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De la religion à la vie nocturne, une exposition présente les femmes pionnières de Rouyn-Noranda

La première laitière de Rouyn, Cécile Cantin, avec sa charrette tirée par des chiens en 1927.
La première laitière de Rouyn, Cécile Cantin, avec sa charrette tirée par des chiens en 1927. Photo: BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Société d’histoire de Rouyn-Noranda

La Corporation de la maison Dumulon, à Rouyn-Noranda, invite la population à visiter une exposition de photos présentant l'histoire des femmes pionnières de Rouyn-Noranda. Images, textes et artefacts jettent une nouvelle lumière sur la colonisation. Religieuses, femmes d'affaires, prostituées ou militantes, les pionnières de la gent féminine ont façonné les débuts des villes jumelles de manière souvent méconnue, mais toujours importante.

Un article de Félix B. DesfossésTwitterCourriel

« Une vision renouvelée de l'histoire »

« On n'a pas assez donné la parole aux femmes dans l'histoire. C'est un peu une vision renouvelée de l'histoire : on laisse la parole aux femmes », affirme François Labbé, directeur général de la Corporation de la maison Dumulon. L'exposition, présentée dans la Ruelle des arts du Centre d'exposition de Rouyn-Noranda, a été préparée de concert avec l'historien Alexandre Faucher, notamment auteur du livre De l'or et des putes.

La prémisse à laquelle les organisateurs de l'exposition semblent vouloir répondre est la suivante : qu'est-ce qui a bien pu pousser des femmes à s'inviter dans un milieu sauvage, austère, peu développé, où seuls les aventuriers les plus tenaces osaient aller?

Pour répondre à cette question, l'exposition cite plusieurs raisons qui ont poussé les premières femmes à s'installer à Rouyn-Noranda. Elles sont venues par missionnariat religieux, pour s'occuper de soins de santé, d'éducation, de commerces ou encore même comme prostituées, tenancières de bars illégaux ou en tant que militantes communistes.

Religieuses et femmes d'affaires

Deux religieuses, des Soeurs grises de la Croix, et Albert Pelletier devant une cabane en bois rond à Rouyn en 1926 ou 1927Deux religieuses, des Soeurs grises de la Croix, et Albert Pelletier devant une cabane en bois rond à Rouyn en 1926 ou 1927 Photo : BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Canadien National

La toute première femme arrivée à Rouyn-Noranda serait Mme Émilie Grossinger, installée en 1925. Elle accompagnait son mari, qui était garde-feu. Peu de temps après elle, des soeurs sont arrivées. Elles ont participé à la fondation des premières églises et écoles de la région. On apprend d'ailleurs dans l'exposition que la première école de Rouyn-Noranda était en fait une tente!

En ce qui concerne l'économie, l'exposition souligne l'apport d'Agnès Dumulon, femme de Jos Dumulon et cofondatrice du premier magasin général de Rouyn-Noranda, aujourd'hui l'emblème de la fondation de Rouyn, lieu historique et touristique. Mme Dumulon a perdu son mari très tôt, en 1925, après la faillite du magasin général. Elle a ensuite été nommée maître de poste puis s'est investie corps et âme dans la communauté.

Jos et Agnès Dumulon, accompagnés de deux de leurs filles, Cécile et Blanche, lors de leur arrivée à Rouyn, en 1925Jos et Agnès Dumulon, accompagnés de deux de leurs filles, Cécile et Blanche, lors de leur arrivée à Rouyn, en 1925 Photo : Corporation de La maison Dumulon, collection Léon Dumulon

Cinéma et communisme

Les femmes se sont aussi impliquées dans le divertissement. Le tout premier cinéma de Rouyn-Noranda, qui faisait aussi office de salle de théâtre, a été ouvert en 1926 par une dénommée H. S. Carey. La tradition de culture du cinéma et des arts de la scène des villes jumelles découle donc, en quelque sorte, de cette femme et de son Théâtre Regal.

Plusieurs anecdotes inusitées sont aussi racontées dans l'exposition, dont celle de Jeanne Corbin, une militante communiste assez radicale installée à Rouyn-Noranda et prenant part aux différentes grèves qui ont marqué la région, dont celle des bûcherons, en 1933, qui lui vaudra d'être emprisonnée à Ville-Marie. Habituée des discours devant les foules, elle avait déclaré par rapport aux lignes de piquetage que « s'il n'y avait pas assez d'hommes, on y mettra des femmes! »

En effet, plusieurs femmes militantes à l'époque s'infiltraient dans les manifestations et s'installaient aux premiers rangs, devant les policiers, de manière à dissuader les agents de la paix d'utiliser la force. Cette technique, inspirée des « wobblies » américaines avait bel et bien lieu dans la région.

Femmes inconnues

Une femme trait une vache pendant qu’un homme tient la bête par une corne.Une femme trait une vache pendant qu’un homme tient la bête par une corne. Photo : BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Canadien National

L'histoire des femmes est parfois occultée, leur rôle, sous-estimé, croient les organisateurs. De nombreuses femmes ont pourtant contribué à coloniser Rouyn, Noranda et l'Abitibi-Témiscamingue. L'équipe derrière l'exposition est à la recherche des noms de certaines femmes dont les photos sont exposées à la Bilbiothèque de Rouyn-Noranda.

« On a trouvé beaucoup de photos. On a une mosaïque avec une quarantaine de femmes qui ont été posées par le photographe Joseph Hermann Bolduc, entre 1932 et 1945 environ. Ce qui est intéressant et ce qui est à la fois difficile, c'est qu'on n'a pas le nom de ces personnes. Alors il y a des gens dans l'assistance qui vont pouvoir peut-être même identifier leur mère, leur grand-mère ou leur tante », souhaite François Labbé.

Selon le gestionnaire de l'exposition, plus nous connaîtrons notre passé, mieux nous comprendrons ce qui nous a menés au présent et mieux nous pourrons entrevoir l'avenir.

Abitibi–Témiscamingue

Histoire