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Le nu de Stephen Harper vendu pour 20 000 $

Danielle Potvin de Gatineau qui met en vente un nu de Stephen Harper sur kijiji.     Photo : ICI Radio-Canada / Jean-François Chevier

Danielle Potvin de Gatineau qui met en vente un nu de Stephen Harper sur kijiji. Photo : ICI Radio-Canada / Jean-François Chevier

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La toile représentant l'ancien premier ministre du Canada Stephen Harper nu a été vendue pour 20 000 $. Elle a été achetée par le millionnaire Frederick Ghahramani, un homme dont les prises de position contre la loi antiterroriste du précédent gouvernement sont bien connues.

Un texte d'Angie BonenfantTwitterCourriel

La toile était jusqu'à tout récemment la propriété de Danielle Potvin. Cette Gatinoise avait acquis le portrait au coût de 5000 $.

Mme Potvin dit être très surprise d'avoir vendu cette toile deux fois plus cher que le prix demandé. La résidente de Gatineau avait mis le portrait en vente sur le réseau Kijiji et exigeait 8800 $.

« C'est au-delà de mes espérances », a-t-elle expliqué en entrevue. « Je ne m'attendais pas du tout à obtenir un tel montant. »

La toile est une oeuvre de l'artiste canadienne Magaret Sutherland. C'est une parodie de l'Olympia du peintre français Édouard Manet.

Intitulée Emporor haute couture, la peinture est accrochée au mur du salon de Mme Potvin depuis les trois dernières années.

Elle représente Stephen Harper allongé sur un récamier. Il est entouré de plusieurs personnes en habit dont une femme en tailleur qui  lui offre un café Tim Hortons.

Même si elle n'est pas une collectionneuse d'oeuvres d'art, Mme Potvin dit avoir été attirée par le réalisme du portrait.

« C'est un snap-shot incroyable d'un climat politique que nous avons eu au cours des 10 dernières années », a raconté cette ancienne fonctionnaire fédérale. « C'est un trésor national. C'est une très belle oeuvre d'art politique! »

Qui est l'acheteur?

Danielle Potvin est surtout heureuse que l'acheteur, l'homme d'affaires vancouvérois Frederick Ghahramani, maintienne la vocation politique de l'ouvrage.

« Ce n'est pas seulement l'argent qui est important là-dedans, mais tout ce qui entoure la proposition [de l'acheteur] », a-t-elle expliqué en entrevue.

Il va mettre la toile dans son bureau quelques années, mais ensuite il voudrait qu'elle fasse le tour des écoles secondaires, des universités et des musées.

Une citation de :Danielle Potvin

« Je trouve que c'est une bonne idée qu'elle reste au Canada », a-t-elle poursuivi. « J'ai eu des soumissions d'intérêt étranger, mais j'avais peur que la toile quitte le pays. J'aurais pu avoir plus d'argent avec eux, mais je voulais que ça reste au Canada. »

M. Ghahramani est un homme très engagé politiquement. Il s'est surtout fait connaître lors de la dernière campagne électorale, alors qu'il avait fait un don d'un million de dollars à des organismes qui critiquaient la Loi antiterroriste de 2015 (C-51).

Arts politiques

Ce n'est pas d'hier que l'art est utilisé comme véhicule de dénonciation. L'art politique, ça existe depuis la nuit des temps, rappelle Diane Pacom, professeure en sociologie à l'Université d'Ottawa.

« Il y a toujours eu, même dans la période de l'antiquité, le côté satirique de l'artiste, qui se donne le droit d'avoir un regard critique, incisif et transgressif par rapport au reste de la société », explique-t-elle.

L'art a une force de frappe instantanée et durable, précise Mme Pacom. Même si de façon générale l'artiste n'est pas un pamphlétaire, ses oeuvres peuvent évoquer les choses de façon beaucoup plus percutantes que n'importe quel discours de n'importe quel politicien.

Les explications de Diane Pacom :

L'art devient politique à partir du moment où l'artiste se permet d'une façon originale de faire de l'ironie ou de dénoncer une situation.

L'histoire est parsemée d'exemples dans lesquels un artiste a pris position sur un sujet donné.

1. Jana Sterbak, Robe de chair pour albinos anorexique

Une oeuvre représentant une robe en viande qui se putréfie sous l'oeil des visiteurs, au fil des jours, a fait scandale à Ottawa, en 1991. Cette pièce baptisée Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique, présentée au Musée des beaux-arts du Canada, est l'oeuvre de l'artiste montréalaise d'origine tchèque Jana Sterbak. L'artiste se questionne sur les limites de la condition humaine. Elle aborde le thème de la vanité, présent dans l'art occidental depuis le Moyen Âge.

2. Bob Dylan, pour l'ensemble de son oeuvre

L'oeuvre de Dylan a toujours été, dès le début, à la limite de l'art et de la politique. L'auteur-compositeur a fait sa carrière en écrivant des chansons sur la contestation. Bob Dylan aborde dans ses textes des enjeux sociaux. « Il fait partie de ces artistes qui prennent des risques », relate Diane Pacom. « Disons que c'est beaucoup plus confortable d'être Taylor Swift qu'être Bob Dylan ou Pauline Julien, par exemple. »

3. Judy Chicago, The Dinner Party

Crédit : www.judychicago.com

L'artiste féministe Judy Chicago est derrière l'oeuvre The Dinner Party, une installation exécutée de 1974 à 1979. Cette oeuvre multimédia revendique la place des femmes dans toutes les sphères d'activité et veut mettre fin à la discrimination dont elles ont fait l'objet pendant des décennies. Jugée trop provocatrice, la pièce a été interdite dans plusieurs musées.

4. Nick Ut Cong Huynh, La petite fille au napalm

Captée le 8 juin 1972, cette photo d'une fillette nue de neuf ans, qui s'enfuie lorsqu'un avion sud-vietnamien largue sur son village des bombes, a été couronnée par le prix Pulitzer. La photo illustre l'horreur de la guerre et la souffrance de victimes innocentes. Considérée comme l'une des photos les plus célèbres du 20e siècle, elle a souvent été présentée comme étant à l'origine de la fin de ce conflit. La fillette, Phan Thi Kim Phuc, est aujourd'hui mère de deux enfants et réside au Canada.

5. Dmitry Vrubel, Le Baiser de la fraternité

Ce « baiser communiste » entre le dirigeant soviétique Leonid Brejnev et son homologue est-allemand, Erich Honecker, à l'East Side Gallery, a fait le tour du monde. L'artiste russe Dmitry Vrubel, l'homme derrière la fresque murale, voulait dénoncer le mur de Berlin, instrument d'oppression par excellence, selon lui. Elle a été peinte en 1990.

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