•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Migrants en Allemagne : la solidarité cède la place à la violence

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La crise des migrants entraîne une montée de violences à travers l'Allemagne. La police a dû procéder à de nombreuses arrestations au cours des derniers jours, lors de manifestations de groupes d'extrême droite.

Un texte de Sylvain DesjardinsTwitterCourriel envoyé spécial à Berlin

Les réfugiés demandeurs d'asile continuent d'arriver dans le pays au rythme de 12 000 par semaine. Cette situation soulève de nombreuses questions sur le niveau de préparation et sur la gestion de cette crise par le gouvernement allemand.

Manifestation à Munich du groupe PEGIDA, opposé à la présence de musulmans en Allemagne. Photo : Radio-Canada/Sylvain Desjardins

Elle est déjà loin cette scène de dizaines d'Allemands qui se pressaient pour accueillir les réfugiés syriens avec des fleurs, des jouets et des vêtements à la gare de Munich. C'était il y a un mois.

Aujourd'hui, ce sont les manifestations d'opposants aux migrants qui retiennent l'attention.

Le peuple descend dans la rue pour se défendre. On ne va pas se laisser faire, on ne va pas accepter d'être envahis. On se bat contre la politique de ce gouvernement. Nous sommes le peuple, nous sommes le peuple.

Une citation de :Des manifestants
Manifestation à Munich du groupe PEGIDA. Photo : Radio-Canada/Sylvain Desjardins

C'était samedi soir dernier, dans la petite ville de Gera, dans l'est de l'Allemagne. Plus de 1500 personnes étaient dans la rue pour protester contre la réhabilitation d'un ancien hôpital qui va héberger 2000 réfugiés nouvellement arrivés. Interventions policières multiples, quelques arrestations. L'histoire se répète ici, affirme Claudia Poser-Ben Khala, directrice d'une organisation locale d'aide aux réfugiés.

Ça a toujours été un grand problème ici, à Gera. On a toujours eu un groupe d'environ 1000 nazis à Gera qui manifestent contre tout. Ce n'est pas nouveau. C'est surtout lié à l'attention que les médias y portent. On leur fait de la pub, en fait.

Une citation de :Claudia Poser-Ben Khala

La directrice de l'ONG Akzeptanz pense que la population de Gera est plutôt favorable aux réfugiés, même si certains se demandent franchement si la décision d'en accueillir 4000 par mois n'est pas un peu exagérée.

Il y a eu une vague de solidarité quand le premier centre a ouvert. Les gens ont offert des cours d'allemand, des choses. J'ai aussi reçu des lettres de menaces au centre, mais plus de lettres positives.

Une citation de :Claudia Pose-Ben Khala

Au centre de la petite ville de Gera, les opposants aux migrants sont partout. Le patron du bar Chez Toto ne se fait pas prier pour livrer le fond de sa pensée.

Moi, je me demande : sur la terre entière, on nous traite encore de nazis, alors pourquoi tout le monde veut venir vivre ici, si on est tellement méchants? Qu'est-ce qu'ils veulent tous? On n'a pas assez de place pour tout le monde.

Une citation de :Patron de Chez Toto

Le patron de Chez Toto, qui ne souhaite pas être identifié, nous dit que cette question des migrants, c'est le sujet numéro un de discussion en ville. Plusieurs de ses clients sont d'accord avec lui.

Nous, la classe moyenne, on nous oublie. S'il manque 50 centimes dans mes versements de taxes au gouvernement, les flics ferment mon compte de banque, ma boutique, tout! Mais pour ces migrants économiques qui sortent d'on ne sait pas où, là ils trouvent tout de suite de l'argent, et on leur fournit des logements. Ça, ce n'est pas possible.

Une citation de :Un client

Pour contrer les critiques, le gouvernement Merkel a fait adopter une loi pour accélérer l'analyse des demandes de réfugiés économiques. En d'autres termes, une loi pour expulser plus rapidement ceux dont la vie n'est pas menacée, en particulier les nombreux ressortissants des pays Balkans. On va aussi réduire les prestations pour rendre le pays moins attrayant aux demandeurs d'asile.

Centre de traitement des demandes d'asile à Bamberg dans le centre du pays. Photo : Radio-Canada/Sylvain Desjardins

La situation est par ailleurs loin d'être réglée dans les régions de grande affluence comme Munich et Berlin. Au principal centre d'immigration de la capitale, des réfugiés dorment dans la rue, certains depuis des semaines, pour obtenir une audience auprès des autorités. « C'est la pagaille tous les jours », dit Laszlo Hubert, directeur de l'ONG Moabit Aide.

Il y a des tensions entre les demandeurs d'asile, mais aussi envers les agents de sécurité. Il y a des attaques au couteau, on lance des bancs et des pierres. Il y a même un traducteur qui s'est fait agresser à l'arrivée d'un bus de migrants.

Une citation de :Laszlo Hubert
Laszlo Hubert, directeur de l'Organisation non gouvernementale de Berlin Moabit Aide. Photo : Radio-Canada/Sylvain Desjardins

La chancelière Angela Merkel répète que son pays a la capacité de relever ce défi. « La mission qu'elle s'est donnée est cependant loin d'être accomplie », ajoute Laszlo Hubert.

La division des opinions est de plus en plus forte dans la société. Cette crise de migrants va changer le pays. La violence augmente.

Une citation de :Laszlo Hubert

M. Hubert estime que certains partis politiques misent sur cette augmentation de violence pour changer les lois et fermer la porte aux migrants.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !