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Les réserves d'eau de la planète risquent de s'épuiser, selon des chercheurs

Alain Gachet, L’homme qui fait jaillir l’eau du désert, Éditions JC Lattès

Alain Gachet, L’homme qui fait jaillir l’eau du désert, Éditions JC Lattès

Photo : iStock

Radio-Canada

Les réserves d'eau souterraine, qui alimentent des milliards de gens en eau potable, se renouvellent plus lentement qu'elles sont exploitées et elles risquent de s'épuiser, concluent des chercheurs de Victoria et de Calgary responsables de la toute première étude à dater les nappes phréatiques de la planète publiée lundi.

Un texte de Sophie RousseauTwitterCourriel

Une réduction de l'eau potable disponible menace la côte ouest du Canada même si celle-ci est connue pour ses forêts pluviales ainsi que ses nombreux lacs et ses rivières, déclare un ingénieur hydrologue de l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique.

Toute une génération pour renouveler 6 % de l'eau

Tom Gleeson, ingénieur hydrologue à l'université de Victoria, auteur d'une étude sur le renouvellement des nappes phréatiques de la Terre

Tom Gleeson, ingénieur hydrologue à l'université de Victoria, auteur d'une étude sur le renouvellement des nappes phréatiques de la Terre

Tom Gleeson est à la tête d'une équipe de scientifiques des universités de Calgary, de Victoria, du Texas, et de Gottingen (Allemagne) qui ont, pour la première fois, mesuré le renouvellement des nappes phréatiques du monde.

« Notre étude, publiée par le magazine Nature Geoscience, fait état de ce que personne ne savait encore », dit Tom Gleeson

Seulement 6 % des eaux souterraines de la planète se sont renouvelées au cours des 50 dernières années.

Tom Gleeson, ingénieur hydrologue, Université de Victoria
Si toute l'eau souterraine de la Terre était à sa surface, elle formerait une couche de 1 m (bleu clair) à 50 m (bleu moyen)

Si toute l'eau souterraine de la Terre était à sa surface, elle formerait une couche de 1 m (bleu clair) à 50 m (bleu moyen)

M. Gleeson estime que la planète possède un total de 23 millions de kilomètres cubes d'eau dans ses réserves souterraines, soit assez pour couvrir toute la surface de la Terre d'une couche de 180 mètres d'eau. Toutefois, seulement une petite proportion de cette eau s'est renouvelée au cours des 50 dernières années. Ces nouveaux 0,35 million de kilomètres cubes d'eau sont à peine suffisants pour couvrir la Terre de 3 mètres d'eau.

La distinction entre les nappes phréatiques profondes, datant parfois de millions d'années, et les nappes d'eau souterraine plus récentes, qu'on trouve à moins de quelques centaines de mètres de la surface, est cruciale, expliquent les chercheurs.

L'eau « moderne » s'épuise trop vite

Les eaux peu profondes, plus modernes, sont les plus vulnérables à la contamination et à l'épuisement des réserves face à la hausse des températures et la baisse de précipitations, selon l'étude.

Ces nappes phréatiques d'eau jeune sont aussi celles qui alimentent deux milliards de personnes, soit le tiers de la planète, en eau potable et irrigation agricole, souligne l'étude.

En bleu, les zones où l'eau souterraine est puisée plus vite qu'elle ne s'approvisionne. en rouge, les nappes à plus de 100 m de profondeur

En bleu, les zones où l'eau souterraine est puisée plus vite qu'elle ne s'approvisionne. en rouge, les nappes à plus de 100 m de profondeur

« Que la majorité des réserves d'eau sollicitées prenne plus de 50 ans à se renouveler présente une menace sérieuse à la durabilité de notre écosystème », croit l'hydrologue Tom Gleeson.

La preuve que l'épuisement des réserves aquifères est une menace réelle se voit au Kansas où des rivières ont carrément cessé de couler, souligne M. Gleeson. On précipite le cycle de la sécheresse quand on puise de l'eau non renouvelable datant de milliers d'années, comme en Californie, ou de millions d'années, comme en Égypte, ajoute-t-il.

Nous utilisons tellement d'eau que nous risquons de faire baisser le niveau sous le débit minimum nécessaire à la survie des espèces aquatiques.

Tom Gleeson, ingénieur hydrologue, Université de Victoria

En Colombie-Britannique, ajoute M. Gleeson, la plupart des réserves aquifères consistent en de petites nappes phréatiques disséminées dans les vallées.

Toute l'eau est non renouvelable

L'eau puisée par l'agriculture dans la vallée de l'Okanagan, et par l'industrie pétrolière et gazière dans le nord-est de la province doit être réglementée si on veut en assurer la durabilité, avertissent les auteurs de l'étude.

Vue aérienne de l'usine de gaz naturel de Horn River, en Colombie-Britannique

En décembre dernier, Encana a annoncé qu'elle céderait cette usine de gaz naturel dans le nord de la Colombie-Britannique à l'entreprise Enbridge.

Photo : Betsy Trumpener

Certaines nappes aquifères de Colombie-Britannique ont déjà dépassé ce seuil critique, selon le consultant en hydrologie expert en eaux souterraines, Gilles Wendling. « À Langley, par exemple, le niveau de la nappe phréatique chute, parce qu'on tire plus d'eau souterraine que s'approvisionne la nappe ».

Si on veut continuer de pouvoir utiliser de façon raisonnable les nappes phréatiques, il faut s'assurer qu'on extraie autant d'eau souterraine que les pluies approvisionnent ces aquifères.

Gilles Wendling, consultant hydrologue, GW Solutions

Une loi pour protéger les eaux souterraines

La ministre de l'Environnement de Colombie-Britannique, Mary Polak, a déposé une nouvelle loi en 2014, Loi de la durabilité de l'eau, visant la protection des eaux souterraines. Le gouvernement doit encore déterminer les règlements spécifiques qui seront imposés aux usages industriels. « Les règlements devront limiter et plafonner les quantités extraites, dit M. Wendling, parce que l'eau souterraine et l'eau de surface sont intimement liées, et sont aussi la source des pluies ».

Les réservoirs d’eau et les canaux de l’État sont à sec.

Résultat de ce faible couvert de neige et du manque de précipitations : les réservoirs d’eau et les canaux de l’État sont à sec.

Photo : Bernard Laroche

Pour évaluer la rapidité de renouvellement des nappes aquifères, les auteurs de l'étude ont examiné des milliers d'échantillons puisés dans 55 pays, et en ont mesuré la teneur en tritium, un résidu radioactif de tirs nucléaires répandus dans les années soixante et présent dans la plupart des nappes d'eau de moins de 50 ans.

Colombie-Britannique et Yukon

Ressources naturelles