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Les antidépresseurs pendant la grossesse feraient presque doubler le risque d'autisme

Le régime alimentaire d’un père avant la conception jouerait un rôle important dans la santé de ses enfants
L’alimentation de la mère pendant la grossesse ne serait donc plus le seul garant de la bonne santé des enfants
Radio-Canada

La prise d'antidépresseurs pendant des étapes cruciales de la grossesse augmente de 87 % le risque d'autisme, selon une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine.

L'équipe de la professeure Anick Bérard, directrice de l'unité de recherche Médicaments et grossesse du Centre de recherche du CHU Ste-Justine, est arrivée à cette conclusion après avoir compilé les données sur 145 456 enfants, suivis de leur conception jusqu'à l'âge de 10 ans. L'étude a été publiée lundi dans JAMA Pediatrics (Nouvelle fenêtre).

D'où viennent les 87 % ? Les précisions de la chercheuse Anick Bérard (recueillies le 25 janvier 2016)

L'étude a révélé que le risque d'avoir un enfant atteint d'autisme chez les femmes qui ne prenaient pas d'antidépresseur pendant leur grossesse était de 1 %, tandis que le risque était de 1,87 % chez les femmes traitées avec un antidépresseur durant les 2e et 3e trimestres de leur grossesse, soit une augmentation de 87 % du risque.

« Notre étude a permis d'établir que la prise d'antidépresseurs, particulièrement les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, les ISRS, pendant les deuxième et troisième trimestres de la grossesse faisait presque doubler le risque d'autisme chez l'enfant », résume dans un communiqué Anick Bérard, de la faculté de pharmacie de l'Université de Montréal .

Sur les 145 456 enfants évalués, 1054, soit 0,72 % de l'échantillon, ont reçu un diagnostic d'autisme, qu'il s'agisse d'autisme infantile, d'autisme atypique, du syndrome d'Asperger ou de troubles envahissants du développement. En moyenne, les enfants avaient 4,5 ans lors du diagnostic.

Les chercheurs relèvent en outre que l'incidence de l'autisme chez les enfants a augmenté au cours des dernières décennies, passant de 4 pour 10 000 enfants en 1966 à 100 pour 10 000 enfants aujourd'hui.

Bien que cette augmentation du nombre de cas puisse être attribuable à une « détection améliorée et à des critères de diagnostic élargis de ce trouble », les chercheurs croient que « des facteurs environnementaux jouent également un rôle ».

Ils estiment avoir pu quantifier de façon précise l'effet des antidépresseurs parce qu'ils ont tenu compte de plusieurs facteurs, comme la prédisposition génétique, l'âge de la mère ainsi que certains facteurs socioéconomiques.

Une étape cruciale du développement cérébral de l'enfant

L'équipe a ciblé les deuxième et troisième trimestres de la grossesse parce que cette étape est cruciale pour le développement du cerveau du fœtus, explique Anick Bérard.

« La sérotonine entre en jeu dans de nombreux processus développementaux prénataux et postnataux, y compris la division cellulaire, la migration des neurones, la différenciation cellulaire et la synaptogénèse, soit la création des liens entre les cellules du cerveau », précise la chercheuse.

Certaines classes d'antidépresseurs comme les ISRS agissent en inhibant la production de sérotonine, ce qui entrave la capacité du cerveau de se développer entièrement dans l'utérus

Anick Bérard

Ces conclusions revêtent une « importance capitale », estiment les chercheurs, qui soulignent que de 6 à 10 % des femmes enceintes se font actuellement prescrire des antidépresseurs.

L'Organisation mondiale de la santé estime que la dépression représentera la deuxième cause de décès en 2020. Les chercheurs croient donc que les antidépresseurs continueront d'être largement prescrits par les médecins, y compris pendant la grossesse.

Il y a quelques années, une étude d'Anick Bérard avait d'ailleurs démontré que le nombre des Québécoises enceintes ou qui allaitaient qui utilisaient des antidépresseurs était en hausse. Les antidépresseurs arrivaient même au premier rang des médicaments les plus consommés.

« Mieux cerner les répercussions de ces médicaments est une priorité en matière de santé publique, compte tenu de leur utilisation répandue », conclut Anick Bérard.

Science