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Cinq ans après le printemps arabe, terrorisme et guerre persistent

Des Tunisiens se remémorent la mort du jeune vendeur Mohamed Bouazizi qui s'est immolé par le feu le 17 décembre 2010.

Des Tunisiens se remémorent la mort du jeune vendeur Mohamed Bouazizi qui s'est immolé par le feu le 17 décembre 2010

Photo : Khaled Abdullah Ali Al Mahdi

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Cinq ans après l'immolation d'un jeune homme en Tunisie qui a déclenché le printemps arabe, certains pays qui ont répondu à l'appel de la révolution sont toujours en proie à la guerre et à la menace terroriste.

La Tunisie a souligné jeudi, sans cérémonies et sous forte protection policière, le cinquième anniversaire de cet évènement significatif, devant une foule clairsemée.

Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid en Tunisie, un jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, s'immolait par le feu en pleine rue pour protester contre le coût de la vie et le fort taux de chômage.

Son geste tragique, symbolisant la misère quotidienne, allait déclencher un mouvement de protestation sans précédent, qu'on appellera printemps arabe et dont le premier acte aura été tunisien.

À la mi-janvier, sous la pression populaire, le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, abdiquait et prenait la fuite en Arabie saoudite, devenant le premier dirigeant d'un pays arabe à quitter le pouvoir sous la pression populaire.

Puis, les révolutions s'enchaînent

À la suite des événements de Sidi Bouzid, de vives tensions voient le jour dans les pays arabes du pourtour méditerranéen.

Tout juste après le départ de Ben Ali, c'est le peuple égyptien qui provoque à son tour la chute de son dirigeant, Hosni Moubarak, après 18 jours de révolte faisant quelque 850 victimes.

Les Frères musulmans, pourtant en retrait lors des manifestations contre Moubarak, obtiendront le pouvoir par les urnes en 2012, avant que l'armée ne rétablisse éventuellement l'autorité qu'elle exerçait par l'entremise de Moubarak en reprenant le contrôle du pays à l'été 2013.

En Syrie, les protestations contre le régime de Bachar Al-Assad s'amorcent en mars 2011. Les manifestants sont brutalement réprimés et la situation dégénère en guerre civile entre forces rebelles et gouvernementales.

Des groupes djihadistes, tels que le Front Al-Nosra, Al-Qaïda, ainsi que le groupe armé État islamique (EI), viennent rapidement compliquer l'équation, s'en prenant aussi bien à Bachar Al-Assad qu'aux rebelles. Depuis, le conflit syrien a fait plus de 250 000 victimes et des millions de réfugiés.

À l'automne 2011, des protestations s'étant transformées en conflit armé en Libye mènent à la mort de leur dirigeant, Mouammar Kadhafi, tué par des rebelles à Syrte. Depuis, le pays est morcelé et chaotique à la suite de la prise de la capitale par des milices islamistes, dont l'EI qui a profité de la crise pour s'y implanter.

Des Libyens et des Tunisiens manifestent leur joie à Tunis, après l'annonce de la mort de Mouammar KadhafiAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Libyens et des Tunisiens célèbrent à Tunis, après l'annonce de la mort de Mouammar Kadhafi

Photo : AFP / LIONEL BONAVENTURE

Dans la foulée des protestations populaires, un mouvement est aussi déclenché par des opposants chiites à Barheïn en 2011, résultant en des révoltes sporadiques.

Depuis, le gouvernement sunnite bahreïni enferme impunément les manifestants chiites avec l'aide militaire de l'Arabie saoudite.

Au Yémen, c'est en février 2012 que le dirigeant Ali Abdallah Saleh est délogé du pouvoir après un an de fortes contestations. Deux ans plus tard, des rebelles chiites houtis tentant de s'emparer de vastes régions du pays sont contrés par une coalition arabo-sunnite, résultant en un conflit qui a fait près de 6000 victimes jusqu'à aujourd'hui. Le pays est aussi le théâtre de fréquentes attaques terroristes, perpétrées par l'EI et Al-Qaïda.

La Tunisie en route vers la démocratie

Le printemps arabe, au-delà d'une colère commune, a ainsi connu des destins fort différents, selon les pays où il a fleuri.

Si la Tunisie n'a pas connu le destin tragique de la Libye ou de la Syrie, il demeure qu'après la chute de Ben Ali, la transition ne s'est pas faite sans heurts.

Après que le mouvement islamiste Ennahda eut remporté la majorité des sièges de l'Assemblée lors des premières élections libres du pays, des groupes islamistes radicaux s'échauffent.

Le mouvement Ennahda quitte le pouvoir après l'adoption d'une Constitution en 2014 suivant une crise politique marquée par les meurtres d'un opposant anti-islamiste et d'un député tunisiens, tous deux revendiqués par l'EI. Les quatre organismes chargés de mettre sur pied la Constituion se sont fait remettre le Prix Nobel de la paix 2015 pour avoir opéré cette transition démocratique. 

Un nouveau chef d'État tunisien, l'anti-islamiste Béji Caïd Essebsi, est élu en octobre 2014. Il est le premier chef d'État tunisien élu démocratiquement au suffrage direct.

Aujourd'hui, le pays reconnaît avoir franchi un pas important vers la démocratie. 

« La Tunisie a définitivement rompu avec la tyrannie, sans retour possible », a dit dans un communiqué le premier ministre tunisien Habib Essid, dans le cadre du cinquième anniversaire du printemps arabe. 

« La liberté, notre acquis majeur », a déclaré le quotidien La Presse de Tunisie. « Si la révolution a consacré liberté d'expression, démocratie et participation à la chose publique, beaucoup reste à faire pour assurer une paix sociale durable et une croissance économique soutenue », a fait remarquer le quotidien. 

L'insécurité financière après la révolution

« La révolution? Voilà ce qu'elle m'a apporté », déclare Nessim, un Tunisien de 20 ans, montrant ses poches vides sous les rires de ses amis. « Les études ne mènent plus à rien. Alors tu as le choix entre une filière professionnelle et devenir maçon. Dans les deux cas, tu seras toujours méprisé par la société », poursuit le jeune homme.

Les tourments de la Tunisie se sont répercutés sur son économie. La progression du djihadisme et l'instabilité politique ont eu des effets notables sur l'investissement et le tourisme au pays.

Le taux de chômage dépasse 15 %, allant jusqu'à 32 % pour les jeunes diplômés. À Sidi Bouzid, environ 30 % des 50 000 habitants sont chômeurs.

La liberté acquise avec la révolution, « c'est bien, mais ça ne nous donne pas de quoi manger », insiste une quinquagénaire qui vend des vêtements usagés au marché.

Mohamed Azri, un agriculteur, n'est pas le seul à regretter l'ère de l'ancien dictateur Zine el-Abidine Ben Ali. « Je ne glorifie pas la personne, mais on est obligé de le constater : c'était mieux avant », dit-il.

Ma fille est diplômée en chimie fine, elle ne trouve pas de travail. Et moi je me retrouve parfois obligé de vendre une brebis pour payer la note de l'épicier. [...] Rien n'a changé, les prix ont juste augmenté.

Une citation de :Mohamed Azri, un agriculteur

Le gouverneur de Sidi Bouzid, Mourad Mahjoubi, comprend cette déception. « Le citoyen a raison », dit-il. Il affirme avoir fait la révolution à cause de l'inégalité entre les régions, mais il ne voit toujours pas de « changement ».

« Mais il faut aussi prendre en compte les circonstances exceptionnelles de l'après-révolution », indique M. Mahjoubi à l'AFP.

Nous sommes passés par une période très difficile, on gérait le quotidien.

Une citation de :Le gouverneur de Sidi Bouzid, Mourad Mahjoub

« Maintenant, on a mis [en place] une stratégie de développement et on va travailler. C'est difficile mais les jeunes doivent être patients », a-t-il enchaîné. 

La menace terroriste plane toujours

La menace terroriste s'ajoute à la crise économique en Tunisie. « Notre patrie fait face aujourd'hui à d'énormes défis et de nombreux dangers, en premier lieu celui du terrorisme », a déclaré le premier ministre tunisien jeudi.

Nous menons une guerre féroce contre ce fléau, ce qui impose de s'attacher à l'union nationale sacrée et de se montrer vigilant.

Une citation de :Le Premier ministre tunisien Habib Essid

En 2015, trois attentats majeurs revendiqués par l'EI, opérant depuis la Libye, ont frappé le pays.

Le 18 mars dernier, 21 touristes et un policier tunisien ont été tués dans un attentat au musée du Bardo à Tunis. Peu après, en juin, un attentat à l'hôtel Riu Imperial près de la ville de Sousse a fait 38 victimes, dont 30 Britanniques. Plus récemment, le 24 novembre, un attentat-suicide à Tunis a fait 12 morts, tous membres de la garde présidentielle.

Suite à ce dernier attentat, l'état d'urgence a été déclaré pour la deuxième fois depuis le début de l'année. 

Le car qui a explosé le 25 novembre à Tunis, faisant 13 morts.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le car qui a explosé le 25 novembre à Tunis, faisant 13 morts.

Photo : La Presse canadienne

De plus, le mois dernier, un jeune berger de 16 ans a été décapité sur le mont Mghilla, près de Sidi Bouzid. Des djihadistes de l'EI l'accusaient d'être un informateur et ont obligé le cousin du jeune homme à ramener sa tête à sa famille.

« Il était mon soutien et le terrorisme me l'a pris », raconte sa mère Zaara, qui vit dans une grande pauvreté à Daouar Slatniya, au pied du mont Mghilla. « Nous avons peur, mais nous ne partirons pas », soutient Jilani Soltani, un des frères du jeune berger.

Ce dernier a demandé un permis de port d'armes suite à l'attentat perpétré contre son frère. Il veut « se défendre si les terroristes descendent jusqu'aux maisons ».

Les attaques djihadistes ont augmenté en flèche au pays depuis 2011. Notamment, celles perpétrées par le groupe Okba Ibn Nafaâ, lié à Al-Qaïda.

État islamique, le règne de la terreur
Avec les informations de Agence France-Presse

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