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L'incompréhension face à « une autre sorte de mort »

André Parker (à droite) avec son frère Brett Parker, trois semaines avant la mort d'André

Photo : Emma Love Photography

Radio-Canada

Trois ans après le suicide d'André Parker, 19 ans, sa famille endeuillée reste perplexe face aux causes de la dépression qui l'a torturé.

Un texte de William BurrTwitterCourriel

« Mon frère ne voulait pas être malade [...] et il a travaillé fort pour se guérir », raconte Jennifer Boutin, la soeur du jeune homme social et sportif. La dépression a pris le dessus malgré une famille aimante, un cercle d'amis, et l'accès à des services de soins de santé mentale.

Les Parker parlent d'André courageusement à travers des émotions qui restent vives. Ils veulent lui rendre hommage, et espèrent que cela pourra aider d'autres familles.

« La peine de quelqu'un qui a perdu un être cher au suicide est différente, parce que c'est une autre sorte de mort », dit Jennifer Boutin, qui ajoute que l'épreuve d'André l'a menée à éliminer toutes ses idées préconçues sur la santé mentale.

Une enfance heureuse selon toute apparence

André Parker grandit dans une famille tissée serrée de Melville, en Saskatchewan. Il est le benjamin d'une famille de cinq enfants, huit ans plus jeune que le quatrième. On le voit sur des vidéos familiales jouant au hockey, chantant, et fêtant le 80e anniversaire de sa grand-mère, où il prend le micro pour raconter des blagues.

La dépression le frappe à l'âge de 16 ans. Sa famille a des hypothèses pour l'expliquer, mais rien de définitif. André avait quitté la maison pour aller jouer au hockey à Yorkton et s'ennuyait de chez lui. Il a subi une commotion cérébrale. Il a pris pendant plusieurs mois le médicament Accutane, dont un des effets secondaires peut être la dépression.

André Parker avec sa familleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

André Parker avec sa famille

Photo : Jennifer Boutin

« Des défis que nous, ses frères et soeurs, on lui disait : "Ce n'est pas si grave que ça". Pour lui, c'était très difficile », dit Jennifer Boutin.

La vie continue. Entre 16 et 19 ans, il termine ses études secondaires, joue au hockey pour l'équipe junior de Melville, et entame des études à l'Université de la Saskatchewan. La dépression surgit à des moments inattendus.

« Il sortait avec ses amis, et c'était lui qui créait l'ambiance au début de la fête. Mais à la fin, il retournait à la maison et pleurait dans mes bras, me suppliant : "Fais-le disparaître, Maman, fais-le disparaître [parlant de la dépression]", raconte Sharon Parker. Dans la dernière année de sa vie, malgré l'aide d'une psychologue et d'un psychiatre, André parle ouvertement de son désir de se suicider. Chaque nuit, sa mère dort avec son cellulaire dans les mains.

André Parker, sa soeur Jennifer Boutin, et les enfants de Jennifer, Luc et LeoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

André Parker, sa soeur Jennifer Boutin, et les enfants de Jennifer, Luc et Leo

Photo : Jennifer Boutin

La crise

L'été du suicide d'André, sa famille trouve qu'il semble plus heureux. Tout dégénère en l'espace de quelques heures, le 16 juin 2012.

Après une journée passée sur le bord du lac Crooked avec sa famille, le jeune homme sort fêter avec des amis. Il y consomme de l'alcool et de la marijuana, croit sa famille. Il est aussi sous l'influence d'un médicament antidépresseur. En retournant chez lui, il percute un poteau avec sa voiture. Pris de remords, il court jusqu'à la maison et crie pour que son père, Leo Parker, l'aide. Il répète : « Aide-moi! Aide-moi! J'ai besoin de toi ». Et aussi : « Tu n'as aucune idée ce que j'ai fait ».

Leo Parker descend les escaliers en pyjama. Alors qu'il essaye de consoler son fils, il remarque qu'André change « en un instant » et passe à un état d'extrême désespoir. Son ton de voix change complètement. « Il est devenu comme une autre personne », dit son père. C'était comme s'il avait « perdu sa capacité de contrôler ses émotions. »

André commence à dire qu'il veut se suicider, « en finir avec tout ça ». Son père lui répète que sa famille l'aime, et le supplie, mais avant qu'il puisse l'en empêcher, André saisi deux couteaux et se poignarde.

Leo Parker prend son fils mourant dans ses bras. Trois ans plus tard, pas un jour ne passe sans qu'il pense à cette soirée-là.

Les Parker, trois semaines avant la mort d'André; de gauche à droite : Scott, Jennifer, Leo, Sharon, Brett, André et DerekAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les Parker, trois semaines avant la mort d'André. De gauche à droite : Scott, Jennifer, Leo, Sharon, Brett, André, Derek

Photo : Emma Love Photography

Le deuil et un genre de réconciliation

Lors des funérailles d'André, son frère Derek, un ancien combattant professionnel d'arts martiaux mixtes, a donné l'éloge funèbre, une tâche infiniment plus difficile que les 500 matchs dans lesquels il a combattu, dit-il.

Engourdi et las, Derek avait du mal à sortir du lit. Ses contraventions pour excès de vitesse ne provoquaient plus aucune réaction. 

La mère d'André s'est effondrée, en état de stress post-traumatique six mois plus tard, après avoir essayé de retourner au travail trop rapidement.

Avec le temps sont venus aussi des moments de réconciliation. Jennifer Boutin, qui s'est appuyée sur sa foi, se souvient bien d'un moment en particulier, lorsqu'elle faisait ses prières dans son bain sous un rayon de soleil qui entrait par la fenêtre.

« J'ai eu un moment où j'ai reçu comme un message, raconte-t-elle. C'est comme si mon frère me disait : "Tout est bien pour moi. Ça va. Ça va. Je suis entouré de l'amour. Je suis bien. Mais prends soin de toi-même." »

Un legs inattendu

La famille trouve aussi de la consolation dans un fonds qu'elle a créé pour aider les gens souffrant de problèmes de santé mentale à Melville. Après les funérailles d'André, les Parker ont demandé des dons à la place de fleurs. D'autres événements communautaires à Melville ont aussi permis de collecter de l'argent. Le fonds a fini avec plus de 13 000 $.

« Je pense que notre famille a été choisie pour porter un message à beaucoup de personnes : "Vous n'êtes pas seuls" », dit Jennifer Boutin malgré les larmes qui coulent sur son visage.

Parler d'André pousse les Parker à ouvrir une page difficile de leur histoire, mais ils disent que cela fait partie de leur processus de guérison.

« Le processus de deuil est comme des vagues sur l'océan, explique Sharon Parker. La mer avait été calme pendant un moment. Il était temps que ça bouscule un peu. »

André ParkerAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

André Parker

Photo : Jennifer Boutin

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