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La Russie n'a pas communiqué ses intentions à l'armée turque, estime Ottawa

L'ambassadrice du Canada à l'OTAN, Kerry Buck, entourée de l'ex-ministre canadien des affaires étrangères Rob Nicholson et de l'envoyé spécial des États-Unis, le général John R. Allen.
L'ambassadrice du Canada à l'OTAN, Kerry Buck, entourée de l'ex-ministre canadien des affaires étrangères Rob Nicholson et de l'envoyé spécial des États-Unis, le général John R. Allen. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
La Presse canadienne

La Russie a souvent omis, depuis quelques semaines, de prévenir l'armée turque de ses manoeuvres militaires en Syrie, comme elle s'était pourtant engagée à le faire, a soutenu mercredi l'ambassadrice du Canada à l'OTAN.

Un chasseur russe a été abattu en vol au-dessus de la Turquie, mardi. Selon Ankara, l'appareil, qui rentrait d'une mission en Syrie, a refusé de quitter l'espace aérien turc, en dépit de multiples avertissements.

Kerry Buck a indiqué mercredi que le Canada et d'autres pays, dont la Russie, tentaient activement d'améliorer le protocole de communications entre alliés, afin de prévenir de tels incidents.

L'ambassadrice canadienne a aussi soutenu que Moscou devrait se joindre à la coalition occidentale dans ses opérations contre le groupe armé État islamique plutôt que de bombarder les Turkmènes de Syrie, qui font partie, selon elle, de l'opposition modérée au président Bachar Al-Assad.

Mme Buck a participé mardi, à Bruxelles, à la réunion d'urgence du Conseil de l'Atlantique Nord, instance civile suprême de l'OTAN. La réunion extraordinaire avait été demandée par la Turquie, un de ses membres, qui voulait offrir sa version des faits.

Cet incident militaire est aussi historique : c'est la première fois en plus de 50 ans qu'un pays membre de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) abat un avion russe (ou soviétique), et l'affaire constitue un nouvel épisode dans l'escalade de tensions entre Moscou et l'OTAN, forte de 28 membres.

L'OTAN accepte la version de la Turquie

Comme les autres représentants des pays membres de l'OTAN, Mme Buck a pu écouter les enregistrements où l'on entend pendant cinq minutes les 10 avertissements de l'armée turque à l'avion russe. Elle a rappelé mercredi que l'OTAN acceptait la version de la Turquie dans cette affaire, mais oeuvrait désormais à apaiser les tensions suscitées par l'incident.

Le président russe, Vladimir Poutine, prévenait mardi que cette affaire aurait des « conséquences importantes » sur les relations de Moscou avec Ankara.

« Pour réduire les risques, il faut plus de transparence, a estimé Mme Buck, dans un entretien téléphonique depuis Bruxelles. Dans le cas qui nous occupe, on constate que les Russes n'ont pas répondu [aux avertissements], alors il faut encourager les parties à utiliser les canaux de communication appropriés. »

L'ambassadrice canadienne rappelle que de tels canaux existent déjà entre Moscou et l'Occident, notamment un protocole d'entente conclu entre les États-Unis et la Russie, mais qui s'applique à tous les pays de la coalition menée par Washington contre le groupe État islamique en Syrie et en Irak. Il existe aussi des canaux de communication bilatéraux, entre les états-majors de certains pays, notamment la Turquie.

Malheureusement, la Russie n'a pas [...] toujours respecté plusieurs de ces canaux de communication. Dans le cas présent, il semble qu'ils n'aient pas répondu [aux sommations] des Turcs, ce qui a eu de très, très graves conséquences. 

Kerry Buck, ambassadrice du Canada à l'OTAN

Les deux pilotes russes ont réussi à s'éjecter, mais l'un d'eux a été abattu par des rebelles syriens au sol, pendant sa descente en parachute. L'autre a finalement été secouru par des soldats syriens qui l'ont remis, sain et sauf, à une base russe. Un soldat d'élite russe qui participait à la mission de sauvetage a aussi été tué.

Manque de coopération de la Russie

Mme Buck a d'ailleurs rappelé que le Conseil de l'Atlantique Nord avait tenu une réunion extraordinaire à la demande d'Ankara le 5 octobre dernier pour discuter de présumées violations répétées de l'espace aérien turc par des avions russes qui n'avaient pas averti les autorités.

« Il faut prévenir ces incidents en accentuant la coopération entre les états-majors [...] mais c'est un long processus », admet l'ambassadrice.

L'OTAN demande par ailleurs à la Russie pourquoi elle s'acharne à bombarder un territoire très proche de la Turquie, là où « aucun groupe de l'EI ou du Front al-Nosra n'est présent, à notre connaissance », soutient Mme Buck. Elle suggère que la Russie veut en fait bombarder la minorité turkmène, qui a des liens avec la Turquie.

En visite officielle à Londres, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué mercredi que les tensions entre Ankara et Moscou étaient cause d'inquiétudes.

C'est pourquoi l'ambassadrice canadienne à l'OTAN et ses homologues déploient des efforts pour apaiser les tensions par la voie diplomatique, en rétablissant le plus possible les voies de communication directes.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

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