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Aide médicale à mourir : soulagement chez les malades, nervosité chez les médecins 

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Laurence Brunelle-Côté est atteinte d'Ataxie de Friedreich

Laurence Brunelle-Côté est atteinte d'Ataxie de Friedreich

Photo : ICI Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Cela fait des mois que le réseau de la santé se prépare à l'entrée en vigueur de la Loi concernant les soins en fin de vie. Des guides et des formations ont été mis en place. Mais les médecins, en plus des hésitations sur le plan juridique, se questionnent encore sur le côté éthique.

Un texte de Davide GentileTwitterCourriel

Sur le mur de l'appartement, un graffiti. « Je veux être libre », peut-on lire. Laurence Brunelle-Côté, qui est dans la trentaine, est atteinte de l'ataxie de Friedreich et réclame de choisir de mourir si sa santé décline et que sa qualité de vie devient trop mauvaise.

Elle pense que l'aide médicale à mourir qui entre en vigueur le 10 décembre lui donne une partie de cette liberté. « C'est une sortie de secours, une assurance. Je ne sais pas si je vais m'en servir ou non. Mais je sais qu'il y a une option qui me permettra de décider à la fin de ma vie », dit-elle.

Mais Laurence ne pourrait pas demander l'aide à mourir en ce moment parce qu'elle n'est pas mourante. Louis Roy, médecin en soins palliatifs à Québec, rappelle que le patient doit être en fin de vie et « atteint d'une maladie incurable pour laquelle il n'y a pas d'amélioration attendue ».

La personne doit avoir des souffrances intolérables qui ne peuvent être soulagées. Les patients doivent être majeurs et rédiger une demande qui sera approuvée par deux médecins. Une demande qui pourra être révoquée verbalement à tout moment. « Le deuxième médecin, c'est le filet de sécurité », affirme le Dr Roy.

Le rôle des pharmaciens

Les pharmaciens jouent aussi un rôle de garde-fou. Les médecins traitants obtiendront les produits nécessaires auprès de pharmaciens d'établissements. Le médecin et le pharmacien signent alors une première fois le registre d'utilisation des médicaments.

Un document qui doit à nouveau être signé chez le patient, et lorsque le médecin rapporte le matériel à la pharmacie.

Comme les médecins, les pharmaciens pourront refuser de préparer les trousses de fin de vie.

« On doit respecter cette objection de conscience », indique François Paradis, président de l'Association des pharmaciens d'établissements du Québec. « Par contre il est de notre responsabilité de trouver un pharmacien qui va être prêt à superviser la démarche », ajoute-t-il.

Inconfort

Depuis des semaines dans le réseau de la santé, on multiplie les formations chez le personnel. Malgré tout, un certain inconfort demeure. La quasi-totalité des maisons de soins palliatifs refusent pour l'instant d'offrir l'aide médicale à mourir.

C'est le cas à la Maison Michel-Sarrazin de Québec. « On ne demanderait pas à une maison des naissances de faire des avortements, explique son directeur, Alain-Philippe Lemieux. Pour nous, aller jusqu'à l'aide à mourir, ça va à l'encontre des valeurs profondes qu'on a. »

Deux maisons de soins palliatifs envisagent pour l'instant d'offrir l'aide à mourir. L'établissement de soins palliatifs de Drummondville, la Maison René-Verrier, a ainsi annoncé, fin novembre, au terme de consultations, qu'elle l'offrirait dès que la loi le permettrait.

De son côté la maison Aube-Lumière de Sherbrooke, en Estrie, a annoncé qu'elle le ferait dès février. La directrice Marie Bécotte affirme qu'après une longue réflexion, la décision a été basée sur l'autonomie des patients.

Quand le patient refuse tout traitement, on le respecte là-dedans. Alors, s'il choisit l'aide médicale à mourir, nous, on le respecte dans son choix. C'est le droit à l'autodétermination.

Marie Bécotte, directrice de la maison Aube-Lumière
Louis Roy, médecin en soins palliatifs à QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louis Roy, médecin en soins palliatifs à Québec

Photo : ICI Radio-Canada

Louis Roy, qui a largement contribué au débat qui précédé l'adoption de cette loi, résume l'état d'esprit du corps médical. « En médecine, on est formés pour soigner les gens. On n'est pas formés pour accélérer le processus du mourir », lance-t-il. Selon lui, beaucoup de médecins vont l'évaluer au cas par cas. Il sait déjà qu'il n'accepterait pas toutes les demandes d'aide à mourir.

Je vais devoir me poser chaque fois la question. Est-ce que je me sens à l'aise d'accompagner cette personne dans cette demande?

Louis Roy, médecin en soins palliatifs à Québec

Si la réponse est non, il demanderait alors à des collègues de prendre le relais et d'accompagner le ou la patiente de façon adéquate.

Le Collège des médecins invite les médecins à la prudence

Dans un communiqué, le président-directeur général du Collège des médecins, Charles Bernard, recommande aux médecins « d'être prudents et de prendre leur décision en toute connaissance de cause », en attendant la fin de tous les recours légaux et l'entrée en vigueur de la décision de la Cour suprême.

« La décision de recourir à l'aide médicale à mourir appartient aux médecins et aux patients », souligne M. Bernard.

Par ailleurs, le Collège des médecins rappelle la directive envoyée par la ministre de la Justice au Directeur des poursuites criminelles et pénales pour ne pas poursuivre les médecins qui pratiqueraient l'aide médicale à mourir. Cette recommandation vise à « rassurer la communauté médicale », lit-on dans le communiqué.

Autres questionnements

Les questionnements éthiques des médecins risquent de se poursuivre. « Je pense qu'on va pouvoir un jour aller plus loin », dit Laurence Brunelle-Côté, qui souhaite qu'on autorise un jour le suicide assisté.

C'est une possibilité qui est bien réelle. Ottawa doit en août prochain se conformer à une décision de la Cour suprême qui autorise l'aide médicale à mourir même pour les patients qui ne sont pas en phase terminale ou en fin de vie. « La Cour suprême va plus loin que les dispositions québécoises sur l'aide médicale à mourir », estime Benoit Pelletier, professeur de droit à l'Université d'Ottawa.

Autre différence avec la loi québécoise : la Cour suprême inclut aussi les problèmes de santé psychologique. Selon Benoit Pelletier ça veut dire que « même des personnes qui ont encore plusieurs années à vivre pourraient demander l'aide médicale à mourir, dans la mesure où elles respectent les différentes conditions de l'arrêté Carter ».

Première condition : il doit s'agir d'un adulte capable de prendre des décisions et qui consent clairement à mettre fin à sa vie. Elles doivent être atteintes de problèmes de santé graves et irrémédiables. Ces problèmes de santé doivent aussi causer des souffrances persistantes et intolérables.

Pour l'instant, il est difficile de dire qui des provinces ou du fédéral devra légiférer, puisque la santé est reconnue comme une compétence « concurrente » par les tribunaux.

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