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Drones : décryptage d’une tendance qui dérange

Des drones en vol.

Des drones en vol.

Photo : iStock/tiero

Radio-Canada

L'association américaine des consommateurs de produits technologiques prévoit qu'environ 700 000 drones (Nouvelle fenêtre) seront achetés cette année pour les seuls États-Unis. La Direction générale de l'aviation civile américaine (FAA) en craint jusqu'à un million. Transport Canada n'a pas fait d'estimation précise, mais confirme que la tendance est aussi en plein boom de ce côté-ci de la frontière particulièrement à l'approche de Noël.

Un texte de Anne-Diandra LouarnTwitterCourriel
  • Pourquoi les drones sont-ils populaires?

Ces dernières années, les aéronefs sans pilote, plus communément appelés drones, semblent pulluler au Canada. Une popularité soudaine qui s'explique notamment avec l'ère du téléphone intelligent : la génération Facebook et Instagram peut désormais faire voler son appareil photo, avec le ciel pour seule limite.

« Grâce à l'iPhone et les autres, tout le monde s'est mis à prendre plus de photos, de vidéos, à s'y intéresser. La transition vers les drones, qui sont ni plus ni moins des caméras volantes, s'est faite très facilement et très rapidement », commente Brian Micon, directeur des technologies chez Drone Plus, une chaîne de magasins qui se présente comme le plus gros vendeur de drones au Canada et aux États-Unis.

L'usage récréatif des drones est particulièrement populaire en Colombie-Britannique ou en Alberta où les grands espaces vus du ciel donnent des images à couper le souffle qui mettent souvent les internautes en émoi.

Cette explosion de popularité est aussi à l'origine d'un nouveau marché noir des drones. En témoigne, par exemple, la série de cambriolages subie par Drone Plus à Vancouver cet automne. Plus de 15 000 $ de matériel ont été dérobés dans son magasin en l'espace de deux mois.

Photo d'une caméra de vidéo surveillance pendant un cambriolage dans le magasin Drones Plus à Vancouver en septembre 2015.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo d'une caméra de vidéo surveillance pendant un cambriolage dans le magasin Drones Plus à Vancouver en septembre 2015.

Photo : Drones Plus/nest

  • Les drones, une aubaine pour les affaires

Il n'y a pas que l'usage récréatif des drones qui est en plein boom. L'usage professionnel connaît aussi une forte progression. Teal Group, un organisme d'analyse du secteur de l'aéronautique et de la défense, estime que les dépenses mondiales pour les drones seront de 11,2 milliards de dollars en 2020, contre 5,2 milliards en 2014.

Au Canada, le nombre de compagnies utilisant des drones se situe aux alentours de 350 selon Mark Aruja, président de Systèmes télécommandés Canada (Unmanned systems), l'organisme qui représente les professionnels du drone. « Je pense que Transport Canada va octroyer un total d'environ 2000 permis d'utilisation professionnelle de drones en 2015. Une explosion par rapport aux années précédentes », note-t-il.

Chez Drone Plus, dont le siège est à Las Vegas, la croissance est aussi exponentielle et surtout rapide. « L'année dernière, on n'avait qu'un seul magasin. Cette année, nous en avons 15. On vend 15 fois plus [de drones] qu'il y a un an. On n'a même pas encore de chiffre d'affaires à communiquer, car on a commencé notre expansion en février seulement... », explique Brian Micon.

Le drone professionnel se décline presque à l'infini. À Vancouver par exemple, « l'industrie du film et du documentaire en utilise de plus en plus », poursuit-il. Certaines sociétés de production en font même leur spécialité.

Crédit vidéo : Alexandre Lamic, Carlitoproduction.net

Dans les Prairies, « les drones servent à faire de l'agriculture de précision. Une technique très sophistiquée qui permet par exemple de transporter et d'appliquer des herbicides de manière ciblée », rapporte Mark Aruja.

À plus grande échelle, on trouve également Amazon qui espère, dans un futur proche, pouvoir faire ses livraisons de petit colis par drone. La compagnie américaine a d'ailleurs réalisé ses premiers tests dans un lieu tenu secret en Colombie-Britannique, il y a quelques mois.

L'usage scientifique des drones a également le vent en poupe. Récemment, les scientifiques de l'aquarium de Vancouver s'en sont servi pour scruter les côtes pacifiques et tenter d'expliquer la mort de plusieurs dizaines de baleines. Seul hic, le bruit et la multiplication des drones auraient tendance à gêner les animaux sauvages, selon une étude parue cet été dans la revue Current Biology.

Un ours noir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un ours noir.

Photo : CBC

  • Questions d'éthique

Avec leur prolifération, les drones amènent de plus en plus de craintes et de questions d'éthique. « On les qualifie d'espions capables de voir votre vie privée, votre maison, votre jardin. Ils font peur », explique Petti Fong, professeur au College Langara à Vancouver.

Il faut dire que les bavures des drones militaires, très utilisés notamment par les forces armées américaines au Moyen-Orient, entretiennent cette mauvaise image.

Au Canada, le ministère de la Défense nationale a aussi recours aux drones et ne s'en cache pas. « Les véhicules aériens sans pilote demeurent importants pour les Alliés du Canada ainsi que pour les Forces armées canadiennes. À titre d'exemple, l'Armée canadienne s'est procuré un mini véhicule aérien sans pilote, nommé le Raven B, pour subvenir à ses besoins de surveillances du champ de bataille au niveau tactique », indique le ministère dans un courriel à Radio-Canada.

Le projet est actuellement dans la phase de test et doit encore être approuvé par Ottawa.

D'autres ministères, la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Conseil national de recherches et le Bureau de la sécurité des transports utilisent déjà également des drones.

Cours de drone au département journalisme du collège Langara, à Vancouver.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cours de drone au département journalisme du collège Langara, à Vancouver.

Photo : Collège Langara

Le rôle des médias dans les questions d'éthique liées aux drones est aussi crucial. Au College Langara, les apprentis journalistes doivent suivre des cours d'éthique et de pilotage des drones. Et les salles de nouvelle en utilisent aussi de plus en plus.

« Comparé à un hélicoptère, c'est une manière moins onéreuse d'accéder à des lieux reculés, une avalanche ou un accident de la route. Mais ça ne remplace pas les reporters ni les photojournalistes », selon Petti Fong, enseignante du cours de drone au département de journalisme à Langara.

« En tant que journaliste, notre responsabilité est d'observer, réfléchir. Est-ce correct de faire voler un drone au-dessus d'une maison qui est une scène de crime? C'est le genre de questions que l'on doit se poser désormais », ajoute-t-elle.

  • Questions de sécurité

Outre l'éthique, les drones posent aussi des questions de sécurité. Cet été, plusieurs hélicoptères de pompiers qui luttaient contre d'importants feux de forêt en Colombie-Britannique ont été cloués au sol à cause des drones. La province a investi dans une campagne de sensibilisation, ce qui n'a pas empêché d'autres incidents de survenir. Ce fut notamment le cas à plusieurs reprises cet automne à l'aéroport de Vancouver.

Cette situation crée des inquiétudes chez les pilotes, d'autant que les rencontres fortuites entre un avion et un drone arrivent en moyenne au moins une fois par jour, selon le Système de compte rendu quotidien des évènements de l'Aviation civile, un outil de Transport Canada servant à rapporter tous les incidents aériens.

« On n'est pas inquiets pour les drones commerciaux, mais pour ceux qui vont se trouver au pied du sapin cette année. Il faut absolument éduquer les gens, dès le point de vente, il faut qu'ils comprennent qu'une rencontre entre un drone et un avion peut avoir des conséquences très graves », affirme Bernard Gervais, président de la COPA, l'association canadienne des propriétaires et pilotes d'aéronefs.

Les utilisateurs de drones doivent, selon lui, se responsabiliser et toujours garder leur appareil dans le champ de vision.

Même si l'espace aérien va être de plus en plus occupé, il pense que des solutions technologiques pourraient aider. « Ce que j'aimerais comme mesure c'est que les pilotes soient avisés quand il y a des drones dans le secteur. Une sorte d'outil dans le cockpit qui fonctionne comme pour les aéronefs classiques avec pilotes », imagine Bernard Gervais.

Même idée pour Brian Micon de Drones plus. « Il faudrait développer un système basé par exemple sur les fréquences radio qui détecterait les drones dans l'espace aérien. On pourrait aussi penser à une technologie qui forcerait le drone à s'écarte ou se poser lorsqu'un avion se trouve sur sa trajectoire », propose-t-il.

  • Réglementation en vigueur au Canada

Actuellement, la loi canadienne oblige uniquement les drones commerciaux ou de recherche à posséder un permis de Transport Canada. Si un aéronef pèse moins de 35 kg et est utilisé à des fins récréatives, un permis n'est pas nécessaire, mais il est demandé de suivre les règles du Règlement de l'aviation canadien et de respecter le Code criminel ainsi que la réglementation municipale, provinciale et territoriale ayant trait aux intrusions et à la vie privée.

Des lignes directrices (Nouvelle fenêtre) sont également consultables en ligne, parmi lesquelles :

  • Ne jamais utiliser un drone à moins de 9 km d'un aéroport, d'un héliport ou d'un aérodrome.
  • Ne jamais utiliser un drone à moins de 150 m de personnes, d'animaux, de bâtiments, de structures ou de véhicules.
  • Ne jamais utiliser un drone dans un espace aérien réglementé, par exemple, à proximité ou au-dessus de bases militaires, de prisons ou de feux de forêt.

À l'approche des fêtes, Transport Canada vient également de publier une série de vidéos mettant dans lesquelles le ministre Marc Garneau rappelle les règles d'utilisation des drones.

Image d'une des vidéos du ministre Marc Garneau pour sensibiliser aux drones.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Image d'une des vidéos du ministre Marc Garneau pour sensibiliser aux drones.

Photo : Transport Canada

Le sujet est également à l'agenda politique et législatif et ce malgré le changement de gouvernement fédéral. Transport Canada a émis, l'année dernière, un avis de proposition de modification de réglementation. Plus d'une centaine de propositions ont été faites par les acteurs du secteur parmi lesquelles :

  • Exigences relatives au marquage et à l'immatriculation des aéronefs
  • Nouvelles règles de vol
  • Test de connaissances
  • Âge minimum et permis pour les utilisateurs de drones

La nouvelle réglementation pourrait être adoptée au printemps 2016.

Colombie-Britannique et Yukon

Consommation