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Les assureurs, acteurs de la lutte contre les changements climatiques

De fortes pluies ont causé des inondations à Carlisle en Grande-Bretagne en décembre 2015.
De fortes pluies ont causé des inondations à Carlisle en Grande-Bretagne en décembre 2015. Photo: Phil Noble / Reuters

Dans les conférences des Nations unies sur le climat, un acteur se fait de plus en plus présent : les compagnies d'assurance. C'est que les effets du réchauffement les préoccupent au plus haut point. Pas tant pour des raisons écologiques, mais plutôt parce que les aléas du climat menacent leur avenir économique et financier.

Un texte de Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnementTwitterCourriel

Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Dans les années 1980, la facture estimée des compagnies d'assurance pour les catastrophes naturelles tournait autour de 35 milliards de dollars américains par année, selon les chiffres de la Lloyd's de Londres, le géant de l'assurance. Or, au cours de la dernière décennie, les coûts ont grimpé à une moyenne annuelle de 50 milliards. Et à l'horizon 2050, la compagnie anglaise s'attend à ce que la note grimpe à 1000 milliards!

En 2011, la pire année de l'histoire pour les assureurs, le coût global des aléas climatiques a atteint 126 milliards de dollars américains.

À lui seul, l'ouragan Sandy, qui a frappé la côte est américaine en 2012, a coûté 42 milliards.

Le constat est clair : les assureurs ont tout avantage à participer à la lutte contre les changements climatiques.

« Face aux bouleversements liés aux changements climatiques, les assureurs n'ont d'autre choix, pour s'assurer un avenir, que de repenser leur approche du risque en devenant acteur de la transition écologique », dit Laurent Montador, directeur général adjoint de la Caisse centrale de réassurance (CCR), une compagnie française.

Des taxis sont submergés après le passage de l'ouragan Sandy, à l'automne 2012Des taxis sont submergés après le passage de l'ouragan Sandy, à l'automne 2012 Photo : AFP / Michael Bocchieri

Et Laurent Montador s'intéresse beaucoup à l'eau. C'est la principale préoccupation des assureurs, qui va accaparer une grande partie des pertes : les inondations, les pluies subites et abondantes, les refoulements d'égoût...

Selon les données de la géante allemande de l'assurance Allianz, la moitié de chaque dollar d'assurance qui sera versé en indemnité sera reliée à l'eau.

Des données précieuses à mettre au service de notre avenir

Laurent Montador, directeur général adjoint de la Caisse centrale de réassurance (CCR)Laurent Montador, directeur général adjoint de la Caisse centrale de réassurance (CCR) Photo : Etienne Lebanc

M. Montador est présent à la conférence de Paris sur le climat pour convaincre les représentants politiques que les assureurs peuvent - et veulent - contribuer à la lutte contre les changements climatiques.

« Les compagnies d'assurance ont un rôle à jouer dans l'estimation et la mesure du risque, avec des outils de modélisation très poussés », avance M. Montador.

De fait, les assureurs possèdent des données précieuses et détaillées qui pourraient aider les autorités à prévoir les mouvements des populations dans les villes, les zones les plus touchées par les catastrophes naturelles. Et pas seulement à court terme.

« Nous pouvons anticiper les changements pas seulement sur deux ou trois ans, mais sur vingt, voire trente ans », précise Laurent Montador.

Des données qui pourront aider les autorités à prendre des décisions afin de procéder à un aménagement du territoire mieux adapté aux nouvelles réalités climatiques.

Qu'il s'agisse de déterminer la taille des canalisations, de mieux prévoir l'emplacement des espaces verts ou de mieux planifier les quartiers au bord de l'eau, les données personnelles que possèdent les compagnies d'assurance pourraient être une mine d'or pour les planificateurs urbains.

Un modèle économique à réinventer

Les chiffres des coûts futurs des changements climatiques pourraient être largement sous-évalués face au risque d'un emballement du climat. Il sera de plus en plus difficile pour les assureurs d'identifier et d'évaluer les risques.

Le secteur doit donc réinventer son modèle économique et sa gestion du risque pour garantir son avenir.

Les assureurs retirent leurs billes des énergies fossiles

Pour ce faire, les assureurs adhèrent de plus en plus au concept du « désinvestissement ». C'est un fait connu, les compagnies d'assurance ne sont plus que des assureurs, mais plutôt d'immenses groupes financiers.

« Désinvestir », « divest » en anglais, signifie retirer ses investissements des secteurs liés aux énergies fossiles. Un mouvement qui convainc de plus en plus d'institutions, comme des universités, des fonds mutuels, ou des philanthropes.

Même la famille Rockefeller, qui a construit sa fortune dans l'industrie du pétrole, a annoncé qu'elle retirait ses billes du secteur des énergies polluantes.

Les assureurs participent au mouvement. Le géant allemand de l'assurance, Allianz, un des plus grands gestionnaires de fonds au monde et présent à la conférence de Paris sur le climat, a annoncé à la fin novembre qu'il allait éliminer progressivement ses investissements dans les compagnies qui carburent au charbon.

L'argent ira désormais vers les énergies renouvelables, comme le solaire et l'éolien.

Allianz promet de s'abstenir d'investir dans les compagnies dont l'énergie est générée par un maximum de 30 % de charbon ou dont 30 % des revenus proviennent de l'exploitation du charbon.

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