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  • Exclusif
  • Les règles de sécurité sur l'amiante critiquées, malgré une étude

    Dans la région de Thetford Mines, des voix s'élèvent pour qu'on assouplisse les règles de sécurité pour les travailleurs en contact avec des résidus d'amiante.

    Radio-Canada

    À Thetford Mines, travailleurs et policitiens trouvent exagérées les mesures de sécurité contre les effets potentiellement nocifs des résidus d'amiante et réclament un assouplissement de ces mesures. Cependant, une étude commandée par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), dont Radio-Canada a obtenu copie, ne recommande pas d'aller vers un allègement des règles.

    Un texte de Julie DufresneTwitterCourriel

    Dans la région de l'amiante, les résidus du minerai sont partout. Par conséquent, pour exécuter des travaux de voirie, les travailleurs doivent obligatoirement se couvrir de la tête aux pieds d'une combinaison blanche et porter un masque à ventilation assistée avec filtres HEPA.

    Pour le contremaître Martin Turcotte, cet habillement est « très encombrant ». Il rend aussi toute communication difficile. « Et, quand il fait 35 degrés Celsius dehors, c'est très chaud », raconte-t-il. 

    C'est la CSST qui impose ce code vestimentaire aux travailleurs, qui doivent aussi avoir accès à des douches de décontamination avec ventilation.

    Ces mesures strictes ralentissent le travail, déplore Martin Turcotte, qui s'explique mal la nécessité de recourir à de tels équipements. « Le matériel avec lequel on travaille n'est pas de l'amiante pur: ce sont des résidus d'amiante, plaide-t-il. Il y en a peut-être 5 %. Ce qui remonte dans l'air est minime ».

    L'équipement nous cause des pertes de productivité d'environ 20 %. Chaque semaine, on perd une journée juste à cause de la préparation et des difficultés qu'on a à travailler avec ça.

    Martin Turcotte, contremaître à Thetford Mines

    Les élus montent au front

    Le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau, est du même avis. D'autant plus que les travaux de la ville coûtent plus cher aux contribuables en raison de cette réglementation. « Les deniers publics, il faut les investir correctement, dit M. Brousseau.

    L'élu soutient que les chantiers dans cette ville coûtent 30 % de plus qu'ailleurs, parce que les mesures de protection imposées aux travailleurs sont disproportionnées par rapport au risque.

    Selon lui, en 125 ans, aucun cas de maladie professionnelle n'a été recensé chez ses cols bleus. « Dans l'air ambiant à Thetford, il y a 0,0043 fibre d'amiante par cm3 d'air dans l'air à n'importe quel moment de l'année. Donc, la CSST qui demande tolérance zéro, c'est impossible! »

    Le député de la région et ministre Laurent Lessard a porté ces préoccupations à l'Assemblée nationale.

    Tu appliques la même réglementation que dans la mine : tu mets un scaphandre, un masque, tu laves des équipements comme quand on était dans la mine. Chez nous, c'est l'incompréhension totale. Voilà pourquoi on a saisi la CSST [...] et le ministre du Travail.

    Laurent Lessard, député de Lotbinière-Frontenac et ministre des Forêts de la Faune et des Parcs

    Une étude recommande la prudence

    Il est difficile d'établir une relation entre les concentrations d'amiante dans le sol et l'air.

    Il est difficile d'établir une relation entre les concentrations d'amiante dans le sol et l'air.

    La Commission de la santé et de la sécurité au Travail (CSST) a mandaté l'Institut Robert-Sauvé pour évaluer la situation. Les travaux ont coûté près de 140 000 dollars, selon des documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi d'accès à l'information. La CSST a refusé de rendre publics les résultats d'échantillonnage.

    Mais l'étude ne semble pas contenir de résultats qui justifieraient un assouplissement du code vestimentaire.

    « Cette recherche témoigne de la difficulté d'établir une relation entre les concentrations d'amiante dans le sol et l'air. [...] Les informations scientifiques sont encore trop limitées pour déterminer avec assurance et précision la contribution du sol contaminé par de l'amiante aux concentrations de fibres dans l'air et, ultimement, à l'exposition des travailleurs », peut-on lire dans la conclusion.

    La présidente de l'Institut Robert-Sauvé, Marie Larue, est toutefois plus claire : « Étant donné que l'amiante est une substance cancérigène, on recommande toujours, que ce soit amiante chrysotile ou autre, que l'exposition soit limitée au maximum » explique-t-elle.

    Qu'on soit à l'intérieur ou à l'extérieur, il faut faire une gestion adéquate de l'exposition des travailleurs à l'amiante et limiter leur exposition, parce qu'on ne comprend pas très bien les mécanismes d'induction des cancers chez les travailleurs.

    Marie Larue, présidente de l'institut Robert-Sauvé

    Joute politique

    À la lumière de ces premiers résultats, l'opposition péquiste se demande pourquoi la CSST ne ferme pas d'emblée le dossier. Le porte-parole du PQ dans le domaine du travail, Guy Leclair, craint que l'organisme ne cède à des pressions économiques et politiques. Du même souffle, il affirme qu'il serait très surpris que la CSST « embarque dans un jeu comme ça ».

    Je ne pense pas, malgré tout test qu'il y a eu, qu'on va changer les règles de sécurité, surtout pas pour une seule région. [...] On veut bien appuyer une région, mais on ne peut pas jouer avec la sécurité des travailleurs.

    Guy Leclair

    Pour sa part, le ministre du Travail du Québec, Sam Hamad, n'exclut pas un assouplissement des règles. Le 28 avril dernier, il a laissé entendre que son collègue Laurent Lessard avait été entendu.

    « Nous avons reçu la demande, le député de Lotbinière nous en a parlé, et il y a un comité à la CSST où il y a des représentants syndicaux (...) et des patrons qui sont en train d'étudier une modification ou l'allègement ou l'explication du réglement pour s'adapter à des conditions normales à Thetford Mines, la région de l'amiante », a déclaré Sam Hamad au Salon bleu.

    La CSST a cette étude en mains depuis le printemps dernier. Pourtant, aucune décision n'a encore été prise. L'organisme refuse d'accorder une entrevue à ce sujet.

    Santé