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Ici de Georgette LeBlanc

La poète et artiste multidisciplinaire Georgette LeBlanc

La poète et artiste multidisciplinaire Georgette LeBlanc

Photo : Dolores Breau

Radio-Canada

Georgette LeBlanc est l'une des cinq finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2015 pour Ici, un poème inédit écrit en hommage à son père, « un homme qui n'aimait pas les poèmes. » Elle y aborde « la mort physique de [son] père. Sa force. Sa présence. »

Native de Chicaben (Pointe-de-l'Église) en Nouvelle Écosse, Georgette LeBlanc s'est imposée comme poète avec ses recueils qui se lisent comme des romans Alma et Amédée (Éditions Perce-Neige) pour lesquels on lui a remis le prix Félix Leclerc, le prix Antonine-Maillet--Acadie Vie, le prix littéraire Émile-Ollivier et le Lieutenant Governor of Nova Scotia Masterworks Arts Award. Son troisième livre, Prudent, a été finaliste des Prix littéraires du Gouverneur général 2014. Georgette LeBlanc a également été scénariste pour la télésérie Belle Baie et collaboré avec les artistes François Gaudet, Radio Radio, Viviane Audet et Arthur Comeau. Sa poésie, très narrative, flirte avec l'oralité et la mémoire culturelle acadienne.

Les opinions exprimées par les auteurs ne reflètent pas nécessairement celles de Radio-Canada. Certains lecteurs pourraient s'offenser du contenu des textes. Veuillez prendre note que certains textes s'adressent à un public averti.


Ici

Mon père n'aimerait pas ce poème
il n'aimait pas les poèmes
il m'aimait mais je ne le savais pas
c'était mon père
c'était comme ça
et puis c'étaient des années
et puis c'était le matin
le matin de sa mort et nous ne le savions pas
et je n'expliquerai pas
je ne cherche pas à comprendre
le visage, le destin qui n'a pas de prière
je ne récite pas le chapelet
et je ne parlerai pas en son nom
mon père qui était, que je suis
mon père ce temple difficile
molécules tissées par la fièvre de son pain
à la dérive, le train, malgré la main forte
cellules, les siennes, jours et nuits
la guerre qui le déchirait, rageait, fumait
et nous ne le savions pas
intérieure, extérieure, nous ne l'entendions pas
la balance ne disait pas le mot
la justice trop rigide
son muscle trop tendu
suffisait de voir
toucher sa peau
à mon père qui était et je l'écris
et tu le touches aussi, un peu, ici
lui que tu ne connaissais pas
qui est là, assis
dans sa chaise
le soir de sa mort et nous ne le savons pas
assis, mon père, ce temple difficile
dans le corps qui lui reste
maigre tente, assaillie
parce que la guerre, toujours la guerre
qui rage et qui fume dans son corps
une dernière guerre, sans raison
illogique, mal pensée
sans tendresse, illustrée
mon père assis
ici, toujours vivant
tout jour une dernière fois
les yeux fixés, ailleurs, ici
dans ce poème, sa dernière nuit
et je l'écris même s'il n'aimerait pas ça
même si un poème c'est une longue rivière
et que lui est dans sa chaise, ici
qu'il ne pagaye pas, qu'il se lève
comme ça, de sa chaise
mon père est debout devant son frère
devant sa femme, devant son fils
il se lève
il n'a plus mal, il veut se coucher
il veut monter à sa chambre
trouver le lit que sa femme a partagé
il se lève
dans ce poème et moi j'ajoute
l'eau dessous ses pieds
les feuilles, la mousse, la rivière sous l'escalier
il monte
son enfance proche, un cycle terminé
son frère, sa femme, son fils, cortège
funèbre, canons, orchestres
il monte
silence, je l'écris
silence, je j'entends
il est là, dans le poème, ici
son souffle, coupé, haletant ici
je l'entends, le souffle qui lui reste, le poumon ici
brisé, brûlé, la lutte ici
qui perce ici, qui monte ici
qui se lève, qui décide, qui s'active ici
mon père monte l'escalier
mon père est debout la main posée
il reprend son souffle
sa tête tourne dans les étoiles
il marche dans le poème jusqu'à sa chambre
il ouvre la porte et se couche ici
dans le poème, dans la photo
dans les vestiges qui nous restent de lui
que nous tenons, qu'il a touchés
que je garde en moi de lui
dans le cadre incinéré, ici

mon père dans la rivière
qui coule, qui continue
les détails, l'itinéraire, sa raison d'être
inconnue


Véritable tremplin pour les écrivains canadiens, le Prix de poésie Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) est ouvert à tous, amateurs ou professionnels. Il récompense chaque année les meilleurs poèmes ou groupes de poèmes originaux et inédits soumis au concours. Le gagnant reçoit 6000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, une résidence d'écriture au Centre Banff, en Alberta, et son texte est publié dans le magazine enRoute d'Air Canada et sur ICI.Radio-Canada.ca/icionlit. Les finalistes reçoivent chacun 1000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, et leur texte est publié sur ICI.Radio-Canada.ca/icionlit.

Vous aussi, vous écrivez? Participez à trois nos prix de création!

Prix de la nouvelle Radio-Canada 

Prix du récit Radio-Canada  

Prix de poésie Radio-Canada 

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