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  • Inspections environnementales : Québec réduit ses objectifs en plus de rater ses cibles

    Un tracteur dans un champ.

    Un tracteur épand des pesticides dans un champ de soya.

    Photo : iStock

    Radio-Canada

    Au moment où tous les regards sont tournés vers la conférence de Paris sur le climat, Radio-Canada a appris que le ministère québécois de l'Environnement a prévu de réaliser moins d'inspections cette année et qu'il n'a pas atteint ses cibles l'an dernier. 

    Un texte de Jean-Philippe RobillardTwitterCourriel

    Un document interne du ministère de l'Environnement, dont nous avons obtenu copie, montre que le Centre de contrôle environnemental du Québec a prévu de réaliser moins d'inspections que l'an dernier.

    Parmi les programmes où il y aura moins de contrôles, notons par exemple :

    • les sites d'enfouissement : 176 contrôles cette année, 300 l'an dernier;
    • les matières dangereuses : 370 cette année, 557 l'an dernier;
    • les raffineries de pétrole : 12 cette année, 23 l'an dernier.

    Au total, le nombre d'inspections prévues pour cette année dans une cinquantaine de programmes devrait baisser de 8,5 %, pour un total de 6223. Consultez le tableau ci-dessous.

    Pour voir ce tableau sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

    De moins en moins d'inspecteurs

    Depuis cinq ans, le nombre d'inspecteurs ne cesse diminuer au ministère de l'Environnement. Nous avons rencontré l'un d'eux, qui désire garder l'anonymat par crainte de perdre son emploi. Il estime que c'est le manque d'effectifs qui oblige le ministère à revoir ses cibles à la baisse.

    C'est sûr qu'on voudrait en faire plus tout le temps. Ça s'en va en diminuant tout le temps. Ils ne sont pas proactifs, ils attendent une autre catastrophe. Au niveau global, au niveau de la population, ça ne paraît pas tant qu'il n'y a pas de catastrophe.

    Un inspecteur

    Québec rate ses cibles d'inspections de l'an dernier

    Alors que le nombre d'inspections prévues est en baisse, le document nous apprend aussi que le ministère de l'Environnement n'est pas parvenu à atteindre les cibles qu'il s'était fixées l'an dernier pour près de 7 programmes sur 10. Par exemple :

    • 11 suivis de travaux de réhabilitation des terrains contaminés, sur un objectif de 30;
    • 21 contrôles des pulvérisations de pesticides, sur un objectif de 41;
    • 3 inspections dans les raffineries de pétrole l'an dernier, sur un objectif de 23.

    Pour voir ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

    Selon l'inspecteur rencontré, « moins de présence sur le terrain veut dire moins de visibilité du ministère. Ils se fient plus à l'autosurveillance ».

    Les entreprises sont moins sur leur garde, de savoir que l'inspecteur peut débarquer n'importe quand.

    Un inspecteur

    Jean-François Girard, un avocat spécialisé en environnement, n'est pas étonné de ce qui se trouve dans le rapport que nous avons obtenu. « C'est une dégradation lente et constante de notre qualité d'environnement », estime-t-il.

    Malheureusement, je suis en train de constater la faillite du ministère de l'Environnement, qui n'atteint pas sa mission. Je constate que le ministère de l'Environnement ne réussit pas à jouer son rôle fondamental, qui est de protéger l'environnement.

    Jean-François Girard

    Les inquiétudes d'un maire des Laurentides

    Le maire du canton de Gore, Scott Pearce, n'est pas satisfait du travail accompli par le ministère de l'Environnement. Il se dit inquiet pour les lacs de son village. Il trouve que les inspecteurs du ministère ne sont pas assez présents.

    On ne les voit pas souvent. Je trouve ça triste.

    Le maire du canton de Gore, Scott Pearce

    « Moi, je peux boire l'eau dans mon lac encore aujourd'hui. Est-ce que ça va être comme ça dans cinq ans? Avec un ministère qui ne se déplace pas pour faire des inspections ou nous aider, je ne penserais pas », ajoute-t-il.

    M. Pearce affirme qu'il n'est pas le seul maire des Laurentides à être déçu du travail accompli par le ministère de l'Environnement : « On est inquiet de ce qu'on voit du ministère de l'Environnement et on trouve qu'on n'est pas bien servis ».

    Le document interne révèle enfin que le ministère est en train « d'implanter progressivement une approche basée sur le risque » en tenant compte des « taux de non-conformité, de la gravité des manquements, de la prévention de la délinquance et des préoccupations sociales ». Le dépôt d'un document d'orientation est prévu pour le 31 mars 2016.

    Politique