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Le legs des Tables rondes des francophones et des Métis

Le résumé de William Burr
Radio-Canada

Dix ans après la première Table ronde des francophones et des Métis de l'Ouest canadien, plusieurs participants disent qu'elles ont eu un impact important même si aucune autre rencontre du genre n'est prévue.

Un texte de William BurrTwitterCourriel

La première des quatre Tables rondes des francophones et des Métis de l'Ouest canadien a eu lieu en octobre 2005. Ces rencontres avaient pour objectif de réduire l'écart entre deux groupes culturels divisés par des tensions depuis 120 ans.

Elles ont eu un effet transformateur pour plusieurs participants qui affirment être encore marqués aujourd'hui par les discussions franches qui y ont pris place sur des sujets sensibles, et par l'expérience de vivre quelques jours ensemble.

Toutefois, depuis la dernière Table ronde en 2009, il n'y a pas eu d'autre rassemblement de ce type. L'Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) ne veut pas aller de l'avant seule alors que la Nation métisse de la Saskatchewan est secouée par des conflits internes.

L'origine de l'idée

Une participante à la Table ronde des francophones et des Métis de l'Ouest canadien, à Willow Bunch, en 2008Une participante à la Table ronde des francophones et des Métis de l'Ouest canadien, à Willow Bunch, en 2008 Photo : ICI Radio-Canada

L'ACF et l'Institut français de l'Université de Regina ont organisé les Tables rondes. « Il y avait une volonté de vouloir changer la situation de la minorité, et donner à la minorité des outils pour davantage se valoriser et être valorisé », explique Dominique Sarny, l'ancien directeur de l'Institut français de l'Université de Regina connu maintenant sous le nom de Cité universitaire francophone.

Les tables rondes étaient des environnements immersifs qui se créaient le temps d'une fin de semaine. Elles ont eu lieu à Regina en 2005, à Batoche en 2007, à Willow Bunch en 2008, et à North Battleford en 2009.

À trois reprises au cours de ces fins de semaine, les participants s'assoyaient ensemble pendant plusieurs heures pour discuter de leurs histoires et des enjeux qui touchent leurs communautés. Il y avait aussi des ateliers sur la musique, le conte, la spiritualité, et la danse. Et en soirée les gens fêtaient ensemble, et assistaient à des spectacles traditionnels. En tout, 700 personnes ont participé aux quatre tables rondes.

Des événements « transformateurs »

Plusieurs participants disent que ces tables rondes étaient extrêmement marquantes, des événements dont ils se souviendront toute leur vie.

La Métisse Marie-Louise Perron se souvient particulièrement bien d'un moment à la table ronde de Willow Bunch. Des Métis avaient alors parlé du fait qu'une plaque historique de la région ne mentionnait aucun nom métis. « On a une histoire en commun, mais nous, on est pas là », avaient-ils dit, se souvient Mme Perron. « Il va falloir apprendre à s'asseoir ensemble, prendre du thé ensemble, et jaser comme des voisins », ont-ils continué. Mme Perron a été touchée par le ton conciliatoire emprunté : « J'ai trouvé ça tellement fort. J'ai trouvé ça tellement fort que ça m'émeut encore aujourd'hui. »

La Métisse Viola Bell, qui était à toutes les tables rondes, réécoute souvent les enregistrements qui ont été faits de ces événements, qui durent plusieurs heures. Elle dit mieux comprendre les francophones, mais en plus, elle se sent plus confiante comme Métisse. Sa relation avec elle-même a été changée.

« Je n'avais jamais honte d'être métisse, mais je suis plus fière de mon patrimoine maintenant », dit-elle, et ajoute qu'elle croit que les tables rondes l'ont rendu « une meilleure personne ».

L'ex-directeur de l'Assemblée communautaire fransaskoise, Denis Desgagné, parle de l'un des dossiers les plus transformateurs de sa vie.

Tous les gens qui ont embarqué sincèrement dans cette démarche ont été transformés. Et comme dit Gandhi, soit le changement. Et c'est sûr que dans ma façon de faire affaire avec l'autre, ça m'habite.

Denis Desgagné, directeur, Assemblée communautaire fransaskoise (1999-2010)

Les francophones et les Métis avaient une relation tendue depuis la résistance métisse en 1885, lorsque le clergé catholique et francophone a pris ses distances d'avec le dirigeant métis Louis Riel. 

Le grand vide

Après la dernière table ronde en 2009, l'Institut français ne pouvait plus organiser de telles rencontres, car il faisait face à des difficultés internes, selon Dominique Sarny. « Il a fallu davantage concentrer nos forces ici à l'interne », explique-il.

L'ACF, pour sa part, dit qu'elle ne veut pas aller de l'avant sans la collaboration de la Nation métisse de la Saskatchewan. Celle-ci n'organise toutefois plus d'activités, en raison de conflits internes.

« Nous suivons la situation de près afin de pouvoir sauter sur la première occasion pour raviver tout ça pour que ce qui avait commencer à naître puisse plus s'épanouir et puisse donner des relations concrètes », dit la présidente de l'ACF Françoise Sigur-Cloutier.

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