité de chiites, la dynastie sunnite au pouvoir a demandé à tous les diplomates iraniens de quitter le royaume dans les 48 heures suivantes, a annoncé l'agence bahreïnie BNA.

Le Soudan, dont environ 70 % de la population est sunnite, a pour sa part décidé de rompre ses relations avec Téhéran et d'expulser l'ambassadeur iranien en poste à Khartoum, a annoncé lundi la télévision d'État Ekhbariya.

Le ministère soudanais des Affaires étrangères dit agir en réponse aux « attaques barbares » contre les représentations diplomatiques saoudiennes en Iran. 

Les Émirats arabes unis ont pour leur part décidé de réduire le niveau de leurs relations diplomatiques avec l'Iran, a fait savoir l'agence de presse officielle WAM. Le pays ne reconnaîtra plus un ambassadeur iranien, mais uniquement un chargé d'affaires, et le nombre de diplomates iraniens à Abou Dabi sera réduit.

Nouvelles manifestations anti-saoudiennes en Iran et en Irak

En Iran, quelque 3000 personnes se sont rassemblées lundi sur la place Imam-Hossein, à Téhéran, pour protester contre la mise à mort du cheikh Al-Nimr.

Les manifestants ont hué la famille Al-Saoud et brûlé des drapeaux des États-Unis et d'Israël, considérés comme les principaux ennemis de l'Iran. Le drapeau saoudien ne peut pas être brûlé, car il porte une inscription du Coran, sacrée pour les musulmans.

Des Irakiens ont défilé dans les rues de Najaf lundi pour protester contre l'exécution du cheikhAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Irakiens ont défilé dans les rues de Najaf lundi pour protester contre l'exécution du cheikh Al-Nimr.

Photo : Alaa Al-Marjani / Reuters

Des Irakiens ont aussi protesté contre l'exécution du dignitaire chiite saoudien en marchant par milliers à Bagdad et dans d'autres villes du sud, dont Bassora, et les villes chiites saintes de Najaf et de Kerbala. Les manifestants ont scandé des slogans attaquant la famille Al-Saoud, au pouvoir en Arabie saoudite.

Deux mosquées sunnites ont aussi été partiellement détruites par des explosions dimanche soir à Hilla, à une centaine de kilomètres au sud de Bagdad. L'affaire s'apparente à des représailles consécutives à l'exécution de Nimr Al-Nimr.

Les chiites irakiens, régulièrement persécutés lorsque Saddam Hussein dirigeait le pays, sont aujourd'hui au pouvoir et sont des alliés des Iraniens. Environ les deux tiers des Irakiens sont de confession chiite.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le reportage de Joyce Napier

Qui est cheikh Al-Nimr ?

Le cheikh Nimr Al Nimr, exécuté dimanche, était une épine pour la famille royale saoudienne. Chef religieux charismatique, il incarnait les revendications de la minorité chiite du royaume, qui représente environ 10 à 15 % de la population.

De retour d'une formation théologique en Iran de plus de 20 ans, il s'installe dans son village natal, où il prêche chaque vendredi.

Dans ses discours, il dénonce les pratiques de la famille royale saoudienne et revendique des droits pour la minorité chiite, qui s'estime « marginalisée ». Il prônait cependant une lutte pacifique.

Ce qui lui a valu plusieurs arrestations entre 2006 et 2009.
Quand « le printemps arabe » éclate, cheikh Al-Nimr a été une des figures de la protestation dans la région.

En 2012, il fera une déclaration au sujet du prince Nayaf après sa mort dans laquelle il affirme que le prince « brûlait en enfer ». Ce propos n'a pas été du goût de la famille royale.

Il a également réclamé que la région d'Al-Qatif soit annexée au Bahreïn voisin, où réside une majorité chiite.

Ces positions lui ont valu une série de quatorze chefs d'accusation, dont « appel à la sédition » et « rébellion contre le souverain ».

 

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Le Monde

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !