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Femmes autochtones à Val-d'Or : autopsie d'une enquête

Radio-Canada

Comment l'équipe d'Enquête en est-elle arrivée à découvrir l'histoire des femmes autochtones à Val-d'Or? Quelles sont les suites de la diffusion de ce reportage? Quelles sont les réactions?

Printemps 2015

En avril 2015, une équipe de l'émission Enquête, de Radio-Canada, se rend à Val-d'Or pour enquêter sur la disparition de Cindy Ruperthouse, dont les proches sont sans nouvelle depuis un an. La famille est en attente d'un signe des enquêteurs depuis des mois.

Quelques jours après le passage de l'équipe d'Enquête à Val-d’Or, les policiers de la SQ perquisitionnent le logement de Lévis Landry, le dernier conjoint de Cindy Ruperthouse.

Cindy RuperthouseAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cindy Ruperthouse

Photo : Radio-Canada

Le 11 mai, l'équipe d'Enquête s'entretient avec des amies de Cindy Ruperthouse au Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or. Ces dernières disent ne jamais avoir été rencontrées par la police pour parler de sa disparition. Elles font des révélations inattendues, en dénonçant pour la première fois publiquement le comportement de certains policiers de la Sûreté du Québec à leur endroit.

La Sûreté du Québec dit avoir été informée des allégations criminelles visant les policiers de Val-d'Or le 12 mai, soit le lendemain de la rencontre des femmes par l'équipe d'Enquête. La SQ affirme avoir immédiatement déclenché une enquête. Les plaintes et l'enquête sont par la suite transférées à la direction des normes professionnelles à Montréal le 15 mai, et le ministère de la Sécurité publique est informé du dossier.

En juin, les parents de Cindy Ruperthouse reçoivent pour la première fois la visite des enquêteurs montréalais de la SQ. Quelques semaines plus tard, un policier a rencontré ses deux soeurs pour obtenir des prélèvements d’ADN.


Automne 2015

Le matin du 22 octobre, Radio-Canada dévoile les informations obtenues par l'émission Enquête. Des femmes autochtones disent avoir été victimes de sévices sexuels, d'abus et d'intimidation par des policiers de la SQ de Val-d’Or.

Questionné à l'Assemblée nationale, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, affirme qu'une enquête est en cours, qu'elle va bientôt se terminer et que les conclusions seront transmises au DPCP.

La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, affirme de son côté que les allégations sont troublantes et choquantes, précisant que son cabinet avait été informé en mai, et qu'une enquête avait immédiatement été déclenchée. Elle dit alors que « les enquêtes suivent leur cours », et qu'« il faut attendre que les informations soient déposées au DPCP ».

À Val-d'Or, plusieurs sont consternés des révélations de Radio-Canada. Le maire de la Ville et ancien ministre québécois des Affaires autochtones, Pierre Corbeil, dit ne jamais avoir été au fait de tels comportements.

Le 22 octobre en soirée, le reportage complet d'Enquête est diffusé à la télévision de Radio-Canada.

Les réactions s'enchaînent le lendemain.

En matinée, le 23 octobre, des gens de la communauté et David Kistabish, chef de la Première Nation d'Abitibiwinni, tiennent une conférence de presse commune au Centre d'amitié autochtone. Des demandes au gouvernement sont mises de l'avant, dont le retrait des policiers concernés par l'enquête. Un appel est également lancé au nouveau premier ministre désigné Justin Trudeau pour la tenue d'une enquête nationale.

Le Parti Québécois demande en chambre la tenue d'une enquête québécoise indépendante sur cette affaire. Il trouve inacceptable que ce soit la Sûreté du Québec qui eut été mandatée d'enquêter sur son organisation.

L'organisme Amnistie internationale Canada demande aussi la tenue d'une enquête indépendante, en plus d'une commission parlementaire élargie.

Ils auront rapidement réponse à certaines de leurs demandes. La ministre Lise Thériault annonce aussi en matinée que l'enquête sur les policiers de la Sûreté du Québec faisant l'objet d'allégations à Val-d'Or sera confiée au Service de police de la Ville de Montréal. Mme Thériault affirme aussi que les huit policiers de la Sûreté du Québec concernés « font l'objet d'un retrait administratif », effectif le jour même.

En réponse à la question d'un journaliste, Mme Thériault dit, avec émotion, qu'elle est aussi choquée que la population par les allégations contenues dans le reportage d'Enquête.

La Sûreté du Québec prend la parole à son tour. La capitaine Guy Lapointe affirme que le DG de la SQ est préoccupé par l'impact de la diffusion du reportage d'Enquête sur la confiance du public et des peuples autochtones envers le corps policier. Une nouvelle directrice générale est nommée par intérim au poste de Val d'Or, Ginette Séguin.

Radio-Canada apprend que du côté de Val-d'Or, une réunion entre le sous-ministre de la Sécurité publique et le corps policier a mal viré vendredi après-midi. Bouleversés, plusieurs policiers ont dit se sentir traités injustement. Certains ont jeté leur enseigne de la Sûreté du Québec sur la table durant la réunion, d'autres ont demandé un congé de maladie. Ils affirment se sentir menacés. Des discussions ont lieu entre le quartier général à Montréal et celui de Val d'Or afin de s'assurer que l'effectif reste suffisant dans la région.

Puis, un nouveau visage de femme sort de l'ombre. Celui de Roxanne Mianscum-Lizotte, qui est l'une des 14 femmes à avoir porté plainte en déontologie policière en mai dernier.

Sur les réseaux sociaux, les mots-clics #femmesautochtones et #onvouscroit sont largement relayés. Le 2e avait été lancé en début de semaine par le Regroupement québécois des Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, un an après le mot-clic #AgressionNonDénoncée, qui avait entraîné une vague de dénonciations d'agression au pays. #onvouscroit a été récupéré dans plusieurs tweets dans la foulée des révélations d'Enquête.

Le matin du 24 octobre, le reportage « T'es rendue où Cindy? » résume le combat des parents de Cindy Ruperthouse pour retrouver leur fille, révélé jeudi par Enquête.

Le Grand conseil des Cris réclame que l'enquête soit menée par la GRC plutôt que par le Service de police de la Ville de Montréal. Il souhaite annuler toutes les activités qu'il a l'habitude de tenir à Val-d'Or.

« Setten! Assez » Une lettre écrite par l'anthropologue et membre de la communauté huronne-wendat, Isabelle Picard, et publiée dans les journaux samedi matin, fait réagir. « J'en ai assez de devoir fermer mes yeux, d'essayer de me faire croire que ces réalités ne me touchent pas parce que moi, par chance, je suis éduquée, je ne consomme pas, je ne vis pas comme elles. Car ce n'est pas vrai. Je suis elles. Je suis comme toutes ces femmes. »

Sur les réseaux sociaux, l'histoire de ces femmes autochtones de Val-d'Or continue aussi de résonner. Et ce, jusque dans l'Ouest du pays.

Une vigile et une marche de solidarité sont organisées en soirée à Val-d'Or. Lieu de départ : le Centre Air Creebec. Plus de 200 citoyens y participent.

Le 25 octobre, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec réclament que le gouvernement provincial mettent sur pied une commission d'enquête publique. Mais la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, dit préférer qu'Ottawa s'en charge, comme l'a promis le premier ministre désigné, Justin Trudeau.

Le lundi 26 octobre, les policiers de la Sûreté du Québec de Val-d'Or sont en colère. Par solidarité corporative avec leurs confrères qui font l'objet d'une enquête, ils ont refusé de travailler au cours de la fin de semaine et ont lancé une pétition demandant des excuses à la ministre Lise Thériault.

Le 27 octobre, le premier ministre Philippe Couillard rejette l'ultimatum lancé par l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador qui exigeait une rencontre d'ici 24 heures. Québec nomme un observateur qui fera partie de l'enquête du SPVM, et n'écarte pas une enquête publique. De son côté, le syndicat des policiers provinciaux ne veut pas d'une telle enquête.

Les députés du Parti québécois Agnès Maltais et Bernard Drainville demandent quant à eux la démission de la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, pour sa gestion du dossier.

Pendant ce temps, le Grand Conseil des Cris et la nation anichinabée annulent leurs événements à Val-d'Or.

Le 28 octobre, le premier ministre Philippe Couillard annonce qu'il rencontrera, le 4 novembre, les chefs autochtones du Québec, comme le réclamait l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) et le Grand conseil des Cris.

Le 28 octobre, les allégations d'agressions policières à Val-d'Or ont des échos sur la Côte-Nord. Une plainte est déposée contre un policier de Schefferville pour des allégations d'agression sexuelle commise en 1998.

Le 28 octobre, le mouvement de solidarité avec les policiers du poste 144 de Val-d'Or s'étend jusque dans les rues de Rouyn-Noranda. Certaines autopatrouilles de la SQ ont été vues arborant le nombre 144 en guise de soutien aux policiers du poste de Val-d'Or.

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