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L'accord de Paris marque le début d'une nouvelle ère

Le président de la conférence sur le climat de Paris, Laurent Fabius

Le président de la conférence sur le climat de Paris, Laurent Fabius

Photo : Jacky Naegelen / Reuters

Radio-Canada

L'accord de Paris est un tournant historique. Pour la première fois de l'histoire, tous les pays de la planète sont liés par une entente qui les forcera petit à petit à abandonner les énergies fossiles.

Une analyse d'Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnementTwitterCourriel

En conférence de presse au dernier jour de la conférence de Paris, le directeur de Greenpeace International, Kumi Naidoo, a bien résumé l'état d'esprit du moment : « Le texte de l'accord place clairement l'industrie fossile du mauvais côté de l'Histoire ».

Il n'a peut-être pas tort.

Disons-le d'emblée : le seul fait de rassembler 195 pays dans un accord sur le climat, c'est un exploit en soi. 195 pays dont certains extrêmement pauvres, dont certains sont en guerre, dirigés par des dictatures, peuplés de minorités autochtones, criblés de dettes ou enrichis par l'exploitation pétrolière.

195 pays aux religions multiples, aux langues et aux cultures diverses.

Et une chose qui les unit : la menace que posent les changements climatiques.

Ne serait-ce que pour ça. Pour cette improbable union d'intérêts si divergents, on se souviendra longtemps de l'accord de Paris.

Oh, bien sûr, l'entente signée en grande pompe dans la capitale française est truffée de défauts.

Les cibles à long terme sont trop peu précises, le texte ne prévoit aucune contrainte concrète à l'encontre des pays qui n'agiront pas, et les pays riches restent encore trop flous dans leurs intentions d'aider les pays pauvres à amorcer leur transition énergétique.

Mais au-delà de ces imperfections (assez nombreuses), l'accord de Paris fera date pour le message qu'il envoie.

« Cet accord trace la voie d'une économie globale propulsée par des énergies propres », a dit le Secrétaire d'État américain, John Kerry, dans la salle plénière du Bourget, quelques minutes après le coup de marteau historique.

Il est là, le changement. Dans le signal qu'il lance à tous ceux qui ont signé l'accord : pour éviter un réchauffement aux effets imprévisibles, il faudra cesser de brûler les énergies fossiles pour faire rouler nos économies.

Et c'est déjà commencé.

En 2014, la moitié des nouvelles centrales électriques construites dans le monde était propulsée par l'énergie renouvelable, selon les données de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). D'ici à 2030, le nombre de centrales générées par les énergies vertes surpassera le nombre de centrales au charbon, selon l'AIE.

À Paris, pendant la conférence, trois coalitions de pays et d'entreprises ont annoncé des investissements pour la production de 800 mégawatts d'énergie solaire et éolienne en Afrique, en Chine et en Inde.

Un accord ambitieux

Le caractère historique de cet accord, ce n'est pas tant qu'il va sauver demain matin le sort de la planète. De fait, avec les différentes cibles de réduction des émissions qui sont sur la table, les Nations unies ont calculé que cela nous menait vers une trajectoire d'un réchauffement de 2,7 degrés Celcius d'ici à la fin du siècle.

C'est insuffisant pour éviter les grandes conséquences du réchauffement, en regard de ce que nous disent les scientifiques.

Mais à Paris, les pays en voie de développement auront peut-être réussi à forcer le changement de la trajectoire des émissions.

L'article 2 de l'accord, que les petits états insulaires ont poussé de toutes leur force, précise que les pays devront « limiter la hausse de la température nettement en-dessous de 2 degrés Celcius » et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse de la température à 1,5 degré Celcius » par rapport au niveau des températures préindustrielles.

Mine de rien, cette petite phrase est à elle seule une petite révolution. Elle marque un énorme changement par rapport à toutes les discussions passées.

Soit, l'objectif de contenir le réchauffement sous la barre des 1,5 degré est presque inatteignable. « Pour ce faire, on aurait droit à seulement dix autres années d'émissions de GES au rythme actuel, c'est irréaliste », dit le climatologue Jean Jouzel, qui était un des envoyés spéciaux du président français François Hollande sur la question du climat.

Mais encore une fois, ce n'est pas tant l'objectif un peu utopique qui est important, mais le signal qu'il envoie.

« Quand on a commencé à parler du seuil du 1,5 degré cette année, je n'y croyais tout simplement pas », me confie Hugo Séguin, un spécialiste des négociations sur le climat à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke. « Et quand j'ai vu cette semaine qu'il y avait un élan pour que ce soit dans le texte, je n'y croyais pas plus. Et ça y est! C'est incroyable que ça se retrouve de façon aussi explicite et claire dans un accord signé par 195 pays! », ajoute-t-il.

Pour tendre vers l'objectif du 1,5 degré, les pays devront faire de très gros efforts.  En vertu de l'accord, ils seront tenus de réviser leurs cibles de réduction des émissions à tous les cinq ans, et devront offrir à chaque fois un objectif de plus en plus ambitieux.

Autrement dit, il sera interdit de reculer.

Tout le monde embarque dans le train

Une autre grande avancée de l'accord de Paris, c'est le changement de philosophie que propose l'entente.

Dans le protocole de Kyoto, seuls les pays industrialisés étaient tenus de réduire leurs émissions, au nom de leur responsabilité historique à l'égard du problème climatique.

Mais voilà : depuis 1997, l'année de signature du protocole, le monde a changé. À l'époque, la Chine et l'Inde émettaient à peine le tiers des émissions qu'elles renvoient aujourd'hui dans l'atmosphère. Et les pays en développement comptaient pour à peine 40 % des émissions mondiales, alors que les pays riches rejetaient 60 % des GES.

La proportion s'est aujourd'hui inversée, et la tendance se renforce. Il fallait donc créer un accord qui prenait en compte cette réalité.

Il aura fallu des années de négociations pour convaincre les moins nantis de consentir à faire un effort. L'accord de Paris est clair : les pays industrialisés doivent rester les chefs de file de la lutte contre les changements climatiques, mais les pays en développement doivent mettre la main à la pâte.

C'est l'article 4.4 qui le dit, noir sur blanc : les pays riches doivent faire plus d'effort que les pays en développement, mais tous les pays, sans exception, doivent réduire leurs émissions.

Encore une fois, ce ne sont que des mots. Mais le changement de philosophie que ce seul article sous-tend est remarquable.

Vrai, l'entente signée en grande pompe dans la capitale française est loin d'être parfaite.  Elle ne répond pas complètement au défi que pose le réchauffement.

Mais si l'accord de Paris marque un tournant historique, c'est d'abord parce que tous les pays de la planète, pour la première fois, grimpent ensemble dans le grand train climatique.

Il est encore en gare, le voyage sera long, et surtout, on espère qu'il partira.

Environnement