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« Matricule 728 » ne regrette rien

Stéfanie Trudeau, matricule 728 du Service de police de la ville de Montréal

Stéfanie Trudeau, matricule 728 du Service de police de la ville de Montréal

Photo : Annik MH de Carufel

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La policière Stéfanie Trudeau, mieux connue sous le nom de Matricule 728, ne regrette rien de ses gestes durant le printemps érable. Elle donne pour la première fois sa version des faits dans un livre intitulé Matricule 728 - Servir et se faire salir : mon histoire.

Dans cet ouvrage, la policière raconte sa jeunesse et les difficultés qu'elle a vécues en raison de son homosexualité. Elle revient aussi sur les deux événements qui l'ont rendue tristement célèbre soit une intervention, en mai, au cours de laquelle elle avait aspergé sans préavis un groupe de manifestants de poivre de cayenne, ainsi que l'arrestation musclée survenue sur Le Plateau Mont-Royal quelques mois de plus tard.

La policière doit d'ailleurs subir un procès pour voies de fait relativement à cette dernière affaire.

Livre de Stéfanie TrudeauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Livre de Stéphanie Trudeau

Photo : ADA

Dans son livre, Stéfanie Trudeau soutient ne pas regretter ses actions d'octobre 2012, excepté ses propos enregistrés, où elle juge qu'elle est allée trop loin.

L'ancienne policière se vide le cœur et blâme le service de police, son syndicat et les médias pour ses déboires tout en précisant qu'elle agirait exactement de la même façon si ces événements se reproduisaient aujourd'hui.

Mme Trudeau soutient avoir utilisé le poivre de Cayenne après en avoir reçu l'ordre et selon la formation qu'elle a reçue. Elle pense la même chose pour ce qui est de son intervention de la rue Papineau, sur Le Plateau Mont-Royal, lorsque des personnes ont résisté à leur arrestation. En ce qui concerne cette dernière, elle soutient que c'est une intervention de routine qui a mal tourné parce que ces personnes l'ont reconnue.

« Personne n'a été blessé au cours des deux événements », plaide son avocat, Jean-Pierre Rancourt, en entrevue sur ICI Radio-Canada Première. « Quand quelqu'un refuse de se faire arrêter, ça n'a pas l'air doux », poursuit-il en précisant que sa cliente a utilisé une méthode d'intervention – qui n'est pas la plus dure, selon lui - qu'on lui a enseignée à l'école de police de Nicolet.

Marquée par le premier événement, dont les images ont fait le tour des médias traditionnels et des médias sociaux, Mme Trudeau a quitté son travail pour un congé de maladie de trois mois. Elle reproche au SPVM de l'avoir forcée à réintégrer le service, trop rapidement, selon elle, et de l'avoir envoyée en patrouille dans le même quartier.

Elle estime que le deuxième événement, celui de la rue Papineau, en octobre 2012, dont les images ont également été largement diffusées, a été causé par sa réputation. Elle croit que la situation créée par le SPVM a mis son intégrité physique et celle de son coéquipier en danger.

Elle regrette les mots employés dans la conversation qui a été diffusée après cet événement. Réagissant à chaud après l'intervention musclée, Mme Trudeau racontait à sa conjointe « dans une langue de rue » les événements qui venaient de se produire.

« Des rats... des gratteux de guitares... » - Stéfanie Trudeau

Le 2 octobre 2012, avenue Papineau, Stéfanie Trudeau interpelle un artiste qui habite Le-Plateau-Mont-Royal. Ce dernier ouvrait la porte de son appartement avec une bière à la  main, ce qui semble avoir été l'élément déclencheur de la bousculade. L'intervention tourne mal et la policière se retrouve à maîtriser physiquement l'homme – en l'enserrant par le cou avec ses deux bras - devant deux de ses amis qui filment la scène avec leur cellulaire.

Les deux hommes ont par la suite partagé la vidéo de l'événement avec le journaliste Normand Grondin de Radio-Canada. L'enregistrement contient également une conversation de Mme Trudeau, qui a saisi les appareils des « suspects », sans prendre le temps de l'éteindre. L'appareil enregistre donc, à son insu, sa conversation avec la station de police. On peut l'entendre parler de son intervention en des termes colorés, voire injurieux : « Là on a réussi à le menotter, mais là pendant ce temps-là, toute les rats qui étaient en haut dans... les gratteux de guitares, c'toute des ostie de carrés rouges là, toute des artistes astie de, de, en tous cas des mangeux de marde, fait que là y sont comme toutte commencé à sortir de l'appartement tsé ».

« Là, on... on... je saute sur l'ostie de trou de cul. Là évidemment, y s'laisse pas faire, là l'encolure ostie, chu en train de l'étouffer, là je me bas avec dins escaliers, on se bat avec dins escaliers [...] Là finalement a foulu que j'lève le ton pis j'commence à sauter ma coche pour qu'y ça, se dispersent ou qu'y r'rentrent vers le haut tsé. »

Dans son livre, elle insiste sur le caractère privé de cette conversation qui n'aurait jamais dû, selon elle, se retrouver dans les médias.

« J'étais très en colère. J'avais les émotions à fleur de peau [...] L'intimidation vécue à l'intérieur comme à l'extérieur de mon service, les menaces, les frustrations et les humiliations de tout genre sont sorties d'un seul coup, et je sais que ce n'était pas beau à entendre. »

— Une citation de  Extrait du livre de Stéfanie Trudeau

Elle termine le livre par une charge ironique contre son ancien employeur et son ancien syndicat :

« Merci surtout de nous avoir défendus et soutenus sur la place publique comme c'était votre devoir de le faire. On n'est trahi que par les siens. Merci beaucoup. Vous m'avez fait détester une des choses que j'aimais le plus au monde : être en uniforme et être au service des autres. »

— Une citation de  Extrait du livre de Stéfanie Trudeau

Mariée et mère de deux enfants, Stéfanie Trudeau a été assermentée comme policière en 1994 et elle a servi au sein du SPVM dans les postes des quartiers centre-ville, Côte-des-Neiges, Centre-Sud et Plateau Mont-Royal.

Le SPVM a retiré Mme Trudeau des opérations à la suite de la diffusion des reportages de Radio-Canada. Toujours à l'emploi du SPVM, Mme Trudeau est en congé avec solde en attendant son procès pour voies de fait. Son avocat a déposé une requête réclamant l'arrêt des procédures contre sa cliente. Une requête qui sera traitée en juin 2016.

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