•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Souveraineté québécoise : l’appropriation d’un symbole manitobain sème la controverse

Gérard Mathar, Catherine Jacob et leurs enfants

Photo : Projet de mémorial à la mémoire de Louis-Riel et de Marie-Anne Gaboury

Radio-Canada

Un projet du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ), organisme souverainiste, pour ériger un mémorial en hommage au chef métis Louis Riel fait hérisser les poils de certains Manitobains.

Un texte de Catherine LoganTwitterCourriel

Le MNQ a lancé en juillet une campagne de souscription pour installer à Maskinongé, au Québec, un buste en bronze à l'effigie du père fondateur du Manitoba afin de souligner le 130e anniversaire de la pendaison de ce dernier.

« C'est un personnage qui a marqué autant le Québec que le Manitoba », affirme le président du MNQ, Gilles Laporte. « Les francophones de partout au Canada continuent à s'inspirer du dévouement de Louis Riel pour son peuple en dénonçant la duplicité du pacte qui avait fait naître le Canada en 1867. »

Une image déformée

Pourtant, plusieurs Manitobains voient ce geste commémoratif comme étant l'appropriation et la déformation de l'image de ce héros manitobain qui a mené deux résistances afin de faire valoir les droits des Métis et des Canadiens français dans l'Ouest.

« Dire que Louis Riel a organisé les rébellions dans l'Ouest parce qu'il s'opposait à l'entrée du Manitoba dans la confédération et au gouvernement canadien est faux », conteste Andrew Carrier, représentant de la Fédération des Métis du Manitoba.

Louis Riel cherchait, avant tout, à intégrer de façon équitable et à faire respecter les différentes cultures qui se trouvaient dans la colonie de la Rivière-Rouge. C'est pourquoi il a exigé, en 1869, la participation des Anglais et des Allemands dans le gouvernement provisoire, bien que les Métis francophones soient la population majoritaire à l'époque.

Andrew Carrier, représentant de la Fédération des Métis du Manitoba

Même son de cloche chez l'historien et spécialiste de l'histoire manitobaine Philippe Mailhot, qui croit que le chef métis représente plutôt la voix des minorités et des Autochtones, et non pas la lutte souverainiste des francophones du Québec.

« C'est vrai que la pendaison de Louis Riel a créé, dans un sens, un nationalisme québécois, explique-t-il. Les politiciens français canadiens à l'époque ont misé sur l'histoire de Louis Riel pour dire que le français n'avait aucun espoir hors Québec et qu'il fallait rester solidaire et au Québec pour faire vivre la culture. »

Ce n'est pas Louis Riel lui-même qui a décidé que les Canadiens français devraient être nationalistes dans ce sens-là. Ce sont des politiciens qui se sont approprié le nom de Louis Riel pour en faire leur propre cause.

Philippe Mailhot, historien

Nier la francophonie hors Québec

Le président du MNQ avoue que la statue est tout aussi politique que commémorative : « elle nous rappelle qu'il y a un devoir de vigilance, un devoir de lutte. Un tel monument vise d'abord et autant à réveiller la conscience qu'à commémorer le personnage historique ».

Philippe Mailhot (septembre 2014)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le directeur du Musée de Saint-Boniface, Philippe Mailhot (septembre 2014)

Photo : Bert Savard (SRC)

Alors que le chef métis s'est battu pour faire accepter les droits linguistiques et identitaires des francophones dans l'Ouest canadien, certains Manitobains trouvent trop ironique la récupération de l'image de Louis Riel comme incarnation du mouvement séparatiste.

« Si les Québécois veulent se séparer du Canada, c'est parce qu'ils se croient une société unique et qu'ils trouvent que c'est impossible de vivre en français hors Québec », dit M. Carrier.

Mais Louis Riel est mort en défendant le français dans l'Ouest canadien. Faire de lui un champion souverainiste est équivalent à rejeter ses descendants et à nier la cause francophone hors Québec.

Andrew Carrier, représentant de la Fédération des Métis du Manitoba

Un autre buste sera érigé au même endroit pour rendre hommage à la grand-mère de Louis Riel, Marie-Anne Gaboury, élevée à Maskinongé et première femme blanche à s'installer de façon permanente dans les Prairies canadiennes.

L'installation du projet commémoratif, qui est épaulé par l'ancien premier ministre péquiste Bernard Landry ainsi que par le chef du Parti québécois, Pierre-Karl Péladeau, entre autres, aura lieu à la fin du mois d'octobre.

Avec des informations du journaliste Michel Saba

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Manitoba

Société