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Les animaux du Yukon doivent s'adapter aux changements climatiques

Paysage du Yukon

Photo : Radio-Canada/La semaine verte

Radio-Canada

Au Yukon, les signes du réchauffement climatique sont déjà bien visibles depuis plusieurs années. Non seulement les caractéristiques du territoire changent, mais toute la chaîne alimentaire animale se voit perturbée.

Un texte de Benoît FerradiniCourriel

Depuis plus de 40 ans, le chercheur Dave Mossop est témoin de tout ce changement. Dans les vallons de la toundra arctique, au sud-ouest de Whitehorse, il traque le même oiseau chaque saison : le lagopède des saules.

Lagopèdes des saules

Photo : iStockphoto

Cette perdrix de la toundra se retrouve dans tout l'Arctique. Un animal clé, qui sert de repas à tous les prédateurs de cet écosystème comme le lynx, le renard, le coyote, et le faucon.

La vie du lagopède des saules est basée sur un cycle de 10 ans. Ainsi, une fois tous les 10 ans, il se reproduit en grande quantité. C'est ce que les chercheurs appellent un pic de reproduction.

Tous les prédateurs se sont adaptés à ce rythme. Il existe cependant un problème depuis quelques dizaines d'années : les pics de reproduction se font de plus en plus rares.

Quand je suis arrivé ici, il y avait énormément de lagopèdes. Plus de 100 couples par kilomètre carré de toundra. Au cours des décennies suivantes, on a vu des pics de reproduction, mais jamais aussi élevés qu'au début. Et on s'aperçoit maintenant que le déclin avait déjà commencé dans les années 70.

Dave Mossop, biologiste au Centre de recherche du Yukon
Dave Mossop

Photo : Radio-Canada/La semaine verte

Le dernier pic était attendu en 2010. Ce printemps-là, Dave Mossop et ses élèves quadrillaient leur zone d'études, mais ils n'ont remarqué aucun pic de reproduction.

Le chercheur est persuadé que ce sont les changements climatiques qui sont à l'origine de ces perturbations. Selon lui, c'est l'absence de régularité dans les saisons qui empêcherait les lagopèdes de se reproduire comme ils le devraient.

La météo au début du printemps, ça serait la clé de l'énigme. Pas l'hiver, mais le printemps. C'est une période cruciale pendant laquelle ils s'installent et ils se reproduisent. On a eu du temps très étrange; le printemps arrive tôt, et puis plus rien. Ça reste froid et misérable. Ça n'arrivait pas avant.

Dave Mossop

Résultat : c'est que les prédateurs des lagopèdes voient leurs habitudes bousculées. Par exemple, les faucons gerfauts mangent encore des lagopèdes, mais l'absence de pic de reproduction menace la survie des futures générations.

Si les lagopèdes font des petits, et s'ils survivent, les faucons gerfauts peuvent se reproduire, et ils le font d'un coup. Mais quand le nombre de lagopèdes diminue, et qu'il ne reste que des adultes, intelligents et durs à attraper, les faucons gerfauts arrêtent tout simplement de se reproduire.

Dave Mossop

D'autres prédateurs des lagopèdes voient aussi leurs cycles de vie bouleversés par l'absence de leur repas favori, comme le renard et la belette.

Comme ailleurs dans les régions nordiques, le Yukon voit aussi arriver de nouvelles espèces, qui étendent leur territoire vers le Nord grâce aux températures plus clémentes sur le territoire. Des chauves-souris, des coyotes, et plus récemment des cougars. Ils déséquilibrent les écosystèmes et contribuent à menacer les espèces locales.

Le problème, c'est qu'il y a un décalage : le climat change plus rapidement que les animaux qui pourraient s'adapter. Certaines espèces pourraient disparaître, et cela pourrait évidemment affecter la biodiversité.

Tom Jung, biologiste au ministère de l'Environnement du Yukon

Le lièvre à raquettes

À quelques heures de route de la toundra étudiée par Dave Mossop, des chercheurs albertains se sont rendu compte qu'une autre espèce clé était elle aussi en danger : le lièvre à raquettes.

Un lièvre à raquettes

Photo : Radio-Canada/La semaine verte

C'est une espèce clé parce qu'elle nourrit presque tout dans la forêt. Les lièvres ont un cycle de 10 ans pendant lequel ils varient en densité, et presque tous les animaux varient aussi en fonction des lièvres. Leurs populations dépendent de la population de lièvres à raquettes.

Michael Peers, biologiste à l'Université de l'Alberta

Chaque jour, ces chercheurs vont relever leurs pièges. Ils ont déjà identifié tous les lièvres de leur zone d'étude, et connaissent donc ceux qui se sont fait prendre. Ils les pèsent, les mesurent et observent la couleur du pelage.

Cet hiver, Michael Peers va entre autres étudier les pattes des lièvres. Des pattes qui reproduisent nos raquettes conçues pour marcher dans la poudreuse. Elles permettent au lièvre de s'enfuir rapidement, alors que leurs prédateurs s'enfoncent. Mais tout cela est en train de changer.

Un chercheur capture un lièvre

Photo : Radio-Canada/La semaine verte

Ce qu'on peut prévoir avec les changements climatiques, c'est qu'avec un hiver plus chaud, la neige sera plus dure et ils vont perdre leur avantage. Les prédateurs comme les coyotes pourront rester plus facilement sur la neige.

La plus grande menace qui pèse sur l'équilibre des populations de lièvres à raquettes, c'est la couleur de leur pelage. Brun en été, il blanchit progressivement en hiver. Toutefois, l'hiver actuel ne ressemble plus à ce qu'il était. Les lièvres deviennent blancs trop tôt, et le restent trop tard au printemps. Ils sont dorénavant des proies plus faciles à détecter.

Des chercheurs mesurent et pèsent un lièvre qu'ils ont attrapé à l'aide d'une cage.

Photo : Radio-Canada/La semaine verte

Pour savoir comment se portent ses lièvres, Michael Peers les a équipés d'émetteurs radio. Il contacte régulièrement leurs fréquences, et peut savoir s'ils sont en vie grâce au signal reçu. Si le lièvre est mort, il va analyser la carcasse.

Au printemps prochain, le chercheur retournera en laboratoire pour analyser ses données, et documenter l'impact des changements climatiques sur le lièvre à raquettes.

Le Pr Dave Mossop, 70 ans, va continuer à consacrer sa retraite aux lagopèdes. Une espèce qui s'est adaptée à tous les changements climatiques depuis plusieurs centaines de milliers d'années. Selon lui, toutefois, le défi est maintenant insurmontable.

Science