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5 questions pour comprendre les élections historiques au Myanmar

Des partisans de la chef de l’opposition Aung San Suu Kyi préparent une estrade pour un rassemblement à Rangoon, le 5 novembre 2015.

Des partisans de la chef de l’opposition Aung San Suu Kyi préparent une estrade pour un rassemblement à Rangoon, le 5 novembre 2015.

Photo : AFP / NICOLAS ASFOURI

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les Birmans sont appelés aux urnes dimanche pour prendre part aux premières élections libres depuis 25 ans. La lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi remportera-t-elle la victoire?

1. Ces élections seront-elles libres?

Dès le départ, notons que la Constitution réserve 25 % des sièges de chaque chambre aux militaires. Seuls 75 % des sièges sont donc soumis au suffrage universel direct. Les militaires disposent en outre d'un veto sur les changements constitutionnels et nomment les ministres de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères.

De nombreux problèmes logistiques ont été enregistrés, notamment par rapport au vote anticipé pour les Birmans vivant à l'étranger. Les bulletins de vote destinés à l'ambassade de Tokyo se sont plutôt retrouvés au Caire. Des Birmans résidant à Singapour, en Thaïlande, en Australie et en Corée se sont plaints qu'on leur ait refusé le droit de voter, parce qu'ils n'étaient pas inscrits sur les listes d'électeurs ou parce que les bulletins n'étaient pas disponibles.

À cause de barrières bureaucratiques, moins de 19 000 Birmans expatriés ont réussi à s'enregistrer pour prendre part aux élections, alors que, selon le recensement, ils sont 2 millions. L'Organisation internationale pour les migrations évoque 5 millions de personnes, soit 10 % de la population.

Aung San Suu Kyi a déploré de nombreuses irrégularités, de la fraude et de l'intimidation. Le scrutin est « loin d'être totalement libre et équitable » a-t-elle soutenu.

Pour Human Rights Watch, l'élection est fondamentalement déficiente. Ce processus « souffre de défauts critiques, dont une commission électorale partiale, des médias d'État dominés par le parti au pouvoir et des lois et politiques empêchant les Rohingya et d'autres minorités de voter ou de se porter candidats », a soutenu Brad Adams, directeur pour l'Asie de l'organisation de défense des droits de la personne.

2. Le parti d'Aung San Suu Kyi réussira-t-il à l'emporter?

La chef de l’opposition birmane, Aung San Suu Kyi, s’adresse à un rassemblement partisan et à des représentants de la minorité ethnique shan, à Kyaing Tong, dans l’État Shan, le 22 octobre 2015.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La chef de l’opposition birmane, Aung San Suu Kyi, s’adresse à un rassemblement partisan et à des représentants de la minorité ethnique shan, à Kyaing Tong, dans l’État Shan, le 22 octobre 2015.

Photo : AFP / ROMEO GACAD

La Ligue nationale de la démocratie (LND) semble être la favorite des électeurs. Des rassemblements monstres accueillent sa chef qui, depuis des années, représente l'espoir d'un changement démocratique.

Mais cet appui populaire va-t-il se traduire par une majorité dans les urnes?

Lors du dernier scrutin libre, en 1990, la LND avait obtenu 52,5 % des voix, ce qui lui aurait assuré 80 % de sièges au Parlement. La junte militaire n'a pas reconnu ce résultat.

En 2012, lorsqu'Aung San Suu Kyi s'est présentée aux élections législatives partielles, après 15 ans d'assignation à résidence, son parti a obtenu 66 % des voix et 43 sièges.

Quelque 90 autres partis sont aussi dans la course, dont une trentaine qui sont des partis ethniques régionaux. Pour former un gouvernement, la LND devra faire alliance avec certains d'entre eux.

Pour sa part, le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP), créé par d'anciens militaires, détient actuellement le pouvoir. Il n'a besoin que du tiers des votes pour former une majorité au Parlement, puisqu'il bénéficie déjà de l'appui des militaires non élus.

En 2010, à la suite de fortes pressions de l'étranger, la junte militaire au pouvoir a enclenché un processus de démocratisation incluant la nomination d'un gouvernement civil et la libération d'Aung San Suu Kyi.

3. Aung San Suu Kyi pourrait-elle être présidente?

Les nouveaux parlementaires seront appelés à élire un nouveau président au début de l'an prochain. « On est au début d'un processus qui va s'étaler sur plusieurs mois et qui se déroulera loin des projecteurs », précise Renaud Egreteau, chercheur au Woodrow Wilson International Center for Scholars, à Washington. « C'est alors qu'auront lieu les marchandages et les tractations. »

Même si la LND réussit à former une majorité, Mme Suu Kyi ne pourra être présidente. En effet, la Constitution stipule que toute personne ayant été mariée à un étranger ou ayant des enfants étrangers ne peut être présidente. Or, Mme Suu Kyi a été mariée à un universitaire britannique, avec qui elle a eu deux enfants.

Cependant, elle a déclaré qu'elle dirigerait le gouvernement. « Je serai au-dessus du président », a-t-elle déclaré.

« Si la Ligue nationale pour la démocratie gagne les élections et que nous formons un gouvernement, je serai le chef de ce gouvernement, que je sois ou non présidente. »

— Une citation de  Aung San Suu Kyi

On s'attend à ce qu'elle choisisse un membre de son parti pour jouer ce rôle. Quant à elle, « rien ne l'empêche de postuler à la présidence du Parlement ou à un poste de ministre », croit Renaud Egreteau.

4. L'armée respectera-t-elle le résultat des élections?

Des partisans du Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP) participent à un rassemblement électoral à Pyu, dans la région de Bago, le 5 novembre 2015.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des partisans du Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP) participent à un rassemblement électoral à Pyu, dans la région de Bago, le 5 novembre 2015.

Photo : Getty Images / YE AUNG THU

Oui, croit M. Egreteau. Même si, en 1990, les militaires n'ont pas reconnu la victoire de la LND, ils semblent prêts à le faire cette fois. « Le chef d'état-major a déclaré qu'il reconnaîtrait le résultat, quel que soit le vainqueur », affirme le chercheur.

Si les partis d'opposition prennent le pouvoir, l'armée pourra toutefois contrecarrer les politiques qui ne lui conviendront pas.

« Cette fois-ci, à la différence de 1990, il y a une constitution qui garantit à l'armée des garde-fous, qui lui garantit tout ce qu'elle souhaite pour encadrer le processus politique dans les années à venir. Cela lui suffit. »

— Une citation de  Renaud Egreteau, chercheur au Woodrow Wilson International Center for Scholars

5. Les minorités ethniques auront-elles leur place au Parlement?

Pour regarder la répartition des minorités sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Il y a au Myanmar 135 groupes ethniques officiellement recensés. Ils représentent environ le tiers de la population du pays. Beaucoup d'entre eux sont bouddhistes, mais d'autres sont musulmans, comme les Rohingyas, ou chrétiens, comme les Karen. Les deux tiers des partis qui prennent part aux élections sont constitués sur une base ethnique.

Cette diversité, qui a entraîné de nombreux problèmes intercommunautaires au fil des ans, est la question à laquelle doivent s'atteler les dirigeants birmans, selon Renaud Egreteau.

« C'est cette relation conflictuelle jamais résolue depuis l'indépendance qui a justifié l'intervention des militaires et le coup d'État de 1962 », soutient le chercheur.

« C'est la question fondamentale du pays. Plus qu'un retour à la démocratie, c'est de trouver une façon d'organiser les relations entre une majorité birmane bouddhiste et les minorités. »

— Une citation de  Renaud Egreteau, chercheur au Woodrow Wilson International Center for Scholars

Le Myanmar en bref

  • Nombre d'habitants : 56 millions (35 millions au Canada)
  • PIB par habitant : 4700 $ (44 800 $ au Canada)
  • Espérance de vie : 66,29 ans (81,76 ans au Canada)
  • Religion principale : bouddhisme (89 %)

La junte militaire a changé le nom du pays en anglais, Burma, pour Myanmar, ainsi que plusieurs noms de villes en 1989. Elle disait notamment vouloir se défaire de son passé colonial et représenter plus d'ethnies.

« Cette réforme n'a rien changé pour les Birmans eux-mêmes qui désignaient déjà en birman leur pays sous le terme Myanmar », note l'ambassadeur de France dans le pays. Il garde toutefois une connotation politique, la Ligue nationale pour la démocratie et d'autres opposants continuant d'utiliser le terme Burma.

De quoi provoquer d'intenses débats diplomatiques. À titre d'exemple, le ministère des Affaires étrangères du Canada écrit « Birmanie (Myanmar) » sur son site de conseils aux voyageurs, celui de la France « Birmanie » seulement.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC News

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