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Trudeau veut aborder une nouvelle ère avec les peuples autochtones

Le juge Murray Sinclair et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Le juge Murray Sinclair et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour le premier ministre du pays, Justin Trudeau, il importe d'instaurer avec les peuples autochtones une véritable réconciliation, une nouvelle relation.

« Et je vous donne ma parole que nous allons renouveler et respecter cette relation », a-t-il déclaré avant d'être ovationné par les centaines de personnes réunies à Ottawa, parmi elles de nombreux survivants des pensionnats autochtones qui ont assisté au dépôt officiel du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, mardi.

Le discours du premier ministre était d'autant plus soupesé par les gens présents que M.Trudeau est le premier à offrir une réponse officielle au nom du gouvernement du Canada, comme l'avait fait remarquer plus tôt ce jour-là la commissaire Marie Wilson dans sa propre allocution. Mme Wilson n'a pas manqué de rappeler que le prédécesseur de M. Trudeau, Stephen Harper, ne s'était pas impliqué directement dans les travaux de la Commission.

Le premier ministre a affirmé qu'en tant que gouvernement et en tant que pays, il était important de reconnaître pleinement ses responsabilités et ses erreurs relativement aux abus commis dans les pensionnats autochtones.

Justin Trudeau avait commencé son allocution en disant « merci » en français et en anglais, mais aussi dans diverses langues autochtones, une attention qu'a manifestement appréciée la foule. Puis, sur une note personnelle, il a fait remarquer qu'étant jeune, il avait eu le privilège de fréquenter « de très bonnes écoles ». « Il y a un contraste entre ce que j'ai vécu et ce qu'ont vécu les survivants des pensionnats autochtones, et ceux qui n'ont pas survécu », a-t-il déclaré.

Le premier ministre du Canada affirme que, durant les cours d'histoire du Canada auxquels il a assisté, on passait vite, quand on ne passait pas carrément outre sur tout ce qui touchait aux Premières Nations. « Jamais plus ne va-t-on passer par-dessus », a-t-il promis.

Justin Trudeau a ensuite indiqué que, dès mercredi, il rencontrera les représentants des Premières Nations pour entamer « une conversation importante sur les manières d'aller de l'avant avec la réconciliation », autrement dit, sur les suites à donner au rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

« Le travail a déjà commencé avec la création d'une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées », a déclaré Justin Trudeau qui s'est mérité, par ces paroles, de nouveaux applaudissements nourris.

Le premier ministre a réitéré son intention d'aller de l'avant avec les 94 recommandations contenues dans le rapport.

Les conservateurs critiquent Trudeau

Toutefois, cette promesse est qualifiée d'action « irresponsable » par les conservateurs. Ces derniers reprochent au premier ministre Trudeau de ne pas avoir fait « d'analyse approfondie des répercussions » et de ne pas avoir calculé « les coûts de manière exhaustive ».

De plus, dans une déclaration écrite faite par l'intermédiaire de leurs porte-parole en matière d'affaires autochtones, Cathy McLeod et Todd Doherty, les conservateurs disent craindre qu'en acceptant automatiquement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, le gouvernement de Justin Trudeau fasse en sorte que des lois existantes seront supplantées.

Bien que les tribunaux aient clairement statué que les Premières Nations sont en droit d'être consultées sur les importants projets de développement, il est important que le gouvernement fédéral ait le pouvoir final de décision sur les projets qui sont dans le meilleur intérêt du Canada.

Une citation de :Cathy McLeod et Todd Doherty du Parti conservateur du Canada

Un constat implacable

Génocide physique, biologique et culturel : voici comment les auteurs du volumineux rapport final qualifient ce qui est arrivé aux enfants qui avaient été forcés de vivre dans les pensionnats autochtones. Ce rapport s'intitule « Honorer la vérité, réconcilier pour l'avenir ».

« Les pensionnats autochtones ne constituent pas un problème autochtone, mais un problème canadien », a déclaré le juge Murray Sinclair, qui présidait la Commission, dans son allocution durant la cérémonie. Outre le juge Sinclair, le commissaire en chef Wilton Littlechild et la commissaire Marie Wilson sont ceux qui ont mené à bien le mandat de la Commission.

Ce constat de génocide, quoique dur, s'imposait, comme l'a expliqué Marie Wilson en entrevue à ICI Radio-Canada Première. « On n'a pas choisi ces mots légèrement », dit-elle.

Le rapport compile et résume des milliers d'heures de témoignages recueillis dans plus de 300 communautés, sur une période de six ans. Ces témoignages déchirants proviennent de plus de 6000 femmes et hommes autochtones qui ont survécu aux abus perpétrés dans les pensionnats autochtones.

Des milliers de témoignages qui allaient dans le même sens

La commissaire Wilson affirme avoir personnellement entendu quelque 2000 témoignages. Et elle a pu constater qu'ils se recoupaient, notamment en ce qui a trait au fait qu'on empêchait les jeunes pensionnaires autochtones de parler leur langue maternelle. Et les propos des survivants des pensionnats faisaient tous état de privations, de peurs, d'abus, d'humiliations, d'éducation minable, etc. « Tous ces thèmes se répétaient à maintes reprises », dit Marie Wilson.

Mme Wilson affirme que, bien que les abus cités étaient nombreux, chaque témoignage additionnel en mettait en lumière de nouveaux. La commissaire compare ce qu'ont vécu les victimes des pensionnats autochtones à une situation de violence familiale, dans laquelle certains des membres exercent un pouvoir indu sur les autres, où on est forcé de garder secret ce qui s'y passe tout en donnant à l'extérieur « l'impression que tout va bien ».

Ça s'est répété sur les autres générations. C'est pour ça qu'il faut s'insérer comme société, comme gouvernement, pour que ça arrête.

Une citation de :La commissaire Marie Wilson

Marie Wilson nous parle d'espoir

Des conditions de vie abominables

Il est estimé qu'au cours du dernier siècle, environ 3200 enfants sont morts de tuberculose, de malnutrition et d'autres maladies résultant des conditions de vie pitoyables qui sévissaient dans les pensionnats autochtones.

Entre la fin du 19e siècle et 1996, année où a fermé le dernier pensionnat, près de Regina, en Saskatchewan, environ 150 000 enfants indiens, inuits ou métis ont été retirés de leur famille pour être envoyés de force dans des écoles religieuses, une pratique que la Commission a qualifiée d'« outil central d'un génocide culturel ».

De 1941 à 1945, par exemple, le taux de mortalité des élèves autochtones était presque cinq fois plus élevé que le taux de mortalité général des écoliers canadiens.

Dans cent ans, les enfants de nos enfants ainsi que leurs enfants doivent connaître et se souvenir de cette histoire, car ils hériteront de la responsabilité de veiller à ce que cela ne se reproduise pas.

Une citation de :Le juge Murray Sinclair, président de la Commission de vérité et réconciliation du Canada

« Avoir un gouvernement qui prend ça au sérieux, c'est une question de dignité nationale », conclut pour sa part Marie Wilson.

Les pensionnats avaient pour but de séparer les enfants autochtones de leur famille afin de limiter et d'affaiblir les liens familiaux et culturels et d'endoctriner les enfants pour qu'ils adhèrent à une nouvelle culture, à savoir la culture dominante sur le plan juridique [...]

Une citation de :Extrait de l'introduction du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada

Créée et mise sur pied dans la foulée de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, qui a permis de régler les recours collectifs, le rapport de la Commission de vérité et réconciliation s'échelonne sur plusieurs volumes et fait quelque 10 000 pages.

Son dépôt officiel a donné lieu à de nombreuses manifestations de tristesse. Dans la salle, quantité de gens pleuraient, y compris le premier ministre Trudeau. Sur scène, trois chaises laissées inoccupées témoignaient de l'absence des victimes. Et, parmi les survivants qui ont témoigné mardi, figurait Madeleine Basil de la nation Atikamekw. Pour elle, la Commission est telle un phare, puisqu'elle apporte « la lumière dans cette histoire sombre ». Mme Basil n'avait que six ans lorsqu'elle a joint les rangs du pensionnat autochtone de Pointe-Bleue. Sa grande soeur Jacqueline y est morte à l'âge de neuf ans.

« C'était vraiment un déracinement », de dire Madeleine Basil, très émue.

Aujourd'hui, c'est le début d'un temps nouveau pour nous, les survivants.

Une citation de :Madeleine Basil, de la nation Atikamekw

« J'entends mon coeur battre, je suis vivante », a conclu Madeleine Basil en brandissant une plume d'aigle.

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Avec les informations de La Presse canadienne

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