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  • Exclusif
  • Ce que la carte de tous les Airbnb à Montréal révèle

    Radio-Canada

    Alors que Québec vient d'adopter une loi qui encadre les sites d'hébergement, des données obtenues par Radio-Canada montrent que le nombre de Montréalais qui mettent leur appartement à louer aux touristes sur Airbnb a plus que doublé en un an.

    Un texte de Pasquale-Harrison-Julien

    La popularité d'Airbnb ne se dément pas à Montréal. En tout, nous avons répertorié 9458 annonces sur le site de l'entreprise en date du 25 novembre dernier. Des annonces qui proposent aux visiteurs de rester dans un appartement plutôt que dans un gîte ou un hôtel.

    Explorez la carte pour voir tous les appartements disponibles et filtrez par secteur.

    Notre démarche

    Nous avons créé un script pour analyser toutes les petites annonces de location sur le site Airbnb en date du 25 novembre. Une démarche identique à celle que nous avions entreprise l'an dernier, ce qui nous a permis de comparer nos données. La précision du positionnement de chaque appartement comporte une marge d'erreur de plusieurs mètres, à cause des données affichées sur le site.

    Le Plateau toujours au sommet du palmarès

    Encore cette année, c'est l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal qui propose le plus de choix : 2919 annonces. Suivent les arrondissements de Ville-Marie, Rosemont-la-Petite-Patrie et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

    Le prix moyen d'une location sur Airbnb se situe à 110 $ pour un appartement entier, 49 $ pour une chambre privée et 42 $ pour une chambre partagée. Le prix médian s'élève respectivement à 90, 42 et 31 $. 

    L'arrivée d'un joueur comme Airbnb a eu, au final, un impact très positif, selon Paul Arsenault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et professeur au Département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM.

    On a ouvert une nouvelle façon de voyager. Le seul moyen pour une famille de passer plus de deux jours dans une ville, mais plutôt une semaine ou deux sur la Plateau par exemple, c'est avec Airbnb. Et l'argent économisé est quand même dépensé en ville.

    Paul Arsenault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat

    Les super-locateurs existent, mais ils sont minoritaires

    Avec les données que nous avons obtenues, la seule façon de savoir si un locateur est très actif, c'est de faire le décompte des commentaires. La plateforme Airbnb n'oblige pas les touristes à laisser des commentaires. Toutefois, elle encourage très fortement ce système informel d'évaluation des appartements.

    Avec ces données, nous constatons que la très grande majorité des annonces sont très peu actives : 3024 n'ont reçu aucun commentaire. Cela signifie fort probablement que les appartements n'ont jamais été loués. Par ailleurs, 5610 annonces ont moins de cinq commentaires sur leurs fiches.

    À l'inverse, 60 annonces montréalaises ont plus de 100 commentaires.

    Quel impact aura la nouvelle loi?

    La loi 67, adoptée le 1er décembre presque à l'unanimité par l'Assemblée nationale, va changer la vie des utilisateurs d'Airbnb, HomeAway et autres sites de partage d'hébergement, qui tirent un revenu régulier de ces locations.

    Toutefois, la loi 67 ne mentionne pas précisément ce qui distingue un locateur occasionnel d'un locateur régulier. La province n'a pas voulu imiter la ville de San Francisco, par exemple. Là-bas, pour être considéré comme un locateur occasionnel, il ne faut pas louer son logement plus de 90 jours.

    Ce qui n'empêche pas le milieu de l'hôtellerie de se réjouir de cette nouvelle loi.

    Il faut que les mêmes règles soient appliquées pour tous les joueurs. Il faut qu'il y ait une forme d'équité. Mais on n'est pas contre ce type d'hébergement, parce qu'on est en 2015.

    Xavier Gret, de l'Association Hôtellerie Québec

    Même son de cloche du côté de Patrick Thévénard, un propriétaire de gîte qui se bat contre Airbnb depuis plusieurs années. Il a vu des appartements, tout près de son gîte dans Ville-Marie, accueillir des touristes sans avoir à se soumettre à quelque forme de réglementation que ce soit.

    Il rappelle qu'un locateur régulier d'Airbnb devra faire une demande d'attestation de classification auprès du ministère du Tourisme. Ce dernier devra vérifier auprès des municipalités si la demande respecte le zonage. Par exemple, dans l'arrondissement de Ville-Marie, le règlement prévoit qu'un gîte ou un lieu d'hébergement se trouve à une « distance minimale de 150 mètres d'une autre résidence de tourisme ».

    Cliquez ici (Nouvelle fenêtre) pour voir le règlement de l'arrondissement de Ville-Marie.

    Ne reste plus qu'à voir comment le gouvernement va mettre en application sa nouvelle législation », ajoute Patrick Thévénard.

    Parmi les principales mesures de la loi :

    • Les locateurs auront l'obligation d'obtenir une attestation de classification auprès du ministère du Tourisme;
    • Ils devront percevoir une taxe d'hébergement de 3,5 %;
    • Le nombre d'inspecteurs passera de 2 à 18 sur le territoire québécois pour faire respecter la nouvelle législation.

    La conversion des logements suscite l'inquiétude

    L'application de la nouvelle loi inquiète toutefois les comités de logements. Ils voient d'un mauvais œil la possibilité que des unités soient retirées du marché locatif pour devenir des pied-à-terre pour les touristes.

    Un problème qui est loin d'être réglé avec la nouvelle loi, selon Carole Boucher, coordinatrice, du Comité Logement du Plateau Mont-Royal. Elle craint que le prix des appartements du quartier le plus en vogue auprès des voyageurs d'Airbnb ne grimpe encore davantage.

    Oui, on a augmenté le nombre d'inspecteurs. Mais est-ce suffisant pour tout le Québec? Et puis, c'est toujours facile à couper, des postes d'inspecteurs, dans un nouveau budget où il faut faire des économies.

    Carole Boucher, du Comité Logement du Plateau Mont-Royal

    Le Comité va poursuivre l'étude des effets à long terme des super-locateurs sur Le Plateau-Mont-Montréal, notamment l'impact de ce phénomène sur la qualité du voisinage.

    De son côté, Airbnb n'a pas répondu à nos questions. 

    Avec Florent Daudens

    Société