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Un réveillon de Noël à 15 degrés Celsius, est-ce normal?

Montréal, le 16 décembre 2015.

Montréal, le 16 décembre 2015.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Difficile de ne pas penser aux changements climatiques alors que le mercure devrait dépasser les 15 degrés Celsius à Montréal le 24 décembre. 

« C'est très, très hors de l'ordinaire », a affirmé le météorologue à Environnement Canada Simon Leblanc, en entrevue sur ICI RDI mercredi. Le réveillon de 2015 sera « une journée record », dit-il. 

Mais « ce n'est pas exceptionnel » pour autant de ne pas avoir un tapis blanc pour Noël, souligne le météorologue. Il rappelle que, l'année dernière à la même date, la métropole était mi-blanche, mi-verte. « Ça arrive de façon cyclique », note-t-il.

Un « super » El Nino

Cette année, les températures clémentes sont dues en partie à un « super » El Nino qui entraîne l'air chaud du Pacifique jusque chez nous et bouleverse les courants d'air glaciaux qui teintent habituellement nos hivers.

El Nino est un phénomène naturel qui survient lorsque les températures de surface de l'océan Pacifique se réchauffent durant une période plus longue qu'à l'habitude, entraînant des dérèglements climatiques un peu partout sur le globe. Habituellement, le phénomène survient tous les deux à sept ans, alternant avec La Nina, son contraire. Celui de cette année est l'un des plus forts jamais enregistrés.

El Nino n'est pas le seul à blâmer pour les températures anormalement chaudes, soutient le spécialiste du climat de l'Université de la Colombie-Britannique Simon Donner.

Selon l'Organisation météorologique mondiale, El Nino est responsable de 16 % à 20 % de l'augmentation des températures en 2015. Le reste serait dû au réchauffement climatique.

« La raison pour laquelle on voit des températures aussi extrêmes est qu'El Nino survient en plus du réchauffement climatique. »

— Une citation de  Simon Donner, de l'Université de la Colombie-Britannique

« El Nino signifie un hiver doux pour une bonne partie du Canada et El Nino, additionné au réchauffement climatique, signifie un hiver doux record », enchaîne-t-il.

Pour sa part, Simon Leblanc estime qu'il est difficile d'attribuer les conditions anormales de cette année à l'un ou à l'autre.

« Avec une seule année, on ne peut pas dire que c'est 100 % les changements climatiques », croit-il. C'est aussi « difficile de faire des comparaisons avec les événements El Nino précédents, puisque celui de cette année est très fort. »

Il estime tout de même que les températures exceptionnelles de cette année sont plus largement attribuables à El Nino qu'au réchauffement climatique.

Selon Simon Leblanc, l'hiver 2016 sera « au-dessus des normales ». « On ne sait pas encore pour les précipitations de neige, mais on s'attend à avoir un hiver un peu plus pluvieux », dit-il.

« Une hausse énorme »

El Nino ou pas, les températures se réchauffent à l'échelle planétaire et les hivers canadiens le montrent bien.

« Nous nous dirigeons vers un réchauffement de 4 degrés Celsius ou plus, pour les hivers à venir du moins. »

— Une citation de  Simon Donner, de l'Université de Colombie-Britannique

Environnement Canada, qui étudie les hivers canadiens depuis 68 ans, confirme cette progression des températures. Les hivers seraient désormais de 3 degrés Celsius plus chauds que ce qu'ils étaient. « Une hausse énorme », signale David Phillips, climatologue à Environnement Canada.

Lors du sommet de Paris sur le climat, début décembre, la communauté internationale s'est entendue pour limiter la hausse des températures « bien en deçà de 2 degrés » par rapport à l'ère préindustrielle, et même d'essayer de rester sous la barre de 1,5 degré.

Selon David Phillips, les Canadiens peuvent s'attendre aux changements suivants dans les prochaines années :

  • Les hivers se réchaufferont plus vite que les étés;
  • Le réchauffement sera moins important près des côtes, car le climat est modéré par les océans.

« Les changements ont été plus ou moins rapides dans les 60 dernières années », note David Phillips. Pour le futur, ces changements se feront deux fois plus rapidement, selon le climatologue.

Les Noëls blancs seront toujours possibles, mais « on devra peut-être y rêver un peu plus fort et même prier pour les années à venir », dit-il.

La perturbation du climat

Bien que les températures soient anormalement clémentes, plusieurs se souviennent des grands froids des deux derniers hivers ainsi que des tempêtes de neige démesurées, comme celle qu'a connue Buffalo en novembre 2014. 

« Au début de l'année 2015, on a aussi battu des records de froid, mais la deuxième partie de 2015, elle, était plus chaude qu'à l'habitude », note Simon Leblanc.

Climat ou météo?

  • Le climat correspond aux conditions météorologiques moyennes, et est basé sur l'interaction entre l'atmosphère, les océans et les continents;
  • La météo étudie les phénomènes atmosphériques (pression, température, vent, etc.) afin d'établir des prévisions pour un endroit donné.

« Les changements climatiques, c'est une perturbation du climat à l'échelle planétaire », et ça ne signifie pas non plus que l'hiver sera moins enneigé, ajoute le météorologue.

Cela fait partie du paradoxe des changements climatiques, quoique la moyenne de ces changements pointe vers un réchauffement global de la planète.

En somme, le climat sera dorénavant imprévisible et cela aura plusieurs conséquences sur l'environnement, mais aussi sur l'économie.

Par exemple, entretenir des patinoires en hiver ou des pistes de ski sera plus difficile et coûtera beaucoup plus cher.

Selon le professeur John Gyakum, de l'Université McGill, il est aussi fort probable que le phénomène El Nino soit plus récurrent, ce qui pourrait causer encore plus de tempêtes de verglas et de pluie verglaçante dues aux changements soudains de température.

La crise du verglas de 1998, qui a privé des milliers de foyers d'électricité pendant plus d'un mois au Québec, était survenue la même année qu'un événement El Nino.

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Une rue de Montréal en pleine crise du verglas, en 1998.

Photo : La Presse canadienne / ROBERT GALBRAITH

« Les gens devront s'adapter », soutient le professeur Gyakum, aussi directeur du Département de sciences atmosphériques et océaniques à l'Université McGill. 

L'année la plus chaude : 2015 ou 2016?

L'année 2015 a enregistré plusieurs records de températures, mais ce serait plutôt un avant-goût des années à venir. 

« 2014 était la plus chaude jamais enregistrée, et 2015 est en train de détrôner ce record. »

— Une citation de  Simon Donner, de l'Université de la Colombie-Britannique

La prochaine année sera probablement plus chaude parce que les gaz à effet de serre atteignent de nouveaux records chaque année depuis 30 ans, soutient Michel Jarraud, de l'Organisation météorologique mondiale.

Les gaz à effet de serre, comme le CO2, emprisonnent la chaleur émise par la Terre, augmentant ainsi la température ambiante, un peu à la manière d'une couverture. 

De plus le phénomène El Nino se poursuivra en 2016, ajoute M. Jarraud.

« L'année où les températures seront le plus influencées par El Nino sera plutôt 2016 que 2015 », explique-t-il.

Avec les informations de Reuters, et CBC

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