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Après la guerre des bois, la guerre du saumon à Clayoquot?

Terry Seitcher et 4 autres membres de la Nation Ahousaht occupent un ponton le long d'enclos d'aquaculture appartenant à la compagnie Cermaq
Terry Seitcher et 4 autres membres de la Nation Ahousaht occupent un ponton le long d'enclos d'aquaculture appartenant à la compagnie Cermaq Photo: Bonny Glambeck, Clayoquot Action
Radio-Canada

Des membres de la nation Ahousaht, près de Tofino, en Colombie-Britannique, partent en guerre pour défendre le saumon sauvage du Pacifique et bloquent un nouveau site de pisciculture sur leur territoire dans le détroit de Clayoquot Sound, en pleine réserve internationale de la biosphère de l'UNESCO.

Un texte de Sophie RousseauTwitterCourriel

Clayoquot Sound va-t-elle être, encore une fois, la scène d'un mouvement de révolte écologique à l'image de celle qui a fait le tour du monde il y a 20 ans, quand des militants se sont enchaînés aux arbres, protestant contre les coupes à blanc?

La guerre du saumon

Cette fois, ce n'est plus une guerre des bois, mais une guerre des saumons que se prépare à mener une nouvelle vague de militants dans cet archipel sur la côte ouest de l'île de Vancouver.

Site d'enclos d'aqauculture apparetenant à Cermaq dans la réserve de la biosphère Clayoquot SoundSite d'enclos d'aquaculture appartenant à Cermaq, dans la réserve de la biosphère Clayoquot Sound Photo : Cermaq

Ainsi le militant Terry Seitcher y a passé la nuit en mer, avec quatre autres membres de la nation Ahousaht dans un petit bateau en aluminium. Le navire était attaché à ce qui ressemble à une toile d'araignée rectangulaire : l'infrastructure métallique de 12 futurs enclos de pisciculture affleurant à la surface.

Une fois équipés de filets, ces enclos immergés seront remplis de saumons d'élevage de la compagnie norvégienne Cermaq. Des saumons de l'Atlantique qui ne sont pas natifs des eaux du Pacifique. C'est là le nerf de la guerre, explique Tom Paul, membre de la Nation Ahousaht, rejoint au téléphone alors qu'il s'apprêtait à apporter des cafés et de quoi manger au petit groupe de protestataires en mer.

Nous sommes là pour rester, aussi longtemps qu'il faudra pour empêcher ces enclos de saumons d'élevage.

Tom Paul, membre de la nation Ahousaht

Tom Paul craint le pire pour le saumon sauvage du Pacifique.

Le saumon du Pacifique « au bord de l'extinction »

Les saumons sauvage risquent de contracter la maladie du pou du saumon en migrant près d'enclos de saumons d'élevageLes saumons sauvage risquent de contracter la maladie du pou du saumon en migrant près d'enclos de saumons d'élevage Photo : CBC

Tandis que M. Paul tente d'organiser une flotte de bateaux pour rejoindre les manifestants attachés en mer, un autre type de mobilisation se prépare sur terre.

Le groupe d'environnementalistes Clayoquot Action, dont l'objectif est d'éliminer complètement l'aquaculture de saumons en mer, demande à ses membres de venir en renfort. Bonny Glambeck explique que ce site d'élevage est en pleine voie migratoire de saumons sauvages qui risquent, selon elle, d'être contaminés par diverses maladies lors de leur passage.

Le saumon est au bord de l'extinction, et si nous n'intervenons pas, nous verrons la même catastrophe que ce qui s'est passé dans l'Est, avec la surpêche de la morue.

Bonny Glambeck, militante de Clayoquot Action

Or le saumon est la pierre angulaire de tout l'écosystème et de l'économie de la Colombie-Britannique, dit Mme Glambeck, attirant un million de touristes à Tofino, que ce soit pour la pêche commerciale et sportive, ou pour l'observation des baleines, des ours, ou des forêts pluviales.

Un site approuvé par l'ancien conseil de bande d'Ahousaht

Confrontés aux manifestants en mer, les travailleurs de la compagnie d'aquaculture norvégienne Cermaq ont dû interrompre l'ancrage final des structures d'aquaculture, déclare la directrice des communications de Cermaq, une filiale de la société Mitsubishi.

Laurie Jensen souligne que Cermaq a conclu une entente avec le conseil de bande et le chef héréditaire de la Nation Ahousat en 2010, leur donnant le droit d'exploiter jusqu'à 16 sites d'aquaculture avec enclos ouvert sur leur territoire, en échange de compensation financière et d'offres d'emplois. Le site où se trouvent les manifestants, nommé Yakswiis, dans le chenal Millar, aurait été le quinzième site.

Nous avons suivi le protocole d'entente approuvé par le conseil de bande, qui représente les membres de la nation Ahousaht. [...] C'est à eux de résoudre ce conflit avec leurs membres.

Laurie Jensen, directrice des communications à Cermaq

Les membres de la nation Ahousaht qui protestent, comme Tom Paul, réfutent la validité de cette entente conclue, selon lui, « sans une réelle consultation des membres de la nation ».

Un permis approuvé par le fédéral

Une porte-parole du ministère fédéral des Pêches et Océans confirme dans un courriel qu'un permis d'exploitation du site en question a été accordé à la compagnie, « conformément aux règles s'appliquant à l'aquaculture, et que son approbation a fait l'objet d'un examen approfondi s'assurant que les normes environnementales sont respectées. »

Le gouvernement fédéral souligne que l'octroi du permis a été appuyé par écrit par le chef de la nation Ahousaht.

Occupation de longue haleine

Les saumons sont en déclin dans le fleuve Fraser.Les saumons sont en déclin dans le fleuve Fraser. Photo : CBC Radio-Canada

Les manifestants attachés aux enclos en pleine mer se disent prêts à occuper le site aussi longtemps qu'il faudra, et même à se faire arrêter si nécessaire.

Des policiers de la GRC à Tofino, auprès de qui Cermaq a porté plainte, se sont effectivement rendus sur place, confirme la caporale Janelle Shoihet, de la GRC. Ils n'ont arrêté personne, et ont quitté les lieux après s'être assurés que l'occupation se déroulait en toute sécurité.

La compagnie Cermaq se dit elle aussi prête à attendre la résolution du conflit entre membres et conseil de bande de la nation Ahousaht avant de reprendre l'installation de ses enclos.

Tom Paul fait bien d'apporter vivres et soutien aux manifestants en mer. Leur occupation pourrait bien en être une de longue haleine.

En rouge, les sites d'enclos d'aquaculture planifiés au sein de la réserve de la biosphère de l'UNESCO Clayoquot SoundEn rouge, les sites d'enclos d'aquaculture planifiés au sein de la réserve de la biosphère de l'UNESCO Clayoquot Sound Photo : Clayoquot Action

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