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Un ex-dirigeant de SNC-Lavalin dit avoir reçu de l'argent sale à son insu

Le siège social de la firme d'ingénierie SNC-Lavalin à Montréal
Le siège social de la firme d'ingénierie SNC-Lavalin à Montréal Photo: La Presse canadienne / Presse canadienne/Ryan Remiorz

Un ancien dirigeant de la firme SNC-Lavalin affirme avoir reçu de l'argent provenant d'activités illégales à son insu. C'est ce que soutient l'ingénieur Sami Bebawi inculpé de fraude, corruption et blanchiment d'argent, pour avoir détourné quelque 30 millions de dollars, et aussi d'entrave à la justice pour avoir tenté d'extorquer de l'argent à son ancien collègue Riadh Ben Aïssa, un autre ex-dirigeant de SNC-Lavalin, lui aussi accusé dans ce dossier.

Un texte d'Anne PanasukTwitterCourriel

Radio-Canada vient d'obtenir une copie caviardée de la dénonciation qui accompagne le mandat de perquisition au bureau de l'avocat de Sami Bebawi et dans lequel l'ingénieur explique sa version des faits.

L'histoire commence lorsque Riadh Ben Aïssa a soutenu que Sami Bebawi lui a offert de l'argent par l'entremise de son avocat, alors qu'il était emprisonné en Suisse lors de l'enquête sur les présumés pots-de-vin donnés à la Libye pour obtenir des contrats, en échange d'un témoignage pour qu'il confirme la véracité d'un autre témoignage donné aux autorités suisses et canadiennes quant à la provenance des sommes importantes qu'ils ont investies ensemble.

Sur la foi des prétentions de Riadh Ben Aïssa, la GRC a obtenu des mandats d'écoute électronique contre Sami Bebawi et son avocat Me Constantine Kyres, qui est également accusé.

Le bureau de Me Kyres a aussi été perquisitionné. La Couronne a voulu rendre publiques les informations, ce à quoi se sont opposés les avocats de Bebawi et de Kyres. Après plus d'un an et six audiences pour s'opposer à la non-publication de cette dénonciation, Radio-Canada vient d'en obtenir une copie caviardée.

Sami BébawiSami Bébawi Photo : SNC-Lavalin

On apprend que Sami Bebawi et Riadh Ben Aïssa investissaient conjointement des sommes importantes en Égypte, dans des terrains ainsi que dans une compagnie de céréales, et dans des projets immobiliers à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis et à Montréal.

Pour ce faire, Riadh Ben Aïssa a déposé des sommes dans trois comptes appartenant à Sami Bebawi. Les choses ont pris un autre tournant lorsque Riadh Ben Aïssa a été arrêté en Suisse et que les autorités policières ont interrogé Sami Bebawi.

M. Bebawi aurait affirmé aux autorités helvètes et canadiennes qu'il ne connaissait pas la provenance des fonds de Riadh Ben Aïssa. Quant à lui, il explique sa fortune personnelle par un héritage familial en Égypte.

Riadh Ben AïssaL'ancien vice-président de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa

Restituer 10 millions de dollars

Apprenant l'enquête policière, Sami Bebawi aurait voulu restituer aux autorités les quelque 10 millions de dollars qu'il avait en sa possession et qui appartenaient à Riadh Ben Aïssa.

Il aurait demandé à son avocat de s'occuper de cela. Me Constantin Kyres a dit, rapporte l'agent qui signe la dénonciation, qu'il voulait remettre l'argent de façon légale aux autorités suisses, y compris des amendes s'il y en avait, puisque les autorités ont perçu ces fonds comme étant dérivés des produits de la criminalité.

L'agent de la GRC remarque toutefois que cela correspond au montant originalement proposé à Riadh Ben Aïssa en échange de sa déclaration supportant la version des faits de Sami Bebawi.

La GRC a décidé d'utiliser un agent d'infiltration pour rencontrer Me Kyres à quelques reprises. Les conversations ont été enregistrées, et une perquisition a été menée au bureau de l'avocat; une façon de faire exceptionnelle et délicate. Les enregistrements sont sous scellés et la portion de la dénonciation concernant l'infiltration lourdement caviardée.

Origine de l'argent

Dans cette dénonciation, Sami Bebawi explique qu'il a réalisé, à son désarroi, « que les transferts de la Banque EFG faits aux comptes [...] pouvaient mener un observateur à des conclusions erronées qui pourraient porter préjudice [...] sans avoir la connaissance du contexte des investissements de Riadh Ben Aïssa en Égypte, aux Émirats arabes unis et au Canada ».

Sami Bebawi soutient qu'il ne savait pas que les fonds transférés par Riadh Ben Aïssa provenaient d'un agent et d'un fournisseur de SNC-Lavalin. S'il avait su, dit-il, il n'aurait pas accepté les fonds.

Quant à certains comptes dans lesquels Riadh Ben Aïssa versait de l'argent, Sami Bebawi explique que les documents d'ouverture de comptes étaient frauduleux et qu'il en était la victime.

Par contre, les agents de la GRC affirment avoir trouvé des documents comme la convention de relation d'affaires, la procuration, l'identification de l'ayant droit économique, etc. « Essentiellement, il a omis de soumettre tous les documents sur lesquels sa signature se trouvait, mais qui existaient puisque nous les avons reçus des autorités suisses », souligne l'agent de la GRC.

Le document rapporte que Sami Bebawi a expliqué, qu'avant son témoignage en Suisse, les avocats de Riadh Ben Aïssa avaient approché ses avocats pour demander qu'il corrobore les dires de Riadh Ben Aïssa disant que les fonds reçus étaient des super bonus pour leurs efforts extraordinaires à promouvoir les intérêts de la compagnie en Libye. Sami Bebawi avait refusé de participer à ce mensonge.

Ces informations proviennent d'une enquête policière qui n'a pas encore été présentée devant les tribunaux.

D'ailleurs, dans cette cause d'entrave à la justice, les avocats ne s'attendent pas à un procès avant 2019. Me Kyres devrait demander un procès devant jury.

Quant à Sami Bebawi, il était recherché par la GRC en vertu d'un mandat d'arrestation. Il s'est rendu à la justice canadienne en février 2015 et a été libéré sous caution.

Société