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  • Exclusif
  • Des aînés touchés par des compressions dans le Grand Montréal

    Le reportage de Jean-Philippe Robillard suivi des réactions du ministre de la Santé Gaétan Barrette

    Philippe Couillard s'était engagé en campagne électorale à augmenter le financement des soins à domicile pour les aînés. Or, Radio-Canada a appris que près de la moitié des CSSS de la grande région de Montréal - regroupés en CISSS - ont réduit cette année les budgets consacrés aux soins infirmiers à domicile ou aux services à domicile.

    Un texte de Jean-Philippe RobillardTwitterCourriel

    Résultat : des personnes âgées se retrouvent aujourd'hui avec moins de services qu'auparavant, alors que la population est vieillissante et que les besoins sont grandissants. « Il touche la population la plus vulnérable, c'est-à-dire la population des aînées », déplore Yolande-Marie Pelletier.

    Pour la Montréalaise de 73 ans, qui souffre d'emphysème depuis plusieurs années, les derniers mois ont été difficiles. Son CLSC a mis un terme aux soins infirmiers qu'elle recevait à la maison depuis neuf ans.

    L'infirmière m'a dit : "c'est la dernière fois que je me présente chez vous. C'est malheureux, mais nous vivons les compressions [...] et vous en êtes une victime". Vous dire à quel point ça m'a blessé d'être larguée comme ça comme une vieille chaussette. [Comment] un gouvernement de médecins [peut] nous faire ça.

    Yolande-Marie Pelletier, 73 ans
    Yolande-Marie Pelletier, 73 ansYolande-Marie Pelletier, 73 ans, 73 ans Photo : ICI Radio-Canada

    Mme Pelletier doit aujourd'hui se rendre à son CLSC pour obtenir certains services, dont les prises de sang, alors que l'hôpital de son quartier a pris le relais pour sa maladie chronique. Mais ce qu'elle a vécu n'est pas unique.

    D'après des informations que nous avons obtenues, au moins 10 des 22 CSSS qu'on retrouvait à Montréal, en Montérégie et à Laval avant les fusions ont réduit cette année les budgets qu'ils consacrent aux soins infirmiers ou à l'aide à domicile.

    Ils veulent qu'on reste à domicile, mais pour ça, ça prend des services et les services, ils les coupent.

    Yolande-Marie Pelletier

    Par exemple, à l'ancien CSSS Dorval-Lachine-Lasalle, dans l'ouest de Montréal, les budgets des soins infirmiers et de l'aide à domicile ont diminué de 14 % par rapport à l'an dernier. Au total, ce sont près de 2 millions de dollars de moins que l'an passé qui seront consacrés au maintien à domicile.

    La médecin de famille Sylvia Baribeau, qui pratique dans l'ouest de l'île, constate qu'il est plus difficile qu'auparavant pour les aînés d'obtenir des services à la maison.

    C'est définitivement pire qu'il y a quelques années. Les patients à domicile se plaignent qu'ils ont de la difficulté à avoir de l'aide. Les personnes en perte d'autonomie vont voir les soins, par exemple de bain ou l'aide pour le ménage, réduits à cause des restrictions budgétaires. Il y a une diminution des soins.

    Sylvia Baribeau, médecin de famille

    À l'ancien CSSS de la Montagne, le budget des soins infirmiers à domicile a été bonifié, mais celui de l'aide à domicile a été réduit de 10 %. C'est une diminution nette d'un peu plus d'un demi-million de dollars.

    Sylvia Baribeau, médecin de familleSylvia Baribeau, médecin de famille Photo : ICI Radio-Canada

    Des travailleurs de l'établissement affirment qu'ils voient les effets de ces diminutions de services. Ils soutiennent que des services offerts sont réduits et que les listes d'attente pour des services plus spécialisés ne cessent de s'allonger. Alicia Médina-Karras, qui donne des soins à domicile au CSSS de la Montagne, le voit chaque jour.

    C'est sûr et certain que les heures de services diminuent. Par exemple, une personne âgée qui avait besoin d'une aide pour se maintenir à la maison avait droit à 15 heures par semaine. Aujourd'hui, c'est 10 heures. C'était une aide à l'hygiène, une aide à l'épicerie, [etc]. Tous ces services disparaissent petit à petit.

    Alicia Médina-Karras, qui offre des soins à domicile

    Elle ajoute que certaines personnes peuvent attendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour avoir accès à un spécialiste à la maison. « Pour voir une nutritionniste, un physiothérapeute, on a une liste d'attente qui peut être de quatre à cinq mois. »

    La médecin Sylvia Baribeau plaide pour que Québec injecte davantage d'argent dans les services de maintien à domicile. « Si on veut vraiment maintenir les gens [à la maison], il va falloir investir en terme de soins, en terme de budget parce que sinon on n'y arrivera pas », dit-elle.

    Lors de la dernière campagne électorale qui les a portés au pouvoir, les libéraux de Philippe Couillard s'étaient engagés à « investir 150 millions de dollars par année, pendant cinq ans, pour le développement des soins et des services à domicile ».

    Au Cabinet du ministre de la Santé, on affirme avoir mis plus de 110 millions de dollars à la disposition des établissements de santé pour améliorer les soins et des services à domicile.

    En entrevue à Radio-Canada, le ministre Gaétan Barrette a assuré qu'il n'y avait aucune consigne demandant de couper dans les services à domicile, ajoutant que des questions devraient être posées aux directions concernées. « Si c'est le cas, c'est certain que je vais intervenir pour rétablir les choses, il n'y a aucun doute », a-t-il promis.

    Nadine Lambert, vice-présidente responsable en soins infirmiers au syndicat du FSSSNadine Lambert, vice-présidente responsable en soins infirmiers au syndicat du FSSS Photo : ICI Radio-Canada

    « On est rendu à un point de rupture »

    La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) dénonce quant à elle les réductions de budget. La vice-présidente responsable en soins infirmiers au syndicat, Nadine Lambert, estime que les soins infirmiers et l'aide à domicile ne cessent de se détériorer à cause des compressions.

    « On est comme dans un pic parce que les compressions continuent à s'ajouter. S'il n'y a rien qui est fait, on est rendu à un point de rupture. Il va arriver des catastrophes, [...] des personnes qui vont être laissées à elles-mêmes qu'on va retrouver dans de piteux états, qui vont faire les manchettes dans les journaux. C'est à ça qu'on va être confrontés », dénonce-t-elle.

    Elle affirme qu'en réduisant les services de maintien à domicile, on pousse les patients à se tourner vers les urgences des centres hospitaliers.

    Santé