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5 questions pour comprendre la flambée de violence en Israël

Des Palestiniens lancent des pierres à des soldats israéliens au point de passage de Qalandia, qui sépare Jérusalem de la Cisjordanie.
Des Palestiniens lancent des pierres à des soldats israéliens au point de passage de Qalandia, qui sépare Jérusalem de la Cisjordanie. Photo: Getty Images / ABBAS MOMANI
Radio-Canada

Jérusalem est à nouveau sous tension, alors que plusieurs jours de violences font redouter un embrasement généralisé. Des images de jeunes armés de pierres rappellent les Intifadas passées et certains s'inquiètent d'un nouveau soulèvement.

Un texte de Ximena Sampson Courriel

1. Qu'est-ce qui a provoqué cette dernière flambée de violence?

Les tensions ont commencé à monter au début du mois de septembre, lorsque le gouvernement israélien a interdit un groupe de fidèles musulmans, les mourabitoune (hommes) et les mourabitat (femmes). Composé surtout d'hommes et de femmes âgées, ce groupe monte la garde devant l'esplanade des Mosquées, que les juifs appellent le « mont du Temple », et invective les juifs lorsque ceux-ci passent à proximité. Selon les autorités, le groupe représente « une menace pour l'ordre public ». Israël les accuse également d'être financés par le Mouvement islamique, proche des Frères musulmans, ce qu'ils démentent.

La visite sur le site du ministre israélien de l'Agriculture, Uri Ariel, partisan du droit des juifs à prier sur le site et de la construction du troisième temple, a ajouté de l'huile sur le feu et provoqué des heurts entre des Palestiniens et des soldats israéliens.

Ces affrontements se déroulent sur fond de crispation liée au fait que les Palestiniens ont l'impression qu'Israël permet à un nombre de plus en plus important de juifs d'accéder au site, altérant ainsi le statu quo. Le gouvernement israélien a démenti les rumeurs et soutenu qu'il n'avait aucunement l'intention de modifier les règles.

Dans une version précédente de cet article, nous écrivions que « les tensions ont commencé à monter au début du mois de septembre, lorsque le gouvernement israélien a imposé des restrictions sur la présence de musulmans sur l'esplanade des Mosquées, que les juifs appellent le "mont du Temple". » Cette formulation pouvait laisser croire que ces restrictions s'étendaient à tous les musulmans. Nous avons modifié ce passage pour plus de clarté.

En parallèle, des juifs ont été pris pour cibles dans des attaques isolées au cours des derniers jours. Depuis le 1er octobre, les violences ont fait plus de 129 morts côté palestinien, dont plusieurs auteurs d'attaques au couteau, et 19 côté israélien, en plus d'un Américain et un Érythréen. Des centaines de Palestiniens ont également été blessés dans des affrontements avec les forces de l'ordre israéliennes.

Selon Pierre-Alain Clément, directeur adjoint de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand, ces tensions s'expliquent par l'impasse politique. « Au-delà des circonstances précises des événements récents, on a toujours les mêmes conditions propices à la violence qui sont réunies sur le terrain, c'est-à-dire la perpétuation de la colonisation des territoires et l'absence de négociations. »

On est dans un climat où la violence est toujours présente. Elle est toujours sous la surface et, des fois, ça émerge.

Pierre-Alain Clément, directeur adjoint de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand

Ces récentes attaques sont le reflet du désespoir dans lequel se trouvent les Palestiniens, croit la journaliste israélienne Mairav Zonszein, jointe en Israël. « Face à un gouvernement qui nie les droits de l'homme les plus élémentaires et face à l'absence de négociations, pour certains, la violence devient la seule alternative », souligne-t-elle.

L'esplanade des Mosquées, ou mont du Temple pour les juifs, est considérée comme l'un des principaux lieux saints de l'islam et de la religion juive. Selon le statu quo en vigueur depuis des années, les juifs peuvent se rendre sur l'esplanade à des moments précis, mais seuls les musulmans ont le droit d'y prier. L'année dernière, ce site avait également été à l'origine d'importants affrontements.

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2. Comment réagit le gouvernement israélien?

Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou prône la ligne dure. Les autorités vont reprendre la destruction des maisons des Palestiniens impliqués dans les attaques et augmenteront les détentions administratives (sans inculpation). 

La Knesset (le Parlement israélien) a également voté une loi prévoyant des peines allant jusqu'à quatre ans de prison pour les lanceurs de pierre. L'armée a été autorisée à tirer à balles réelles en cas d'affrontements.

« Leur réponse à la violence est encore plus de violence et de répression », soutient Mairav Zonszein. 

Le gouvernement israélien ne veut faire aucune concession, soutient Pierre-Alain Clément. « Benyamin Nétanyahou a dit que tant qu'il serait au pouvoir il n'y aurait pas d'État palestinien, et là, on a les conséquences concrètes de cette position politique », souligne-t-il.

Le premier ministre accuse l'Autorité palestinienne et le Hamas d'inciter les Palestiniens à la violence. Mais il dénonce surtout le Mouvement islamique, une organisation arabe israélienne qui œuvre pour mobiliser les Palestiniens et les Arabes israéliens autour de l'esplanade des Mosquées.

  • La première Intifada a commencé en décembre 1987, pour protester contre l'occupation israélienne des Territoires palestiniens. Elle a pris fin en 1993 avec la signature des accords d'Oslo, qui ont posé les bases d'un gouvernement palestinien autonome.
  • La deuxième Intifada a débuté en septembre 2000, après la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées. Elle a pris fin en 2005, avec le désengagement israélien de la bande de Gaza.

3. Que fait l'Autorité palestinienne?

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à la tribune des Nations unies à New York.Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à la tribune des Nations unies à New York, le 30 septembre 2015. Photo : Carlo Allegri / Reuters

Le président de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, n'a pas condamné les dernières violences.

Le 30 septembre, devant l'Assemblée générale de l'ONU, il a déclaré qu'il n'était pas tenu de respecter les accords conclus avec Israël, en raison notamment de son refus de cesser la colonisation. M. Abbas a accusé Israël de saper les efforts de paix américains et a déclaré que l'AP ne se sentait plus liée par les accords d'Oslo. 

Pour autant, ce geste d'éclat n'aura pas vraiment de répercussions sur le terrain, affirme Pierre-Alain Clément, puisque Mahmoud Abbas n'a aucune prise sur la situation. « C'est un complice plus ou moins consentant. »

L'AP est partenaire d'Israël pour la sécurité, mais son rôle se limite à ça, affirme, pour sa part, Mairav Zonszein, étant donné qu'elle n'a aucune légitimité ni aucun pouvoir. « C'est une marionnette », affirme la journaliste.


4. Certains parlent d'une nouvelle Intifada, qu'en est-il?

Le chercheur Pierre-Alain Clément n'y croit pas vraiment. « Les deux dernières Intifadas ont été très coûteuses, en termes matériels, mais aussi idéologiques », remarque-t-il. Il croit que la majorité des Palestiniens tentent plutôt d'assurer leur survie.

C'est comme si le désespoir avait gagné. Même la révolte populaire et la violence n'ont rien apporté, pas plus que les voies légales et la négociation.

Pierre-Alain Clément, directeur adjoint de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand

Pour Mairav Zonszein, le nom qu'on donne à ces affrontements n'a pas d'importance, puisque la violence est omniprésente en Israël, même si on n'en parle pas toujours dans les médias. En attaquant des Israéliens à coups de poignard, les auteurs de ces actes commettent en quelque sorte des attentats-suicides, estime-t-elle.

On a un gouvernement au pouvoir depuis des années qui, fondamentalement, ne respecte pas les droits des Palestiniens et refuse d'engager des négociations. Leur seule alternative est la violence.

Mairav Zonszein, journaliste israélienne

5. Où en sont les négociations de paix?

Elles sont actuellement au point mort. La dernière tentative de la part du secrétaire d'État John Kerry s'est soldée par un échec.

Les États-Unis ne sont pas prêts à relancer le processus et, sans cette pression, « Israël n'a aucun intérêt à négocier », croit Pierre-Alain Clément. Le gouvernement Nétanyahou souhaite maintenir le statu quo qui lui permettra de continuer la colonisation.

Du côté palestinien, le seul espoir réside dans le mouvement de boycottage des entreprises israéliennes amorcé il y a plusieurs années, pense le chercheur. Cependant, s'ils ont reçu certains appuis, les Palestiniens auront beaucoup de travail pour convaincre l'Europe et les États-Unis de les soutenir.

Ce sera un scénario à la sud-africaine. C'est le meilleur moyen de créer un vrai rapport de force, pas par la violence, mais plutôt par la coercition politico-économique.

Pierre-Alain Clément, directeur adjoint de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand

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