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Quand un agent dégaine son arme au coeur d'une manifestation

Les policiers de Montréal lors d'une manifestation en mars dernier.

Les policiers de Montréal lors d'une manifestation en mars dernier.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) confirme qu'un de ses agents a dégainé son arme de service lors d'une manifestation contre l'austérité tenue vendredi dernier. « Il craignait pour sa vie », a fait valoir le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, dans une entrevue accordée mardi à Gravel le matin.

Selon lui, deux policiers du groupe d'intervention étaient présents lors de cette manifestation, dans le but d'en « extraire les gens qui font des actes criminels ». Ils ont finalement été reconnus par des manifestants, qui les ont encerclés et leur auraient lancé des objets.

Les agents ont alors sommé les manifestants de reculer, puis ont sorti leur poivre de Cayenne, mais en vain. L'un d'eux a donc sorti son arme en fin de compte, selon Ian  Lafrenière.

Le porte-parole du SPVM a été évasif quant à la façon dont les policiers ont pu se glisser dans la manifestation.

Il a d'abord dit qu'ils étaient habillés « en civil » afin de « ressembler le plus possible aux gens sur place » et « passer incognito ». S'ils étaient en uniforme, on « n'aurait pas cette facilité-là », a-t-il plaidé.

À la fin de l'entrevue, Ian Lafrenière a plutôt soutenu que les agents présentaient un « look assez policier », ce qui explique pourquoi ils ont été reconnus.

Il n'a d'ailleurs pas pu préciser si les agents portaient des cagoules, comme l'ont raconté des témoins. Des vérifications sont en cours, mais « je n'ai pas de réponse » à ce sujet, a-t-il laissé tomber.

Une militante, présente à la manifestation, est toutefois formelle. « Plusieurs policiers étaient masqués », avance l'étudiante à la maîtrise en science politique à l'UQAM, Lynda Khelin. « C'était problématique », précise-t-elle en faisant référence au règlement P6 qui interdit les masques dans les manifestations.

Agents provocateurs et désinformation

Ian Lafrenière dément aussi que les policiers agissent comme des « agents provocateurs » dans de telles situations. « Ce ne sont pas les policiers qui demandent aux gens de faire des actes criminels » ou qui viennent mettre de l'« huile sur le feu », affirme-t-il, en dénonçant la « désinformation » dont les policiers font l'objet, selon lui.

Lorsqu'on lui fait remarquer que la version qu'il offre diffère de celle fournie par des témoins, il répond laconiquement : « on a rarement la même version ».

Bien que les policiers se soient mêlés à la manifestation, M. Lafrenière assure qu'il est inexact de dire qu'ils étaient « infiltrés », un terme réservé à des agents qui enquêtent dans des causes criminelles, comme du trafic de stupéfiants ou un complot pour meurtre.

Il fait aussi valoir que la présence de ces agents est positive pour les manifestants, dans la mesure où ces derniers n'ont pas l'intention de commettre des actes criminels.
Il souligne du même souffle que seuls 8 des 500 manifestants participant à la manifestation de vendredi ont été arrêtés.

M. Lafrenière déplore par ailleurs que les médias ne parlent pas du fait que des manifestants ont lancé des projectiles « à bout portant » sur les policiers, comme on peut le voir, selon lui, dans des vidéos mises en ligne sur YouTube.

La version d'une manifestante

Une militante présente lors de la manifestation, Chantal Saumur, soutient que la manifestation était pratiquement terminée lorsque des manifestants ont découvert que des policiers s'étaient glissés parmi eux.

« Quand les gens ont identifié les trois hommes allégués policiers [...] on s'est dirigé vers eux », explique l'étudiante au doctorat en psychologie à l'Université de Montréal. « Il y avait trois hommes. L'un d'eux a même quitté. Ils n'ont jamais été encerclés et ils étaient tout à fait libres de leur mouvement. »

Mme Saumur convient que les manifestants se sont montrés insistants pour tenter de savoir ce qu'ils faisaient dans la manifestation - « Vous êtes qui? Vous faites partie de quel groupe? Pourquoi vous êtes là? – mais elle n'a été témoin d'aucune altercation physique. « Ni d'un côté ni de l'autre », précise-t-elle.

« Je n'ai jamais entendu aucun des deux s'identifier comme policier », soutient Mme Saumur.

Les deux hommes se seraient séparés et de petits groupes de manifestants auraient suivi chacun des deux présumés policiers. Mme Saumur est catégorique, elle n'a jamais vu un des policiers utiliser du poivre de Cayenne ou quelque autre arme intermédiaire.

« Shit, il a un gun! », s'est ensuite exclamé un manifestant.

« Je me suis tournée pour vérifier, j'ai vu l'arme et je me suis rapidement reculée, raconte l'étudiante. J'ai vu le policier viser les gens avec son arme à feu. » Elle a couru pour se mettre à l'abri en se demandant si elle risquait de se faire tirer dans le dos. « J'ai eu peur, j'ai eu vraiment peur. » Elle précise que le présumé policier avait le bas du visage dissimulé par un vêtement et qu'il avait la tête couverte par un capuchon. Elle ne pouvait voir que ses yeux et son front.

« Qu'il sorte son arme à feu devant des gens qui n'étaient pas armés, qui n'étaient pas violents, c'était irréel et disproportionné », conclut-elle.

Le porte-parole du SPVM n'a pas voulu commenter l'histoire de Katie Nelson, une étudiante de l'Université Concordia qui affirme avoir été violentée par les forces de l'ordre lors d'une manifestation étudiante.

La police de Montréal est au courant des accusations portées par cette dernière, mais « nous, on n'a pas la même version des choses », s'est-il contenté de dire.

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