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La tante des enfants morts dans le naufrage témoigne de sa douleur

Fatima Kurdi (au centre)

Fatima Kurdi (au centre)

Photo : Ben Nelms/Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Elle s'appelle Fatima Kurdi et désormais l'histoire tragique de sa famille est connue du monde entier. Son neveu est ce petit garçon dont le corps échoué sur une plage de Turquie symbolise dorénavant la crise des migrants.

Cette image insoutenable, Mme Kurdi en a pris connaissance mercredi. Elle a pressenti qu'il s'agissait de son neveu et la nouvelle lui a par la suite été confirmée par le père du bambin, rescapé du naufrage, Abdullah Kurdi. En l'espace de quelques dizaines d'heures, Fatima Kurdi a perdu ses neveux, Alan, trois ans, et Galib, cinq ans, et sa belle-soeur, soit la mère des enfants, Reham.

La famille d'Abdullah Kurdi vivait en Turquie en tant que réfugiés, après avoir fui la guerre dans leur ville natale de Kobané, en Syrie.

Jeudi, Fatima Kurdi s'est adressée à deux reprises à la presse, la tête baissée, secouée de sanglots.

Une histoire en partie canadienne

Mme Kurdi en a lourd sur le coeur, notamment parce que le gouvernement canadien a refusé d'accepter son frère aîné, Muhammad, comme réfugié. Et ce refus a déclenché une suite d'événements qui a mené, ultimement, au naufrage.

Mais Fatima Kurdi ne blâme pas que le gouvernement canadien pour ce qui est arrivé à sa famille : elle blâme le monde entier de ne pas aider suffisamment les réfugiés.

Au Canada depuis 1992, Mme Kurdi vit à Coquitlam, en Colombie-Britannique. Elle avait entamé, en décembre dernier, des démarches pour parrainer au Canada la famille de Muhammad, le grand frère d'Abdullah, qui vit en Allemagne.  Elle avait même écrit une lettre que son député néo-démocrate, Fin Donnelly, a transmise en mars au ministre canadien de l'Immigration, Chris Alexander.

Dans cette lettre, Fatima Kurdi demande au ministre « s'il y a une façon pour qu'il puisse aider sa famille à venir au Canada ». Le ministre Alexander a confirmé avoir reçu la lettre et l'avoir transmise aux fonctionnaires s'occupant des réfugiés. 

Ultimement, la demande pour Muhammad et sa famille a été rejetée, les fonctionnaires canadiens ayant exigé une preuve émanant des Nations unies que le demandeur était bel et bien un réfugié.

Dans un communiqué émis jeudi, en réaction à la crise, Immigration Canada a en effet confirmé qu'une « demande pour M. Muhammad Kurdi et sa famille a été reçue par le ministère mais celle-ci a dû être retournée parce qu'elle était incomplète, puisqu'elle ne respectait pas les exigences réglementaires en matière de preuve de la reconnaissance du statut de réfugié. »

Une aide qui a mal tourné

Devant cette fin de non recevoir, Fatima Kurdi a alors renoncé à emprunter cette même voie pour Abdullah et sa famille et décidé de les aider autrement : elle leur a envoyé de l'argent pour quitter la Syrie.

Sachant ce qu'elle sait maintenant, Fatima Kurdi se tourmente car son frère a utilisé cet argent pour payer le passeur qui leur a fait entreprendre une traversée de trente minutes, une traversée qui devait les mener de la Turquie jusqu'à l'île grecque de Kos mais qui leur a été fatale.

En conférence de presse, Mme Kurdi pleurait : « Je n'aurais jamais dû envoyer cet argent, c'est de ma faute ». Son frère, désormais privé de ses deux enfants et de sa femme, a trouvé la force de la consoler.

Ne te blâme pas. Tu l'as fait parce que tu croyais qu'en aucune façon le Canada allait nous accepter, que ça allait être difficile. Tu voulais m'aider, ainsi que ma famille.

Propos de Abdullah Kurdi, tels que rapportés par sa soeur Fatima

Abdullah Kurdi ne s'est pas vu offrir la citoyenneté canadienne après la mort de sa femme et de ses enfants, a dit par voie de communiqué Immigration Canada, venant ainsi corriger une information que nous avions publiée plus tôt en journée.

Le récit d'un naufrage qui a coûté la vie à 12 réfugiés syriens

Ces deux enfants-là n'ont pas eu la chance d'avoir une belle vie. Il y a deux semaines Galib m'a demandé : ''Ma tante, vas-tu m'acheter une bicyclette?'' Et j'ai dit à mon frère qu'un jour je lui enverrais de l'argent supplémentaire pour acheter des bicyclettes aux garçons »

Fatima Kurdi

Lorsqu'ils sont montés dans l'embarcation, raconte Fatima Kurdi, les enfants d'Abdullah étaient heureux et excités à l'idée de rejoindre enfin l'Europe. L'aîné, Galib, s'est exclamé :« Il y a beaucoup de jouets en Europe, non? »

La mer était agitée, l'homme qui s'occupait du bateau a lâché les commandes. Les gens à bord ont paniqué, ils ont commencé à se lever et certains ont sauté à l'eau. Le bateau a fini par chavirer, en pleine nuit.

Fatima Kurdi


Le temps de retrouver ses deux fils dans l'eau, il était déjà trop tard.

Les deux petits étaient dans ses bras, il a essayé de les retenir de toutes ses forces, il a fait ce qu'il a pu. Il a d'abord vu que le plus grand, Galib, était mort, il a donc lâché son corps pour s'occuper d'Alan. Mais il était aussi mort, il avait du sang qui coulait des yeux. Il les lui a fermés et a laissé partir son corps.

Fatima Kurdi
Dans la ville de Bodrum en Turquie, un policier tient dans ses bras un jeune migrant noyé qui tentait avec sa famille de se rendre sur l'île grecque de Kos.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans la ville de Bodrum en Turquie, un policier tient dans ses bras un jeune migrant noyé qui tentait avec sa famille de se rendre sur l'île grecque de Kos.

Photo : AP/TURKEY OUT

Un tournant

Fatima et Abdullah Kurdi espèrent maintenant que le drame aura pour effet de tirer la sonnette d'alarme sur le sort des désespérés qui tentent de fuir la guerre, notamment en Syrie. Tous deux estiment que la diffusion de ce corps inerte de petit garçon échoué sur une plage constitue un tournant. « Mon frère m'a dit : ''mes enfants ont réveillé le monde entier'', de dire Fatima Kurdi.

Et Fatima Kurdi se fait forte maintenant de transmettre ce que son frère a à dire sur la crise des migrants : « S'il-vous-plaît, aidez ces gens qui tentent de faire cette traversée sur ce cours d'eau, ne les laissez plus entreprendre ce périple. Je ne veux plus qu'il y ait de victimes ».

Du retentissement au Canada

Le récit de Mme Kurdi a incité le premier ministre Stephen Harper à commenter les événements, notamment pour dire qu'aider les réfugiés qui fuient cette zone de guerre n'est qu'un des trois éléments que le Canada doit considérer dans sa réponse à la crise des migrants. Les autres sont le versement d'une aide internationale et, surtout, la participation à la coalition militaire contre le groupe armé État islamique, a-t-il expliqué.

Du côté du Conseil syro-canadien, on dit éprouver colère et frustration.« Ce qui s'est passé semble avoir touché les gens. J'espère que ça va créer la pression nécessaire pour revisiter ce dossier », affirme Faisal Alazem. « Parfois, les politiciens ignorent, mais il y a un moment où on ne peut plus ignorer », ajoute-t-il.

Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) a réaffirmé, dans la foulée de cette nouvelle tragédie survenue en mer Méditerranée, que le Canada devait ouvrir ses portes aux réfugiés syriens.

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Avec les informations de Reuters, et La Presse canadienne

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