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Suicides sur l'autoroute : des camionneurs traumatisés

Les camions lourds sont parfois ciblés par des conducteurs qui veulent s'enlever la vie sur l'autoroute

Les camions lourds sont parfois ciblés par des conducteurs qui veulent s'enlever la vie sur l'autoroute

Photo : CBC/Tony Smyth

Radio-Canada

Les conducteurs de camions lourds connaissent bien le phénomène des gens qui s'enlèvent la vie en jetant leur véhicule devant le leur. De nouveaux chiffres de la GRC en Nouvelle-Écosse permettent d'en mesurer l'ampleur.

Des quelque 300 accidents de la route de 2010 à aujourd'hui, cinq ont impliqué des gens qui se sont suicidés au volant de leur véhicule, dont deux cette année seulement. Les autorités policières pensent que le nombre est encore plus élevé, mais ne sont pas en mesure de le prouver.

« Chaque cas est unique, mais certains concernent un véhicule qui a traversé la ligne médiane et qui a frappé intentionnellement d'autres véhicules, des véhicules lourds comme des semi-remorques », affirme le porte-parole de la GRC en Nouvelle-Écosse, l'agent Mark Skinner.

La GRC considère toutes les causes possibles lorsqu'elle enquête sur un accident de la route, selon Mark Skinner. Elle évite de sauter aux conclusions.

« Il faut que ce soit très clair. » Les enquêteurs, dit-il, parlent à des proches et à des amis du conducteur tué, étudient les preuves physiques ainsi que le comportement de la personne au cours des jours ou des mois précédant la collision.

Le simple fait qu'une personne était déprimée ne mène pas les policiers à conclure que l'accident a été causé par un suicide. « Ils auraient pu être en train de faire un appel [...] ils auraient pu être distraits en réfléchissant à une façon de faire face [à leur anxiété], et voilà qu'arrive la collision », explique l'agent Skinner.

Dans certains cas, toutefois, l'intention est très claire : la personne a laissé une note de suicide dans son véhicule ou à la maison. Parfois, elle décrit même avec précision comment elle entend s'enlever la vie.

Un traumatisme durable pour les camionneurs

Ces collisions, accidentelles ou non, ont un impact majeur sur les camionneurs.

Allen Howell en sait quelque chose. Il roulait sur une autoroute néo-brunswickoise à deux voies, en août 1979, lorsqu'un véhicule conduit par une mère de famille a dévié dans sa voie. Elle a été tuée. Son fils de 2 ans, assis à l'arrière, en est sorti indemne.

Le camionneur Allen Howell a été impliqué dans une collision frontale en 1979. La conductrice de l'autre véhicule a intentionnellement dévié de sa voie pour frapper son poids lourdAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le camionneur Allen Howell a été impliqué dans une collision frontale en 1979. La conductrice de l'autre véhicule a intentionnellement dévié de sa voie pour frapper son poids lourd

Photo : CBC

« Je ne me rappelle de rien parce que j'ai eu beaucoup de difficulté à composer avec ce drame », témoigne-t-il. M. Howell n'a pas vu le véhicule accidenté sur le coup parce qu'il était lui-même grièvement blessé. Mais le simple fait de regarder des photos de l'accident et d'entendre les comptes rendus l'ont traumatisé.

Il a lui-même été déclaré mort sur les lieux de l'accident. C'est pendant son transport que les ambulanciers se sont rendu compte qu'il respirait.

Il a été dans le coma pendant un certain temps et, à son réveil, il a dû réapprendre à manger et à s'habiller. Il n'a aucun souvenir de l'accident ni des quelques mois qui l'ont précédé et suivi.

La preuve recueillie sur les lieux de l'accident indique qu'il a tenté d'éviter la collision. Son camion semi-remorque a quitté la route et abouti sur la pelouse d'une maison.

Cette photo montre ce qu'il restait du camion d'Allen Howell après l'accidentAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette photo montre ce qu'il restait du camion d'Allen Howell après l'accident

Photo : Contribution

Il est clair que la conductrice a intentionnellement causé la collision, mais n'empêche, un sentiment de culpabilité habite toujours M. Howell, 36 ans plus tard.

« Responsable ou pas, il y a tout de même quelqu'un qui est mort. J'aurais aimé que ce ne soit pas arrivé, bien sûr, et je me demande toujours comment j'aurais pu l'éviter [la collision]. »

Il a consulté des psychologues et des psychiatres au fil des ans et affirme avoir trouvé une paix intérieure.

Aux personnes qui songent à s'enlever la vie sur une autoroute, il conseille d'y penser à deux fois. « Si c'est ce [vous] voulez faire, n'impliquez pas une personne innocente, parce que c'est extrêmement dérangeant. [...] Allez trouver de l'aide professionnelle, trouvez une autre solution! »

D'après un reportage d'Yvonne Colbert, CBC

Avec les informations de CBC

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