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Les producteurs laitiers craignent la disparition de la gestion de l'offre

Le reportage de Catherine Kovacs

Les producteurs laitiers du Québec sont inquiets. La gestion de l'offre - que l'on appelle communément les quotas - fait partie des négociations pour le Partenariat transpacifique, un accord de libre-échange qui pourrait changer le paysage de la production laitière au pays.

Un texte de Catherine KovacsCourriel

Ce nouvel accord économique, s'il est signé, permettrait au Canada d'avoir accès au marché asiatique.

Mais les producteurs craignent que le système de la gestion de l'offre disparaisse, entraînant la fermeture d'un grand nombre de fermes laitières.

Ce système a été créé à la fin des années 60 pour réglementer la production laitière au pays en fonction de la demande nationale et ainsi éviter les surplus. De plus, la gestion de l'offre garantit un revenu stable aux fermiers.

Aujourd'hui, les producteurs laitiers sentent que ce système est menacé. Cet été, ils ont réclamé des garanties du ministre d'État à l'Agriculture, Maxime Bernier, qui leur a dit que son gouvernement s'engageait à préserver le système actuel.

Partenariat transpacifique

Douze pays, dont le Canada, participent aux négociations. On y retrouve entre autres la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Japon et les États-Unis. Tout est sur la table.

À lire : Tout ce que vous devez savoir sur le Partenariat transpacifique

Fermes menacées

Si le système de la gestion de l'offre venait à disparaître, le président du syndicat des producteurs laitiers, Bruno Letendre, estime que la moitié des fermes laitières du Québec pourraient fermer boutique. Ce serait le cas des fermes laitières en région éloignée, précise-t-il.

Le producteur laitier Yvan Bastien à Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides, a 45 vaches. Chaque vache vaut 25 000 $, c'est la valeur de ses quotas, et ses quotas, c'est la moitié de ses actifs.

Le prix du lait qu'on reçoit, 50 % va aux dépenses, 25 % servent à rembourser les emprunts. Il nous reste 25 % pour payer nos employés et pour vivre.

Yvan Bastien, producteur laitier

Il y a dix ans, M. Bastien s'est endetté pour moderniser sa ferme. Il doit rembourser plus de 100 000 $ par année. Et ses quotas représentent sa garantie. Sans quotas, sa ferme ne vaut plus grand-chose. Seulement le prix du terrain.

Ferme moyenne

Une ferme moyenne au Québec compte 60 vaches et elles produisent 500 000 litres de lait par an. Les fermes laitières au Québec représentent le tiers de l'ensemble des recettes agricoles.

Gestion de l'offre ou libre marché?

De plus en plus de pays abandonnent le système de la gestion de l'offre et optent pour le libre marché. Ce fut le cas de l'Australie en 2002. L'économiste Daniel-Mercier Gouin de l'Université Laval est allé constater sur place les effets de la déréglementation : 40 % des fermes laitières ont disparu en 10 ans.

Les prix à la consommation ont baissé de 5 % au début, les revenus des producteurs de 35 %. Puis les prix à la consommation ont ensuite augmenté et ont rattrapé les prix de tous les aliments.

Daniel-Mercier Gouin, économiste à l'Université Laval

Daniel-Mercier Gouin estime que le système de la gestion de l'offre a fait ses preuves au pays. Il croit que la déréglementation entraîne une grande volatilité et l'incertitude.

En fait, même si le ministre Maxime Bernier a promis que le système de la gestion de l'offre ne serait pas touché, les producteurs laitiers ont encore tout frais en mémoire les accords de libre-échange conclus avec l'Europe en 2013 où le Canada a permis l'importation de plus de 17 000 tonnes de fromage européen. Une brèche importante dans le système des quotas. Plusieurs craignent que ce système en soit réduit à une coquille vide d'ici quelques années.

Économie