•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Tu m'as brisé le coeur, mais tu n'as pas tué ma résilience » - Isabelle Gaston

Isabelle Gaston, au palais de justice de Saint-Jérôme, le 18 décembre
Radio-Canada

« Tu m'as brisé le cœur, mais tu n'as pas tué ma résilience », a lancé Isabelle Gaston à son ex-conjoint Guy Turcotte, coupable des meurtres non prémédités de ses deux enfants, « regarde-moi dans les yeux! ».

Mme Gaston, qui s'exprimait ce matin au palais de justice de Saint-Jérôme, dans le cadre des recommandations sur la peine de Guy Turcotte, a lu, parfois en pleurs, une lettre au juge André Vincent, dans laquelle elle parlait des conséquences qu'ont eues les gestes de Guy Turcotte sur sa vie après la mort de ses enfants.

« J'ai enduré de difficiles procédures et, pendant des années, ma place était au fond d'une salle. J'ai subi. Aujourd'hui, c'est avec courage, mais soulagement que je m'adresse à vous », a-t-elle dit.

Isabelle Gaston a ajouté qu'elle avait fait des efforts constants, depuis le jour de la mort de ses enfants, pour survivre, et qu'elle n'aurait plus jamais sa voix d'avant. « En tuant Olivier et Anne-Sophie, Guy Turcotte a brisé mon coeur et une grande partie de qui j'étais », a-t-elle reconnu.

Je veux que tu saches que tu as atteint ton objectif : tu m'as brisé le cœur. Mais tu n'as pas tué ma résilience. Tu n'as pas tué ma capacité de m'émerveiller et ma capacité d'aimer. Même brisé, mon cœur continue de battre pour Olivier et Anne-Sophie.

Isabelle Gaston à Guy Turcotte

Les procureurs de la Couronne ont recommandé un minimum de 20 ans avant que Guy Turcotte ne puisse demander une libération conditionnelle, la défense souhaite plutôt de 10 à 15 ans. La décision sera rendue, par écrit, le 15 janvier.

« La femme qui existait en 2009 n'existe plus et n'existera plus jamais plus » - Isabelle Gaston

Dans sa lettre, Isabelle Gaston confie que sa vie ne sera plus jamais la même. « La mort de mes enfants m'obligera à travailler pour le restant de ma vie sur un deuil compliqué et un stress post-traumatique », a-t-elle indiqué.

Coroner de profession, Isabelle Gaston a dû y renoncer pour se consacrer aux nombreuses démarches judiciaires qui ont occupé sa vie. Elle a aussi abandonné son travail à l'urgence.

« C'est un travail que j'adorais. Mais j'ai réalisé qu'en sevrage de sommeil, et avec un horaire variable, j'étais davantage triste et incapable de gérer les flashs d'horreurs endurés par mes enfants », a-t-elle lu.

Toutes ces images d'horreurs, je les ai vécues non pas qu'une seule fois, mais à plusieurs reprises à cause des nombreuses procédures judiciaires. Je ne compte plus mes nuits d'insomnie.

Isabelle Gaston

Guy Turcotte a non seulement brisé son cœur, mais il a aussi anéanti son choix d'être maman, a-t-elle poursuivi. « Quand on est jeune, on rêve de ce qu'on veut quand on sera grand. Moi, je rêvais d'avoir des enfants. [...] J'ai voulu avoir d'autres enfants et ce n'est pas un secret pour personne. Aujourd'hui, je dois réaliser que je ne serai peut-être jamais maman à nouveau. J'ai cessé d'espérer. »

Isabelle Gaston a aussi dit avoir reçu beaucoup de lettres méprisantes. « J'ai même dû me rendre à la police, a-t-elle expliqué, car on m'a envoyé des lettres à mon travail qui me causaient de la peur. J'ai ressenti énormément de culpabilité puisque certains me disaient responsable de la mort de mes enfants. »

Guy Turcotte ne s'est jamais responsabilisé de ses gestes, il s'est plutôt présenté en victime, me traitant avec mépris et m'accusant indirectement d'être la responsable de ce qu'il a fait.

Isabelle Gaston

À la fin de la lecture de sa lettre, Isabelle Gaston s'est tournée vers Guy Turcotte, en lui disant « regarde-moi dans les yeux ». Ce dernier a relevé la tête.

Isabelle Gaston et Guy Turcotte ont tous deux pleuré et on pouvait entendre des pleurs dans la salle d'audience.

Isabelle Gaston a aussi livré un message au juge André Vincent. « Je suis debout. Je suis résiliente, mais j'espère qu'au moment où vous rendrez votre sentence, il y aura ce bout de papier et l'écho de ma voix pour vous rappeler une partie de ce que j'ai enduré par la faute de Guy Turcotte. »

Guy Turcotte exprime de la « honte »

Le juge a plus tard invité Guy Turcotte à prendre la parole. Ce dernier s'est levé, puis a dit qu'il commençait à avoir hâte de pouvoir parler à son tour.

« Les gens ne peuvent pas comprendre la honte que j'ai », a-t-il dit. La Couronne soutenait que Turcotte n'avait pas éprouvé de remords à la suite des gestes qu'il a posés.

Il s'est ensuite adressé directement à Isabelle Gaston :

Ce procès, ce n'était pas pour que tu te sentes responsable. Je n'ai jamais voulu te faire mal. J'ai beaucoup de misère à vivre avec les gestes que j'ai posés.

Guy Turcotte à Isabelle Gaston

La condamnation pour meurtre non prémédité entraîne automatiquement une peine de prison à vie. Les procureurs de la Couronne ont recommandé un minimum de 20 ans avant que Guy Turcotte puisse demander une libération conditionnelle. La défense souhaite plutôt de 10 à 15 ans. La décision sera rendue, par écrit, le 15 janvier.

Les avocats de Guy Turcotte peuvent toutefois porter la condamnation de leur client en appel.

Les sept hommes et quatre femmes du jury qui officiaient son deuxième procès ont déclaré Guy Turcotte coupable de deux meurtres au deuxième degré le 6 décembre dernier.

Guy Turcotte a toujours reconnu avoir tué ses enfants, mais il plaidait la non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux. Un premier jury l'avait acquitté, se rendant à l'argumentaire de ses avocats.

La Cour d'appel a toutefois jugé que le juge de première instance avait erré dans ses directives aux jurés. Elle a ainsi ordonné la tenue d'un second procès qui s'est soldé par la condamnation du 6 décembre.

Société