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Les États-Unis lèvent l'interdiction de dons de sang pour les homosexuels

Les hommes homosexuels et bisexuels pourront désormais faire don de leur sang aux États-Unis.

Les hommes homosexuels et bisexuels pourront désormais faire don de leur sang aux États-Unis.

Photo : La Presse canadienne / Toby Talbot

Radio-Canada

Les États-Unis ont finalement levé l'interdiction de dons de sang d'hommes homosexuels et bisexuels lundi. Toutefois, des restrictions majeures leur seront imposées.

L'interdiction datait du début des années 1980. Elle avait été instaurée alors que le pays était en pleine crise du VIH, un virus fort méconnu à l'époque.

Jusqu'à aujourd'hui, aux États-Unis, les hommes devaient indiquer sur le questionnaire lors d'un don de sang s'ils avaient eu des rapports sexuels avec d'autres hommes depuis 1977, année où l'épidémie de VIH a débuté au pays.

S'ils répondaient par l'affirmative, ils ne pouvaient effectuer un don.

La nouvelle politique proposée par la Food and Drug Administration (FDA), leur permettra désormais de faire un don, mais à une condition : avoir été abstinent pendant les 12 derniers mois.

Cette restriction s'applique également aux femmes qui ont eu des relations sexuelles avec des hommes qui eux-mêmes ont eu des rapports avec d'autres hommes dans l'année précédente. 

La nouvelle politique de la FDA se veut un guide de référence pour les banques de sang, et non une réglementation. 

Une condition fortement critiquée

Ce changement important de la FDA découle d'une politique qui avait été proposée l'année dernière. Toutefois, elle résulte de plusieurs années de pressions de différents groupes médicaux et de groupes LGBT qui qualifiaient cette interdiction de dépassée, l'accusant aussi de perpétrer les stéréotypes.

Bien que divers groupes aient salué ce « pas dans la bonne direction », ils sont très critiques de la condition imposée, qu'ils qualifient de discriminatoire, puisqu'elle se base sur l'orientation sexuelle et non sur le risque individuel.

Par exemple, cela ne prend pas en compte les hommes homosexuels et bisexuels qui prennent le Truvada.

Le Truvada est un nouveau médicament qui peut prévenir la contraction du VIH. Il est aussi prescrit, en association avec d'autres médicaments, à des individus séropositifs. 

Pour Ryan James Yezak, fondateur de la National Gay Blood Drive, la fin de la discrimination approche, mais il encourage fortement la « FDA à se diriger vers une approche basée sur les risques individuels que pose chaque individu » lors d'un don de sang.

« Cela continue de stigmatiser les hommes homosexuels et bisexuels », a déclaré David Stacy de Human Rights Campaign, le plus grand groupe de défense des droits des homosexuels aux États-Unis.

« C'est ridicule qu'un homme homosexuel marié et dans une relation monogame ne puisse pas donner de sang alors qu'un homme hétérosexuel qui multiplie les partenaires sexuels le peut », a affirmé Jared Polis, un démocrate du Congrès américain et ouvertement homosexuel.

Il n'y a aucune donnée scientifique qui impose un temps d'abstinence pour les hommes homosexuels.

Jared Polis, démocrate, membre du Congrès des États-Unis

Le LGBT Equality, un caucus du Congrès américain codirigé par Jared Polis, rapporte aussi qu'une étude de 2014 de la FDA démontrait que la prévalence du VIH chez les donneurs de sang masculin homosexuels et bisexuels est de 0,25 % alors qu'à l'échelle du pays ce chiffre est de 0,38 %.

En somme, les chances qu'un individu se présentant pour un don de sang soit porteur du VIH sont moindres en prenant seulement en compte les hommes homosexuels et bisexuels. 

MERS

La FDA se défend

La règle d'abstinence d'un an est aussi en vigueur dans d'autres pays, tels que le Royaume-Uni, l'Australie, le Japon et la France.

D'ailleurs, la nouvelle politique américaine s'est basée sur celle de l'Australie qui, elle, est en place depuis 10 ans.

Le Dr Peter Marks de la FDA a expliqué en conférence de presse que la levée de l'interdiction et les conditions qui en découlent sont « appuyées par des preuves scientifiques » et qu'ainsi, elles « vont continuer à protéger les banques de sang ».

La FDA a estimé que ne pas inclure une période d'abstinence d'un an augmenterait les chances de transmission du VIH dans les banques de sang de 400 %.

Une augmentation de cette importance est inacceptable.

Dr Peter Marks de la FDA

Rappelons que tous les dons de sang sont testés pour le VIH. Toutefois, avec les tests actuels, il y a une fenêtre d'environ 10 jours entre le jour de l'infection et la possibilité d'en faire le dépistage.

Le Dr Marks a expliqué que la période d'abstinence est notamment basée sur ce test. Bien que les nouveaux tests « soient très fiables, ils ne sont pas parfaits ». « C'est pourquoi l'élimination de la période d'abstinence est impossible pour le moment », soutient-il.

La FDA rapporte aussi qu'il n'y a aucune donnée supportant des périodes d'abstinence plus courte, précisant qu' « il n'y a pas d'autres pays qui imposent des intervalles plus courts », a ajouté le Dr Marks.

La Croix-Rouge estime qu'aux États-Unis, le risque de récolter un don de sang infecté par le VIH est de 1 sur 1,5 million, en se basant sur toute la population américaine.

Environ 15,7 millions de don de sang sont effectués chaque année aux États-Unis.

Plus près de chez nous

Au Canada, les politiques de la Société canadienne du sang sont plus sévères. Bien que les hommes homosexuels et bisexuels puissent donner leur sang depuis 2013, un délai d'abstinence de cinq ans est requis. 

La même interdiction que les États-Unis avait été intégrée à la réglementation de Santé Canada en 1992, pour être finalement levée en 2013. 

La Société canadienne du sang va proposer une nouvelle politique au début de l'année 2016 afin de réduire la période d'abstinence à un an.

Les mêmes conditions s'appliquent à Héma-Québec.

Avec les informations de Associated Press, Reuters, New York Times, et Guardian

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