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Affaire Aubut : des allégations « extrêmement dérangeantes », dit le Comité olympique canadien

Sylvie Fréchette, Sylvie Bernier

Photo : ©Radio-Canada/Olivier Lalande

Radio-Canada

Dans un communiqué publié vendredi après-midi, le Comité olympique canadien (COC) affirme que les allégations de harcèlement sexuel publiées dans les médias au sujet de son président Marcel Aubut sont « extrêmement dérangeantes ».

Ainsi, en plus de l'enquête mise sur pied pour traiter de la plainte formelle dont fait l'objet Marcel Aubut, et que présidera l'ex-juge en chef de la Cour supérieure du Québec, François Rolland, le COC a décidé d'ériger un second mécanisme d'enquête qui, lui, examinera toutes plaintes additionnelles.

Cette seconde enquête sera dirigée par un tiers indépendant, qui reste à identifier.

Nous étendons nos enquêtes à un examen détaillé de toute plainte, formelle ou non, qui sont portées à notre attention. Nous encourageons toute personne ayant une préoccupation de communiquer avec le COC.

Extrait du communiqué du COC

« Nous sommes très préoccupés par les allégations qui ont été faites et sur le bien-être de ceux qui pourraient être affectés poursuit le CIC. Nous nous engageons à prendre toutes les mesures nécessaires à la suite des conclusions de Me Rolland ou de toute autre conclusion. »

Marcel Aubut a déjà fait savoir qu'il comptait coopérer « pleinement » avec Me Rolland. M. Aubut a quitté ses fonctions en attendant le résultat de l'enquête.

Le Comité olympique canadien assure qu'il a des « politiques claires » concernant le harcèlement en milieu de travail, et qu'il va examiner « tous les moyens possibles » pour continuer d'offrir un « environnement de travail sain et sécuritaire » pour tous ses employés.

D'ex-médaillées olympiques pressent le COC de faire vite

Plus tôt dans la journée, deux anciennes médaillées d'or des Jeux olympiques, Sylvie Fréchette et Sylvie Bernier, ont déclaré à Radio-Canada que le COC devait agir rapidement pour faire la lumière sur ces allégations visant Marcel Aubut. 

« C'est une situation très délicate », a commenté Mme Bernier dans le cadre de sa chronique à l'émission Gravel le matin. « Tout le monde espère que ça se règle rapidement. »

Médaillée d'or en plongeon aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, Sylvie Bernier dit n'avoir rien constaté de répréhensible dans le comportement de M. Aubut, qu'elle a côtoyé plus particulièrement au cours des dernières années.

« Marcel, c'est Marcel. Tout le monde le connaît. C'est un homme qui aime les femmes. Comme plusieurs », a laissé tomber celle qui a aussi été chef de mission de la délégation canadienne lors des JO de Pékin en 2008, puis chef de mission adjointe pour ceux de Londres en 2012.

« Personnellement, je n'ai jamais rien vécu... Je peux difficilement parler pour les autres », a-t-elle ajouté, en évoquant une « situation très délicate ».

Mme Bernier assure cependant qu'il importe de préconiser une politique de « tolérance zéro » en matière d'inconduite sexuelle. Selon elle, la plaignante dans le dossier en cour vit vraisemblablement « une problématique au quotidien » pour agir de la sorte.

Ça prend du courage [...] pour se lever et dénoncer une situation qui doit l'être. Faut être là pour soutenir ces femmes-là.

Sylvie Bernier 

« Je ne peux pas vous cacher qu'il y a un malaise [au sein du COC] », a-t-elle ajouté lorsqu'elle a été interrogée au sujet d'une lettre que le COC a envoyée à Marcel Aubut en 2011 pour le mettre en garde contre des comportements inappropriés.

Selon Sylvie Bernier, cette lettre dévoilée vendredi par le quotidien La Presse montre que le COC « a réagi » dans un premier temps, mais seule l'enquête du juge François Rolland pourra permettre de jeter un nouvel éclairage sur ce qui s'est passé depuis ce temps.

Cette lettre, dont Radio-Canada a aussi obtenu copie -  date du 12 juin 2011. Son auteur, Jean R. Dupré, était à ce moment-là le chef de la direction et le secrétaire général du COC.

La lettre fait mention d'une rencontre ayant eu lieu le 3 juin et pendant laquelle M. Dupré et une avocate ont discuté, avec M. Aubut, de harcèlement et « d'une très sérieuse allégation » à l'encontre de ce dernier.

La lettre cite un « l'incident » durant lequel Marcel Aubut aurait fait des « allégations de commentaires déplacés » voulant que la personne devienne sa « copine » et « vienne travailler » pour lui. Il est aussi question « d'attouchements déplacés et d'un baiser sur les lèvres ».

« Cet incident a été observé par trois des olympiens et il a fait jaser au sein du personnel de bureau », dit encore la lettre. M. Dupré a aussi écrit avoir reçu de la part d'autres sources des informations voulant qu'il ne s'agissait pas d'un geste isolé.

Dans cette lettre, on intime à Marcel Aubut de mettre fin à une série de comportements inappropriés :

  • cesser de toucher les gens;
  • cesser les baisers (hormis les baisers en l'air sur les joues en guise de salutation);
  • cesser de faire des commentaires invitant à « être votre copine », à « venir travailler avec vous », disant « combien vous trouvez qu'une personne est belle », « pourquoi n'es-tu pas mariée (impliquant qu'elles sont des femmes difficiles);
  • cesser toute allusions sexuelles de tout ordre, que ce soit devant des hommes ou des femmes.

Il a été également intimé à M. Aubut de ne pas parler de la rencontre du 3 juin ou de l'incident qui en avait justifié la tenue.

La lettre précise qu'en date du 3 juin, aucune plainte formelle n'a été déposée contre lui en lien avec « l'incident » et se termine sur la promesse d'une discussion avec la personne ayant fait des allégations à son endroit en espérant que le tout demeure confidentiel.

« Après cette discussion, il est de notre intention d'en finir avec cette affaire et qu'aucune autre action ou discussion liée à cet incident allégué n'aient lieu ».

Questionné par Radio-Canada sur la publication par La Presse du contenu de la lettre, M. Dupré a déclaré : « Ils n'ont certainement pas inventé tout ça ».

Que les victimes se lèvent, dit Sylvie Fréchette

« Pour moi, c'est une situation qui est tolérance zéro », affirme pour sa part Sylvie Fréchette dans une entrevue accordée à RDI matin. « S'il y a des victimes, faut se lever et il faut parler. Mais en même temps, j'ai vraiment hâte qu'on puisse garder le focus sur nos athlètes. »

« Quand on pense aux Jeux olympiques, c'est d'être bien, c'est d'être à son meilleur, c'est de respecter les règles », fait remarquer la médaillée d'or en nage synchronisée des JO de Barcelone, en 1992.

Donc, on n'a pas le choix. Si on veut juste respecter la raison d'être du COC, on se doit d'être droit [...] on se doit d'être respectueux envers tous. Donc pour moi, c'est la meilleure des choses qui puissent se faire pour qu'on puisse blanchir ou aller au fond des choses.

Sylvie Fréchette

Mme Fréchette, qui a été remplacée par Sylvie Bernier comme chef de mission adjointe de la délégation canadienne aux JO de Londres, dit être « abasourdie » par les révélations des derniers jours, qu'elle dit avoir reçues comme « une claque en plein visage ».

« Juste cet ombrage, ça fouette complètement », souligne-t-elle, en rappelant tout de même que M. Aubut, dont elle souligne l'importante contribution pour le développement du COC, ne fait face à aucune accusation pour le moment. « J'ai tellement hâte que ce soit fini ».

Nathalie Lambert craint l'impact à long terme

L'ex-championne olympique en patinage de vitesse courte piste Nathalie Lambert dit qu'elle a accueilli les allégations contre Marcel Aubut avec « beaucoup de tristesse [...] pour le COC, pour tous les amis que j'ai là, pour tous les athlètes, pour tout le milieu du sport amateur ».

Celle qui a aussi été chef de mission lors des J.O. de Vancouver en 2010 ne croit cependant pas que les athlètes vont subir des contrecoups à court terme. « Les athlètes en préparation sont extrêmement bien encadrés et sont dans une espèce de petite bulle de concentration », note-t-elle.

« Par contre, ça peut avoir [un effet] direct sur la visibilité, et comment on va aborder la nouvelle. [...] Est-ce qu'on va parler des athlètes où est-ce qu'on va parler d'autres choses? », s'interroge l'ex-championne olympique. 

Nathalie Lambert souligne que Marcel Aubut a fait un travail « assez extraordinaire » depuis son entrée en fonction, que ce soit sur le plan financier et sur celui de la notoriété du COC. « Cette œuvre-là n'est pas encore terminée, et malheureusement, cette semaine, elle est un peu entachée et un peu à risque. »

À long terme, poursuit-elle, le financement demeure « la pierre angulaire du bien-être des athlètes », et les répercussions d'un éventuel départ pourraient se faire sentir.

On était vraiment sur une très bonne vague. Est-ce qu'on va pouvoir continuer de surfer sur cette vague-là sans quelqu'un comme Marcel Aubut, qui défonce des portes comme personne d'autre n'a réussi à le faire? [...] Je ne suis pas sûre que demain matin quelqu'un d'autre peut y arriver avec autant de succès.

Nathalie Lambert

L'absence de Marcel Aubut pourrait aussi coûter cher en termes de commanditaires. « Marcel avait beaucoup de doigté pour les convaincre, plus que n'importe qui d'autre que je connais », note-t-elle. « Peu de gens sont aptes à faire autant en si peu de temps ».

Avec les informations de La Presse canadienne

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