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Des pays pétroliers freinent les négociations à Paris, soutiennent des ONG

Le ministre du pétrole de l’Arabie Saoudite,  Ali Al-Naimi, à la conférence de Paris, le 8 décembe 2015.
Le ministre du pétrole de l’Arabie Saoudite, Ali Al-Naimi, à la conférence de Paris, le 8 décembe 2015. Photo: Jacky Naegelen / Reuters

Les pays dont l'économie dépend en grande partie de l'exportation du pétrole ont beaucoup à perdre dans la transition vers les énergies vertes, notamment l'Arabie saoudite, dont le PIB dépend essentiellement de l'or noir. Des ONG les accusent de ralentir les négociations en cours à la conférence de Paris.

Rappelons que la conférence de Paris a pour objectif de sceller un accord international qui limitera le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius afin de limiter les changements climatiques. La conférence réunit 195 États membres.

De plus, plusieurs études scientifiques ont rapporté que les énergies fossiles, telles que le gaz, le pétrole et le charbon, devront être laissées dans le sol afin d'atteindre cet objectif.

Ainsi, l'accord devra aussi mettre sur la table des solutions afin d'aider les pays à se convertir aux énergies renouvelables.

Pays possédant les plus grandes réserves de pétrole en 2014 selon l'OPEP (en ordre)

  1. Venezuela
  2. Arabie saoudite
  3. Iran
  4. Irak
  5. Koweit

« Pendant longtemps, l'Arabie saoudite n'a pas été en première ligne dans ces négociations, mais là, ils bloquent à peu près sur tous les sujets », explique à l'AFP Pascal Canfin, expert du World resources institute.

« Ils essaient d'affaiblir l'accord pour qu'il affecte le moins possible leur économie », ajoute Harjeet Singh, de l'ONG Action Aid, puisqu'« ils ont tout à perdre et pas grand-chose à gagner ».

Le ministre du Pétrole de l'Arabie saoudite, Ali Al-Naimi, s'est pourtant dit en faveur de l'énergie solaire, de l'énergie éolienne, du gaz, ainsi que pour la capture et le stockage du carbone. Par contre, il a demandé à ce que soient adoptées « des politiques de réduction d'émissions de gaz à effet de serre qui ne discriminent aucune source d'énergie ».

« Cela signifie qu'il ne faut pas viser les [énergies] fossiles. C'est quand même impensable de dire ça à la tribune, alors que la communauté internationale tente justement de trouver les moyens d'en sortir », déclare Célia Gautier du Réseau action climat, qui regroupe les ONG françaises.

Ils savent qu'il y aura une fin du pétrole, ils commencent à diversifier leur économie, mais ce qu'ils veulent c'est ralentir le processus, c'est empêcher l'accord de Paris de l'accélérer.

Célia Gautier du Réseau action climat

En effet, l'accord qui sera scellé à Paris à la fin de la semaine impliquera probablement une transition énergétique beaucoup plus rapide que ce que la plupart des pays entrevoient.

Le Venezuela, un autre État qui tire la moitié de son PIB du pétrole, s'attire les mêmes critiques. Ce pays « est dans la même situation [...] Ils refusent le mot décarbonation de l'économie par exemple », note Célia Gautier. Selon elle, « les pétroliers font tout ce qu'ils peuvent pour avoir un accord le moins ambitieux possible ».

« Sur les sujets clés comme les objectifs de long terme et la date de révision des engagements des pays, l'Arabie saoudite défend les options les plus faibles », déplore Célia Gautier.

Le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole connues selon l'OPEP.Le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole connues selon l'OPEP. Photo : STRINGER Venezuela / Reuters

Les ONG craignent le blocage de l'Arabie saoudite

« Si l'Arabie saoudite bloque, que feront les autres pays pétroliers et les pays dans leur zone d'influence géographique comme l'Égypte? », se questionne Pascal Canfin du World resources institute.

Car si aucun pays n'a de droit de veto à la conférence de Paris, l'accord qui doit être finalisé vendredi se doit cependant d'être largement consensuel.

De plus, l'Arabie saoudite refuse de participer au fonds de 100 milliards de dollars, destiné à aider les pays en développement à s'adapter aux changements climatiques. Le royaume saoudien revendique le statu quo, au même titre que les autres pays émergents, comme la Chine.

Sur la base du PIB par habitant, ils seraient en position de participer à l'aide aux pays du Sud, mais ils rejettent cette option, et demandent même à bénéficier de financements et de technologies pour se diversifier.

Pascal Canfin du World resources institute

Notons que les pays arabes sont regroupés au sein d'un groupe composé de 22 pays à la conférence de Paris.

« Jusqu'ici, Riyad s'est beaucoup exprimé au nom du groupe arabe, mais cela ne reflète pas la vision de tous ses membres, dont certains sont franchement engagés dans le développement des énergies renouvelables comme le Maroc ou la Jordanie », selon Safa Al-Jayoussi, porte-parole du réseau d'ONG arabes IndyAct.

Chute du prix du pétrole

Le prix du pétrole est à son plus bas depuis sept ans. « Les principaux perdants de la baisse du cours sont les pays exportateurs », affirme Denis Ferrand, directeur général de l'institut économique français Coe-Rexecode.

Cela se voit « quand vous regardez l'évolution à la baisse des réserves en devises de l'Arabie saoudite ou le retour en zone déficitaire du commerce extérieur de l'Algérie ou du Nigeria ».

L'économie au Venezuela s'est effondrée ces derniers mois au même rythme que les cours du pétrole. La crise explique en partie la victoire de l'opposition lors des élections législatives de dimanche.

Le cours du pétrole a plongé sous la barre des 40 $US après la décision des pays de l'OPEP de s'abstenir lors de sa réunion semestrielle vendredi à Vienne de baisser leur production en dépit des excédents pesant sur le marché.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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