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L'équilibre délicat du Gala de l'ADISQ

Le Gala de l'ADISQ 2014

Le Gala de l'ADISQ 2014

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Au cours des dernières années, le Gala de l'ADISQ a été victime du déséquilibre entre le vote du public et celui de l'industrie. Une situation qui ne devrait pas se reproduire en 2015, avec le couronnement potentiel de Jean Leloup.

Une analyse de Philippe RezzonicoTwitterCourriel

Gala de l'ADISQ 2010 : Mes Aïeux reçoit le Félix du Groupe de l'année. Pardon? Le groupe a été pratiquement absent de la scène musicale au cours des 12 derniers mois. L'évidence est telle que les membres du groupe, étonnés, le soulignent eux-mêmes sur scène en recevant leur prix. Malaise.

Gala de l'ADISQ 2013 : Marc Dupré est sacré interprète masculin de l'année. Excusez-moi? Tous les journalistes spécialisés en musique et bon nombre de membres de l'industrie musicale tombent en bas de leur chaise. Dupré? Devant Louis-Jean Cormier et Fred Pellerin? Vraiment?

Les galas de remises de prix liés à la culture ne feront jamais l'unanimité. Mais certaines récompenses décernées à l'ADISQ au fil des ans font preuve d'un clivage digne du Grand Canyon entre certaines catégories. La raison en est simple : le vote du public.

Marc Dupré, Marie-Mai et Louis-Jean Cormier au Gala de l'ADISQ en 2013

Il n'y a pas de mal à ce que le public s'exprime dans un gala. Bien au contraire. Certains galas reposent d'ailleurs entièrement sur de telles bases. Le Gala Artis, au Québec, ou les People's Choice Awards, aux États-Unis, pour ne nommer que ceux-là.

Le problème qui existe au Gala de l'ADISQ depuis des années, c'est que l'événement qui récompense l'industrie musicale de chez nous tente d'être à la fois les American Music Awards et les Grammy Awards. Or, les modèles américains desquels le Gala de l'ADISQ s'est inspiré à sa création sont bien différents. Pour simplifier : les AMAs mesurent le succès commercial (totalité des ventes) et la popularité des artistes (vote public). Les Grammy récompensent, en partie, le succès commercial (pourcentage de ventes) ainsi que les qualités artistiques et techniques (musique, texte, enregistrement, etc.).

Sur le fond et la forme, l'ADISQ est nettement plus près des Grammy. La majorité des catégories concernant les albums reposent à la fois sur les ventes de disques et le vote des membres de l'Académie (750 membres). D'autres catégories (genres musicaux précis, auteur ou compositeur, son, lumière, scripteur, etc.) reposent sur des votes de jurys spécialisés.

Le déséquilibre

Or, quatre catégories phares à l'ADISQ reposaient uniquement sur le vote du public : interprète masculin, interprète féminine, chanson et groupe de l'année.

Presque tous les autres Félix (plus de 90 %, en fait) sont décernés selon un mode de scrutin qui comprend d'une façon ou d'une autre des gens spécialisés en musique. Illogique.

C'est comme si 26 des 30 équipes de la Ligue nationale de hockey jouaient avec un livre de règlements commun et que les quatre autres formations avaient droit à un livre de règlements spécifique à leurs besoins. Ce déséquilibre a mené à quelques incongruités comme les deux mentionnées plus haut.

Le vote du public, on le sait, est émotif. On ne salue pas obligatoirement le « meilleur » ou la « meilleure » interprète, mais plutôt celui ou celle que l'on préfère. C'est humain. Sauf que cela se transforme invariablement en concours de popularité. L'ADISQ en a pris note. Les catégories d'interprètes de l'année, celle de la chanson de l'année et du groupe de l'année reposent désormais sur un partage de votes 50-50 entre les membres de l'Académie et le public. Les deux factions, souvent opposées, sont donc représentées à parts égales.

C'est plus équitable, comme on en a eu la preuve l'an dernier, lors de la première année où cette nouvelle réglementation a été appliquée. Un vote de 50 % de l'Académie n'a pas empêché Marie-Mai d'obtenir (encore une fois) le Félix de l'interprète féminine de l'année. Comme quoi l'Académie peut avoir les mêmes vues que le public.

Alex Nevsky au Gala de l'ADISQ 2014

Alex Nevsky au Gala de l'ADISQ 2014

Photo : Radio-Canada

En revanche, on peut présumer que le couronnement d'Alex Nevsky – peu connu du grand public à ce moment – comme interprète masculin par excellence, n'aurait pas eu lieu sans le rééquilibrage du mode de scrutin. Éric Lapointe, ou Serge Fiori, aurait probablement été favorisé sous l'ancien régime. « Équilibre », disais-je.

À la longue, cet équilibre n'empêchera pas les artistes populaires qui font de la bonne musique de s'illustrer, mais il permettra aux artistes moins connus qui font, eux aussi, de la bonne musique, de se faire connaître d'un plus large public.

Curieusement, cette dualité pourrait mener à une certaine forme d'unanimité lors de certaines cuvées. Peut-être bien cette année, tiens... Avec le Félix de l'album rock et, surtout, celui du choix de la critique déjà en poche, il est plus que probable que Jean Leloup remporte le Félix remis à l'auteur ou au compositeur de l'année. (J'en fais d'ailleurs une prédiction ferme.)

Jean Leloup au Métropolis de Montréal, le 22 octobre 2015

Jean leloup au Métropolis de Montréal, le 22 octobre 2015

Photo : Radio-Canada

Et Leloup est un candidat de choix pour plaire tant à l'Académie qu'au public. Le Félix de l'interprète masculin de l'année et celui de la chanson de l'année (Paradis City) pourraient-ils suivre? Peut-être? Au fond, dans ce genre d'exercice, personne ne souhaite à tout prix le triomphe de X plutôt que celui de Y, moi le premier. Tous les artistes en nomination ont trimé dur pour voir leur œuvre musicale célébrée. Ils méritent tous de repartir avec une jolie statue dorée.

Je me dis néanmoins qu'il y aurait une certaine logique de voir le couronnement d'un artiste chéri par plusieurs générations, qui plaît à une certaine intelligentsia musicale et au grand public. Plus de 85 000 disques vendus et plus de 40 000 billets de spectacles achetés en 2015 en font foi. Et cela ferait la démonstration que l'équilibre recherché par l'ADISQ entre l'industrie et le public est atteint.

Le Gala de l'ADISQ sera diffusé sur ICI Radio-Canada Télé dimanche à compter de 19 h 30 (tapis rouge).

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