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Ottawa confirme la tenue d'une enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées

Les ministres Carolyn Bennett, Jody Wilson-Raybould (centre) et Patricia Hajdu s'adressent aux médias lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a décidé de lancer une consultation auprès des familles et des proches des femmes autochtones disparues ou assassinées avant de définir le mandat de la commission d'enquête.

Les ministres de la Justice, Jody Wilson-Raybould, de la Condition féminine, Patricia Hajdu, et des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, ont indiqué que la première phase consistera à rencontrer les survivantes, leurs familles et les proches des victimes ainsi que les représentants des organisations autochtones pour les sonder sur la « définition des paramètres de la commission d'enquête » à venir.

« Le gouvernement du Canada croit qu'une enquête sur les femmes et les filles disparues et assassinées peut seulement être définie une fois que ceux et celles qui sont directement touchés se seront exprimés » est-il précisé dans le communiqué.

Les trois ministres dirigeront ces rencontres qui se dérouleront au cours de la prochaine année. Elles consulteront les populations autochtones sur les choix suivants :

  • Les paramètres de la commission d'enquête
  • L'identité des commissaires
  • La durée de l'enquête
  • Les intervenants
  • La portée des travaux

À la lumière de ces consultations, le gouvernement définira le mandat, les modalités, la forme et le calendrier de l'enquête.

« La mise sur pied de cette enquête représente une avancée importante vers l'établissement d'une relation de nation à nation et la restauration du lien de confiance entre le gouvernement du Canada et les Autochtones au Canada », a déclaré la ministre Wilson-Raybould.

Bien que les femmes autochtones forment 4 % de la population féminine du Canada, elles représentent 16 % des femmes assassinées au Canada entre 1980 et 2012. Elles sont trois fois plus susceptibles de signaler être victimes de violence que les femmes non autochtones.

« L'inaction est terminée », a déclaré la ministre Bennett.

« Nous avons fait de cette enquête une priorité » - Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé, en matinée, la tenue d'une enquête publique sur le sort des femmes autochtones assassinées ou disparues, devant l'Assemblée générale des Premières Nations à Gatineau.

« J'ai donné instruction à la ministre des Affaires autochtones » de mettre en place « une enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada », a dit Justin Trudeau devant les chefs de l'assemblée des Premières Nations.

« Nous avons fait de cette enquête une priorité pour notre gouvernement parce que ceux qui ont été touchés par cette tragédie nationale ont suffisamment attendu. Les victimes méritent d'obtenir justice, et leurs familles, une opportunité d'être entendues et de faire leur deuil », a dit Justin Trudeau.

Il a insisté, de façon plus large sur l'importance de renouer les liens avec les communautés autochtones. « Aujourd'hui, je vous promets que cette relation sera transformée et respectée », a-t-il dit.

Nous allons travailler avec vous pour rebâtir la confiance entre le gouvernement canadien et les peuples autochtones.

Le premier ministre Justin Trudeau

Dans la foulée, il a annoncé des investissements majeurs en éducation pour les Premières Nations. Le chef libéral a signalé que le plafond de 2 % d'augmentation pour le financement des programmes des Premières Nations, qui stagne depuis environ 20 ans, serait aboli dès le premier budget fédéral.

Finalement, il a mentionné la Commission de vérité et réconciliation du Canada en affirmant qu'il allait mettre en place les actions recommandées par celle-ci. Il s'est aussi engagé à revoir une par une les lois autochtones décrétées par l'ancien gouvernement.

« Les mesures qui entrent en conflit avec vos droits, qui sont incompatibles avec les principes de bonne gouvernance ou celles qui n'ont tout simplement aucun sens sur le plan des politiques publiques seront abolies », a-t-il expliqué.

Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a multiplié les éloges et les remerciements à l'endroit de Justin Trudeau, soulignant que c'était la première fois depuis bien des années qu'un premier ministre du Canada s'asseyait avec eux.

Il a ensuite félicité le chef libéral d'avoir nommé deux ministres autochtones - à la Justice, Jody Wilson-Raybould, et aux Pêches, Hunter Tootoo - en insistant sur l'importance d'avoir des représentants des Premières Nations autour de la table des décisions.

Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées

Une enquête attendue depuis longtemps

Cette enquête publique était demandée depuis plusieurs années par les Premières Nations du Canada, mais le gouvernement Harper y avait toujours opposé une fin de non-recevoir. Le Parti libéral du Canada, aujourd'hui au pouvoir, avait pour sa part promis la tenue d'une telle enquête lors de la dernière campagne électorale.

On ne connaît pas encore les détails du mandat de l'enquête publique. Il est donc trop tôt pour dire si son président pourra se pencher plus largement sur les violences faites aux femmes autochtones, comme celles mises en évidence par le reportage réalisé à Val-d'Or par l'équipe de l'émission Enquête en octobre dernier.

Selon les plans proposés à la ministre Bennett, la commission d'enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées pourrait avoir jusqu'à cinq volets régionaux, en plus de la commission nationale. Les sous-commissions seraient réparties entre le Québec et l'Atlantique, l'Ontario, le Manitoba et les Prairies, la Colombie-Britannique et le Nord.

Quelque 1200 femmes autochtones ont été assassinées ou portées disparues en 30 ans au Canada. Toutes proportions gardées, c'est de trois à quatre fois plus que dans la population canadienne en général.

Le Parti libéral estimait en campagne électorale que l'enquête publique sur les femmes autochtones prendrait deux ans et coûterait 40 millions de dollars. En comparaison, la Commission de vérité et réconciliation avait duré 6 ans et coûté 60 millions de dollars.

Entrevue avec l'ex-présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada

Une première pensée pour les familles

En entrevue à ICI RDI, la présidente de la Fédération des femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, et sa prédecesseure, Michèle Audette, se sont toutes deux réjouies de la décision du gouvernement. Leurs premières pensées sont allées aux familles de ces femmes autochtones disparues ou assassinées.

« C'est vraiment des lueurs d'espoir qui se concrétisent pour les familles. C'est plus les familles qui sont vraiment en attente d'une action concrète », a commenté Mme Michel, qui a parlé d'une « belle journée pour tous ».

« Il y a des familles qui nous appellent au bureau et qui sont vraiment contentes », a-t-elle poursuivi. « Enfin, elles vont peut-être avoir des réponses à toutes ces attentes qu'elles ont eues. »

Selon Mme Michel, le mandat de la commission s'annonce vaste et constituera donc un grand défi. « Il y a beaucoup de choses qu'on doit montrer, par exemple un portrait général des problématiques [...], le portrait des communautés qui doit être étalé aussi, et le manque d'accès aux services », a-t-elle énuméré. 

Mme Audette, qui s'est présentée pour le Parti libéral dans Terrebonne mais qui a été défaite, admet s'être interrogée sur le bien-fondé de cette première phase de l'enquête publique, avant de décider de faire confiance au gouvernement.

« C'est un nouveau gouvernement, une nouvelle approche, et une plus grande ouverture sur la question autochtone, qui propose une relation de nation à nation – qui n'a jamais été là, soyons francs », a-t-elle souligné. 

Elle se félicite que le gouvernement ait choisi dans le cadre de son processus « de mettre au centre les familles, les premières personnes touchées par ces tragédies-là. »

Mme Audette soutient que des femmes autochtones qu'elle a rencontrées lundi à Gatineau dans le cadre d'une rencontre des chefs avaient d'ores et déjà la ferme intention d'agir en ce sens.

« Elles disaient : "on veut dire à nos chefs ce ne devrait pas être nos organisations nationales qui portent cette enquête, mais les familles. Nous, les mamans, les frères et sœurs". Et c'est les femmes encore qui vont apporter cette approche innovante », a-t-elle relaté.

Avec les informations de CBC

Ontario

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