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Extrait du Singe joyeux dans la tapisserie, un récit inédit de Simon Brousseau

L'auteur Simon Brousseau

L'auteur Simon Brousseau

Photo : Serge Brousseau

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Originaire de Québec, Simon Brousseau vit à Montréal et poursuit un postdoctorat à l'Université de Toronto. Il fait partie des 30 auteurs en lice pour le Prix du récit Radio-Canada 2015. 

Le singe joyeux dans la tapisserie raconte l'histoire d'un homme qui boit un café en s'interrogeant sur la possibilité du bonheur. En voici les premières lignes :


Il n'y a pas longtemps, dans un café bondé de jeunes vaguement bohèmes, d'étudiants déglingués et de végétariens possiblement anarchistes, je tenais un livre en regardant distraitement autour de moi et je me suis demandé, peut-être à cause de la joie diffuse qui régnait, quelle était la personne la plus heureuse que j'ai connue, et chaque fois qu'un visage prenait forme dans l'espace flou de ma mémoire, celui d'une copine du secondaire perdue de vue il y a déjà dix ans ou celui, aux contours plus précis, d'un ami parti trouver l'aventure au Chili, je me disais que ce n'était pas tout à fait ça et j'ai dû admettre, un peu malgré moi, que je n'avais pas connu une seule personne dont je pouvais dire avec certitude qu'elle était absolument satisfaite de son sort.

Le regard dans le tourbillon du café de la tasse blanche, puis dans le reflet du soleil aveuglant sur le dos de ma cuillère, je constatais que ces amis souriants, enthousiastes et toujours prévenants avaient en commun une sorte de tristesse sourde, le chagrin ligoté de ceux qui s'interdisent d'être tristes, par pudeur et par égard pour ceux qui le sont vraiment.

J'ai pensé que c'était peut-être un artifice qui rend le bonheur possible, un choix constamment renouvelé, une forme d'autosuggestion entêtée où on refuse de se laisser emporter par la tristesse du monde, cette ombre morte, puis j'ai chassé cette idée en agitant la main au-dessus de ma tête, comme si c'était une mouche.

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