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Colère en Iran après l'exécution d'un dignitaire chiite saoudien

L'ambassade saoudienne à Téhéran est la proie des flammes le 2 janvier à la suite d'une manifestation en réaction à l'exécution par Riyad du cheikh Nimr al-Nimr.
L'ambassade saoudienne à Téhéran est la proie des flammes le 2 janvier à la suite d'une manifestation en réaction à l'exécution par Riyad du cheikh Nimr al-Nimr. Photo: Reuters Photographer / Reuter
Reuters

Des manifestants iraniens ont envahi l'ambassade d'Arabie saoudite à Téhéran dans la nuit de samedi à dimanche, après l'exécution dans le royaume wahhabite de 47 condamnés, dont un haut dignitaire chiite.

Des manifestants s'étaient massés devant les portes de l'ambassade pour protester contre l'exécution du cheikh Nimr al-Nimr, virulent critique du régime saoudien. Ils ont réussi à pénétrer dans l'enceinte et ont commencé à y mettre le feu avant d'être chassés par la police, rapporte l'agence de presse iranienne Isna.

Un des clichés diffusés sur les réseaux sociaux montre une salle saccagée et des meubles brisés, sous un portrait du roi Salman d'Arabie saoudite.

Peu après, le ministère iranien des Affaires étrangères a publié un communiqué appelant au calme et demandant aux manifestants de respecter les lieux diplomatiques, rapporte le site internet Entekhab.

Hossein Sajedinia, chef de la police de Téhéran cité par l'agence Isna, a annoncé l'arrestation d'un nombre indéterminé « d'éléments incontrôlés ». Le parquet iranien a fait état de l'interpellation de 40 personnes.

Des manifestants iraniens continuent d'exprimer leur colère au lendemain de l'exécution de Nimr al Nimr.Des manifestants iraniens continuent d'exprimer leur colère au lendemain de l'exécution de Nimr al Nimr. Photo : Reuters Photographer / Reuter

L'affaire semble avoir balayé les espoirs de constitution d'un front commun contre les djihadistes de l'État islamique, susceptible d'ouvrir la voie à un rapprochement entre deux puissances du Golfe qui s'affrontent indirectement en Syrie et au Yémen.

La quasi-totalité des 47 hommes exécutés samedi en Arabie saoudite étaient des sunnites condamnés pour des attentats commis par Al-Qaïda il y a une dizaine d'années, mais c'est le sort du cheikh Al-Nimr et de trois autres chiites, accusés d'avoir participé à l'agression de policiers en 2011-2013, qui a retenu l'attention.

« Vengeance divine »

Les proches du cheikh Nimr ont annoncé dimanche avoir été informés par les autorités saoudiennes que sa dépouille avait été inhumée « dans un cimetière musulman » et ne serait pas remise à la famille.

« Le sang injustement versé du martyr opprimé va, à n'en pas douter, faire son effet et la vengeance divine va s'abattre sur la classe politique saoudienne », a promis dimanche l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne, cité par la télévision publique.

La veille, sur son site Internet, il avait diffusé un montage photo montrant deux bourreaux, l'un saoudien et l'autre de l'État islamique, sous le sous-titre « Quelle différence ? ».

Condamnant lui aussi l'exécution du cheikh, qu'il juge « inhumaine », le président iranien Hassan Rohani a réclamé des poursuites à l'encontre des « extrémistes » qui s'en sont pris à l'ambassade saoudienne ainsi qu'au consulat saoudien de Mashhad, dans le nord du pays, et a promis que la sécurité des missions diplomatiques serait assurée.

Les Gardiens de la révolution (Pasdaran), organisation paramilitaire qui dépend directement de l'ayatollah Khamenei, ont quant à eux brandi la menace d' « une terrible vengeance » contre la famille royale saoudienne, qui « provoquera la chute de ce régime pro-terroriste et anti-islamique ».

L'ambassadeur d'Iran à Riyad a été convoqué au ministère des Affaires étrangères. Dimanche, les Émirats arabes unis, alliés de Riyad, ont également convoqué l'ambassadeur d'Iran et lui ont remis une note de protestation.

En Irak, où le gouvernement majoritairement chiite est proche de l'Iran, plusieurs personnalités politiques et religieuses ont demandé la rupture des relations diplomatiques avec l'Arabie saoudite, s'interrogeant sur la volonté de Riyad de mettre sur pied une alliance régionale contre l'État islamique.

null Photo : ICI Radio-Canada

Inquiétude à travers le monde

Le grand ayatollah Ali Sistani, le plus haut dignitaire chiite d'Irak, a quant à lui condamné « une agression injuste ».

Du point de vue saoudien, les 47 exécutions de samedi visent à décourager le djihadisme en Arabie saoudite, victime elle aussi d'attentats sunnites qui ont fait des dizaines de morts l'an dernier.

Certains observateurs estiment que l'exécution des quatre chiites était un moyen pour le pouvoir de prouver qu'il ne fait pas de distinction entre chiites et sunnites quand il s'agit de punir les responsables de violences politiques.

La famille Al Saoud craint d'être renversée face à la montée en puissance des djihadistes sunnites en Syrie et en Irak. En outre, l'accord sur le programme nucléaire iranien, soutenu par les États-Unis, principal allié de l'Arabie saoudite, n'a rien fait pour apaiser les inquiétudes de Riyad.

Les alliés occidentaux de la monarchie wahhabite, qui sont nombreux à lui vendre des armes, s'inquiètent de leur côté de la nouvelle assurance dont elle fait montre à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières.

Le département d'État américain a estimé que l'exécution de Nimr al-Nimr risquait « d'exacerber les tensions interreligieuses au moment où il y a un besoin urgent de les réduire » et appelé les dirigeants des pays de la région à « redoubler d'efforts » pour apaiser les tensions dans la région.

La représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s'est exprimée en des termes similaires.

Les partisans de l'État islamique ont pour leur part appelé à des représailles contre des soldats et des policiers saoudiens dans un message sur Telegram, rapporte SITE, un service de surveillance des sites internet islamistes.

L'exécution simultanée des 47 hommes - 45 Saoudiens, un Égyptien et un Tchadien - est la plus importante pour des infractions liée à la sécurité en Arabie saoudite depuis celle, en 1980, de 63 djihadistes condamnés pour l'attaque de la grande mosquée de La Mecque, l'année précédente.

Plusieurs dirigeants dénoncent ces exécutions

La France « déplore profondément » l'exécution de 47 condamnés en Arabie saoudite, dont un haut dignitaire de la minorité chiite, déclare le porte-parole du ministère des Affaires étrangères dans un communiqué publié dimanche.

La France « appelle les responsables de la région à tout faire pour éviter l'exacerbation des tensions sectaires et religieuses », peut-on lire dans le communiqué du Quai d'Orsay.

« La France rappelle son opposition constante à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances », lit-on également.

Le Canada « réprouve » les exécutions en Arabie saoudite

Dans un communiqué envoyé dimanche, le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion appelle l'Arabie saoudite à respecter « l'expression pacifique de la dissidence ».  « Le Canada s'oppose à la peine de mort et réprouve l'exécution de 47 personnes en Arabie saoudite le 2 janvier 2016 », lit-on. La veille, le ministère s'était dit « déçu » des exécutions, dans une note envoyée à Radio-Canada.

Pour sa part, le chef du Hezbollah libanais, le cheikh Hassan Nasrallah, a condamné dimanche l'exécution « épouvantable » du cheikh Nimr al-Nimr en Arabie saoudite, qui selon lui « ne doit pas être prise à la légère ».

« Nous sommes confrontés à un événement épouvantable, une décision terrible que les Al Saoud ont prise à la légère », a dit le chef du mouvement chiite libanais dans un discours diffusé en direct sur la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar.

« Mais c'est quelque chose qui ne doit pas être pris à la légère », a-t-il ajouté, parlant d'un « message de sang » envoyé par l'Arabie saoudite qui recherche selon lui l'affrontement entre sunnites et les chiites.

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