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La chute des prix des produits de base nuit au secteur minier canadien

La collecte du charbon métallurgique dans une mine.

La collecte du charbon métallurgique dans une mine.

Photo : waterenergy.com

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le marché des produits de base s'est effondré et, bien que les entreprises minières canadiennes semblent prêtes à tenir le coup, le tout pourrait avoir un impact sur l'économie canadienne à cause du bas prix des métaux et des minéraux.

Le prix des métaux et des minéraux suivants avait chuté à la fin décembre comparativement à décembre 2014 :

  • charbon -32 %
  • minerai de fer -24 %
  • palladium -30 %
  • cuivre -25 %
  • zinc -30 %
  • aluminium -19 %

Toutes ces ressources naturelles sont exploitées au Canada dans le cadre d'une industrie qui emploie 380 000 Canadiens, domine les marchés boursiers et est un moteur essentiel de l'économie y contribuant 54 milliards de dollars au produit national brut (PNB) en 2013.

« C'est tellement lié à de nombreux secteurs de l'économie. Il y a tout un écosystème des mines au Canada », explique Pierre Gratton, président et chef de la direction de l'Association minière du Canada.

L'interdépendance de cet écosystème commence à montrer des signes d'usure. En 2015, les minières canadiennes ont réduit leurs effectifs, vendu des actifs non rentables et réduit leurs coûts.

Dans le monde entier, des mines sont fermées, Anglo American a mis 85 000 personnes à pied, Glencore vend ses actifs dans un effort de gestion de sa dette et Teck éliminé des postes songe à fermer ou suspendre ses opérations d'extraction de charbon métallurgique y compris celles de certaines mines situées au Canada.

Un long et pénible ralentissement

Le secteur des produits de base a toujours fait preuve de cynisme, mais plusieurs analystes disent que cette période de ralentissement risque d'être plus longue et plus difficile que d'habitude.

Travailleurs chinois de la construction à PékinAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Travailleurs chinois de la construction à Pékin

Photo : AFP / WANG ZHAO

La Chine serait la cause principale de ce long ralentissement, selon Dina Ignajotvic, une économiste des Services économiques TD. « La Chine est le plus important consommateur de produits de base et est à l'origine de la plus importante augmentation de la demande au cours des dernières années », explique-t-elle.

Celle-ci a toutefois réduit ses importations de métaux et de minéraux puisque son économie a ralenti. « Son ralentissement [économique] a non seulement entraîné une baisse de la demande, il est aussi surveillé de près par les opérateurs de marché qui ont fait baisser les prix », explique Mme Ignajotvic.

La Chine a énormément investi dans ces infrastructures au cours des cinq dernières années, des projets pour lesquels le zinc, le nickel, l'aluminium et d'autres produits de base canadiens étaient nécessaires.

L'économie canadienne continuait donc de tourner alors que le reste du monde continuait d'encaisser à la suite du ralentissement post-2009.

Trop de tout

En raison de la hausse de la demande en provenance de Chine les minières canadiennes ont ouvert de nouvelles mines et augmenté leur production. Cela signifie aujourd'hui qu'avec la baisse de la demande en provenance de l'Asie, il y a un surplus de presque tout sur le marché.

Cela ne signifie pas pour autant que le secteur des mines est en danger, selon Jessica Fung, analyse en recherche sur les actions, matières premières, BMO Marchés des capitaux.

« [Les minières canadiennes] ont bénéficié il y a quelques années de prix relativement élevés et la majorité d'entre eux ont donc de bons bilans financiers au départ, alors nous n'avons pas connu beaucoup de faillites comparativement par exemple au secteur américain du charbon », souligne-t-elle.

Ils jouissent également de l'impact de la vente de leurs produits en dollars américains, alors que leurs coûts sont en dollars canadiens ou autres devises qui ont perdu de la valeur, dit Mme Fung. La dépréciation de 17 % du dollar canadien est un bon coup de pouce pour leurs bénéfices nets.

Les coûts de l'énergie et du transport diminuent avec le prix du pétrole, bien que cela n'ait pas d'impact sur les mines canadiennes en sol étranger, car dans plusieurs pays le prix du pétrole est fixé par l'État.

La courbe des coûts baisse, mais le risque est que cela ne fera que faire durer le mal.

« Un des moyens utilisés par les entreprises minières pour réduire les coûts est de produire plus, de faire des économies d'échelle. Si vous réussissez à extraire plus, le coût par unité est réduit », explique Jessica Fung.

Exporter plus à prix réduit


« Cela fait partie du problème, selon elle. Si vous augmentez la production pour réduire les coûts, votre impact sur le marché dans son ensemble est d'augmenter l'offre. »

C'est exactement ce que montrent les chiffres de commerce. Le Canada a exporté des métaux et des minéraux d'une valeur de 19,6 milliards de dollars dans les neuf mois se terminant à la fin septembre. C'est 19,2 milliards de dollars de plus que ce qui a été exporté l'année précédente, et ce malgré la chute des prix.

Le volume des minéraux et des métaux exporté par le Canada a donc augmenté alors que le prix de tous les produits de base a baissé. Il faudra du temps pour que leur prix augmente à nouveau et celui de certains produits grimpera plus rapidement que d'autres, selon l'économiste Dina Ignajotvic.

Plusieurs mines existantes sont épuisées et le prix pourrait augmenter rapidement une fois une reprise de la demande qui pourrait avoir lieu dès l'an prochain, ajoute-t-elle. Le nickel pourrait également reprendre de la valeur rapidement, car l'Indonésie en a interdit l'exportation.

Il y a toutefois un excédant mondial de cuivre et d'aluminium, deux métaux qui servent dans le secteur de la construction et il faudra que la demande augmente énormément pour que son prix se rétablisse.

Pour sa part, Pierre Gratton, président et chef de la direction de l'Association minière du Canada, ne croit pas que les prix des métaux et de minéraux se rétabliront avant 2017 et croit que de nombreuses compagnies minières canadiennes continueront de produire malgré les faibles prix.

« Il faut planifier longtemps pour fermer une mine et c'est très coûteux. La tendance est de poursuivre les opérations tant que cela est possible », soutient-il.

L'Association minière a demandé à Ottawa de prendre des mesures pour que les opérations minières dans le Nord et dans les régions isolées soient plus rentables et à investir dans les infrastructures, comme les routes, qui peuvent réduire les coûts de l'ouverture de nouvelles mines.

Pierre Gratton est plus inquiet des tendances de l'industrie de l'exploration minière qui connaît des difficultés qui ont commencé avant le cycle de ralentissement actuel. « Depuis la crise financière de 2008, le capital-risque a délaissé le secteur de l'exploration minière », souligne-t-il.

Le Canada est toujours un chef de file dans le secteur de l'exploration minière, mais les nouveaux venus dans le secteur, ceux qui font la majeure partie de l'exploration ne trouvent plus de capital pour financer leurs efforts.

Cette situation pourrait nuire à la place du Canada en tant que puissance mondiale dans le secteur minier, car il y aura moins de nouveaux filons.

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Acadie