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Apprendre à vivre avec le smog à Pékin

Un jeune femme se prend en photo lors d'une cérémonie à la place Tiananmen, à Pékin.

Un jeune femme se prend en photo lors d'une cérémonie à la place Tiananmen, à Pékin.

Photo : Damir Sagolj / Reuters

Yvan Côté

Enveloppée dans un épais smog depuis plusieurs jours, la capitale chinoise, Pékin, a lancé lundi dernier sa toute première « alerte rouge » à la pollution atmosphérique. Notre correspondant Yvan Côté décrit son quotidien dans une des villes les plus polluées du monde.

Un texte d'Yvan CôtéTwitterCourriel

Je me suis réveillé ce matin au son de la baignoire. Il était 6 heures et ma femme s'appliquait à immerger des serviettes de bain dans l'eau, puis elle les plaçait au bas des portes.

- Que se passe-t-il? lui ai-je demandé à la blague. Est-ce qu'il y a un feu?
- Non, m'a-t-elle répondu, j'essaie simplement de limiter le nombre de particules polluantes qui entrent dans l'appartement.

Depuis deux jours, Pékin est en alerte rouge. Les écoles et les chantiers de construction sont fermés, les usines les plus polluantes autour de la capitale ont dû cesser leur production et la moitié des 5 millions de véhicules ne peuvent plus circuler sur les routes.

Une première pour la mégapole chinoise, qui n'a cependant pas empêché le nuage de smog de prendre de l'ampleur.

350, 400, 450. Le nombre de particules polluantes PM2,5 n'a cessé d'augmenter pendant la journée, notre ciel s'est assombri et l'odeur de charbon nous a encore plus empoisonné  la vie.

Ces chiffres ne vous disent probablement rien au Canada, mais lorsque vous vivez en Chine et que vous avez un enfant, ils deviennent votre baromètre et votre principal allié si vous voulez protéger votre famille.

Vous regardez les indicateurs de particules monter ou descendre comme vous regardez un thermomètre, puis vous évaluez si vous devriez sortir à l'extérieur, aller au parc avec votre fils ou le laisser jouer dans l'appartement.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, ces particules peuvent entraîner des cancers des poumons et des maladies cardiovasculaires. Ces jours-ci, nous en respirons 15 à 20 fois plus que le maximum recommandé pour la santé.

C'est la raison pour laquelle mon fils de 13 mois ne sort plus à l'extérieur. Lui qui aime courir, grimper sur les structures au parc et s'amuser avec ses petits amis chinois est maintenant prisonnier de notre appartement.

Il est choyé, j'ai calfeutré toutes les fenêtres avec du silicone et nous avons six purificateurs d'air à la maison. Mais malgré ces mesures extrêmes, rien n'arrive à faire disparaître la fumée. L'air demeure vicié dans la maison. En fait, elle est aussi mauvaise que lors de la pire journée de smog au Canada.

Un véritable cauchemar pour un parent. Surtout que, depuis l'arrivée de l'automne, mon garçon multiplie les vilaines toux. Toussotement après toussotement, je ne peux m'empêcher de me demander si son malaise est relié à la pollution; si mon choix de carrière est responsable de l'irritation de ses petites voies respiratoires.

Un enfant porte un masque pour se protéger du smog, dans la capitale chinoise.

Un enfant porte un masque pour se protéger du smog, dans la capitale chinoise.

Photo : Damir Sagolj / Reuters

Des masques pour se protéger

Les médecins suggèrent de porter un masque pour se protéger. Nous en avons trois types à la maison. Un jetable tous les trois jours, un autre qu'utilisent les cyclistes pour se protéger du monoxyde de carbone rejeté par les voitures, et un troisième avec de grosses cartouches rondes de chaque côté, comme ceux qu'utilisent les peintres ou les autorités lors d'une fuite de gaz.

Le problème est qu'il n'y en a aucun de la taille du visage de mon fils.

Hier, en produisant un reportage sur les effets de l'alerte rouge à Pékin, je me suis rendu dans un hôpital pour recueillir des commentaires. Dès mon arrivée, j'ai vu au fond d'une pièce un petit bonhomme avec un masque qui lui recouvrait le visage. Son médecin m'a expliqué qu'il avait un an de plus que mon fils et qu'il était devenu asthmatique, probablement en raison de la pollution qui plane au-dessus de la capitale chinoise.

Son image m'a hanté toute la journée et continuera de me hanter au cours des prochains jours. La vague de pollution que nous vivons en ce moment est loin d'être terminée. Les prévisions les plus récentes indiquent que mon fils n'aura pas droit à un ciel bleu avant au moins une autre semaine.

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