•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Changement de sexe : les personnes trans en Ontario attendront moins mais devront encore se rendre au Québec

Rachel Lauren Clark

Le gouvernement ontarien entend réduire les temps d'attente pour les opérations de changement de sexe. Par contre, des centaines de personnes transgenres qui vivent en Ontario doivent encore se rendre au Québec pour se faire opérer. 

Un dossier de Laurence MartinTwitterCourriel et de Valérie OuelletTwitterCourriel

En Ontario, avant même de pouvoir aller de l'avant avec une chirurgie de réattribution sexuelle, il faut subir une évaluation psychiatrique au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto (CAMH).

C'est le seul endroit dans la province qui peut autoriser les transgenres à obtenir l'opération qui leur permettra de changer de sexe - un terme que la communauté trans rejette, lui préférant les expressions « chirurgie de réattribution sexuelle » ou encore « d'affirmation sexuelle ».

Résultat: l'attente pour ce rendez-vous d'évaluation est interminable.

Au mois d'octobre, il y avait 1064 noms sur la liste d'attente du CAMH, soit plus de deux ans d'attente.

Les personnes trans qui vivent parfois à des milliers de kilomètres de Toronto n'ont pas le choix de se déplacer pour ce rendez-vous.

Dans quelques mois, la situation devrait changer. Le ministre ontarien de la Santé, Eric Hoskins, va permettre à un plus grand nombre de cliniques à travers la province de faire cette évaluation. 

Une attente interminable et dangereuse

Après avoir annoncé à son médecin de famille qu'elle voulait une chirurgie de réassignation sexuelle, Rachel Lauren Clark, qui a passé une quarantaine d'années dans le corps d'un homme, a dû attendre un an et demi afin d'obtenir une consultation avec un psychiatre de CAMH.

Pendant 18 mois, je ne pouvais pas voyager, chercher un appartement, un emploi en tant que femme, parce que toutes mes pièces d'identité portaient le nom d'un homme. Je me sentais emprisonnée, en danger tout le temps.

Rachel Lauren Clark, militante pour les droits des transgenres

La consultation, est l'un des quatre critères à remplir pour obtenir une chirurgie de réattribution sexuelle remboursée par la province.

Pour être admissible à une chirurgie de réattribution sexuelle, il faut :

  • Avoir vécu en tant que « son sexe désiré » durant au moins un an
  • Obtenir la recommandation de deux spécialistes
  • Avoir été suivi par un psychologue ou un psychiatre
  • Parfois suivre une thérapie hormonale supervisée par un médecin

Des critères très stricts qui rendent les transgenres encore plus vulnérables, affirme Rachel Lauren Clark.

Ils sont en train de tuer les personnes trans avec leur bureaucratie. 

Rachel Lauren Clark

Selon une étude publiée par l'Université Western à London, 53 500 transgenres vivent en Ontario et plus du tiers d'entre eux ont déjà fait une tentative de suicide.

Les trans doivent se rendre au Québec pour se faire opérer

Centre métropolitain de chirurgieLe Centre métropolitain de chirurgie à Montréal, là où bien des personnes trans de l'Ontario vont subir des chirurgies de réattribution sexuelle. Photo : Google Street View

Une fois cette évaluation psychiatrique terminée, l'attente n'est pas terminée pour autant.

Comme des centains d'autres personnes trans en Ontario, Rachel Lauren Clark a dû se rendre à Montréal, au Centre métropolitain de chirurgie plastique, pour se faire opérer.

Pourquoi? Le centre est la seule clinique au pays qui pratique les chirurgies de réattribution sexuelle remboursées par le gouvernement de l'Ontario.

Selon Santé arc en ciel Ontario, il y a des chirurgiens qui pratiquent ces opérations en Ontario, sauf qu'ils trouvent que les montants remboursés par l'assurance-maladie ontarienne ne sont pas assez élevés. Résultat : ils exigent de se faire payer par leurs patients.

Bien des personnes trans, fatiguées d'attendre, décident de payer des milliers de dollars pour avoir la chirurgie plus rapidement. Plusieurs se rendent aussi à Cuba ou en Thaïlande pour le faire. 

Le ministre de la santé, Eric Hoskins, a dit en conférence de presse ce matin qu'il allait examiner la situation. 

Au total, Rachel Lauren Clark dû attendre presque 4 ans pour son opération. 

Pourquoi la province a mis des années à agir?

Le ministre de la santé Eric Hoskins n'a pas pu expliquer clairement aujourd'hui pourquoi son gouvernement avait mis tant de temps à agir.

D'après Rachel Lauren Clark, le gouvernement et le système de santé ont sous-évalué, pendant des années, le nombre de transgenres dans la province.

En 2009, quand le gouvernement de l'Ontario a décidé de rembourser ces chirurgies, c'est comme s'ils pensaient qu'il y avait 10 femmes transgenres dans le monde entier.

Rachel Lauren Clark, militante pour les droits des transgenres

Elle a en partie raison : le nombre d'opérations remboursées et le montant des remboursements ont explosé en Ontario depuis 2009, tandis que la liste d'attente de CAMH s'allonge.

Selon des chiffres fournis par la clinique CAMH, en juin, la liste comptait 970 noms alors qu'au mois d'octobre, 1064 patients y figuraient.

Rachel Lauren Clark affirme que les transgenres peuvent maintenant attendre jusqu'à six ans afin d'obtenir une chirurgie. 

Ontario

Société