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Polémique à UBC : 2 associations demandent la tête du président du CA

Photo de John Montalbano, président du conseil d'administration de l'Université de la Colombie-Britannique.

John Montalbano, président du conseil d'administration de l'Université de la Colombie-Britannique.

Photo : UBC

Radio-Canada

Démission surprise de son recteur, accusations de menaces et de rogner la liberté académique d'une professeure, passe d'armes par médias interposés... depuis le début du mois, l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) est secouée par une série d'accrochages amochant sa direction. Retour sur une controverse qui pourrait ne faire que commencer.

Un texte de Anne-Diandra LouarnTwitterCourriel

L'association canadienne des professeures et professeurs d'université (ACPPU) et l'Association des professeurs de UBC (UBCFTA) appellent John Montalbano à se retirer de ses fonctions de président du conseil d'administration, en raison d'une enquête concernant la liberté académique d'un membre de la faculté.

Pour comprendre l'envergure de cette polémique, il faut remonter au 7 août dernier lorsque le recteur Arvind Gupta a annoncé sa démission surprise (Nouvelle fenêtre) après moins d'un an en poste. Il invoque alors des motifs personnels et l'envie de revenir à des fonctions académiques. Rien d'autre ne filtre, accord de confidentialité avec le conseil d'administration oblige.

Au sein de l'université, les questions se bousculent et les rumeurs vont bon train. Mais c'était sans compter la publication, il y a une semaine, d'une note de blogue de Jennifer Berdhal, professeure en étude sur le leadership, le genre et la diversité à la Sauder School of Business, dans laquelle elle s'interroge sur les raisons de la démission inexpliquée et hâtive du recteur. Sa question principale : Arvind Gupta serait-il parti parce qu'il « a perdu un concours de masculinité au sein de l'équipe de direction de l'UCB, comme c'est le cas pour la plupart des femmes et des minorités visibles dans les établissements dominés par les hommes blancs ? » Un pavé dans la marre.

« Une conversation productive », assure John Montalbano

Quelques jours plus tard, Jennifer Berdhal enfonce le clou dans une seconde note de blogue. Elle raconte une conversation téléphonique houleuse avec John Montalbano, président du conseil d'administration de UBC. « Il m'a dit que je le faisais paraître pour un hypocrite et que mes écrits remettaient sérieusement en question ma crédibilité académique. Il a mentionné à plusieurs reprises qu'il en avait discuté avec le doyen », écrit-elle, ajoutant qu'elle s'est sentie menacée et réprimée dans sa liberté académique. Elle affirme aussi qu'un doyen associé l'a, ensuite, contactée pour lui demander de refréner ses ardeurs dans les médias.

Photo de Jennifer Berdhal, professeure en étude sur le leadership, le genre et la diversité à la Sauder School of Business.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jennifer Berdhal, professeure en étude sur le leadership, le genre et la diversité à la Sauder School of Business.

Photo : Radio-Canada

De son côté, John Montalbano se défend (Nouvelle fenêtre) : « Je lui ai demandé si elle pensait qu'une discussion avec elle pouvait compromettre sa liberté académique. Je lui ai aussi demandé de m'arrêter à tout moment si la discussion la mettait mal à l'aise », affirme-t-il. Et de poursuivre : « En raccrochant, la professeure Berdhal et moi nous sommes accordés pour dire que notre conversation avait été productive. »

Le poste de Jennifer Berdhal au sein de l'université a été créé fin 2013, grâce à un don de deux millions de dollars (Nouvelle fenêtre) de John Montalbano, qui en plus de son poste de président du CA, occupe de hautes fonctions au sein de la Banque Royale du Canada. À cause de cette affaire, celui-ci aurait remis en question son financement, selon la version des faits de la professeure. Des accusations totalement niées par John Montalbano.

Menaces ou non ? Une enquête doit répondre

La rectrice par intérim Angela Redish a annoncé que UBC avait ouvert une enquête pour faire toute la lumière sur les allégations de Jennifer Berdhal et déterminer s'il y a eu violation de la liberté académique de cette dernière.

Mais en attendant, et pour éviter tout conflit d'intérêts, l'association canadienne des professeures et professeurs d'université (ACPPU) et l'Association des professeurs de UBC (UBCFTA) estiment que John Montalbano doit se retirer, au moins temporairement, de ses fonctions. « En contactant directement le professeur Berdahl pour se plaindre du contenu de son blogue, M. Montalbano a non seulement manqué de jugement, mais il a aussi fait fi de sa liberté académique », a déclaré par voie de communiqué David Robinson, directeur général de l'ACPPU.

Si les allégations qui pèsent contre [John Montalbano] sont vraies, cela soulève de sérieuses questions sur son aptitude à siéger au conseil d'administration d'une université.

David Robinson, directeur général de l'ACPPU

Même position tranchée de la part de l'UBCFTA : « M. Montalbano ne devrait pas, dans sa situation actuelle, commenter une affaire et une enquête en cours dont il est justement le protagoniste », écrit Mark MacLean, le chef de l'organisme, dans une lettre adressée à Angela Redish (Nouvelle fenêtre). « Nous comprenons son désir de se défendre, mais ce n'est pas la bonne manière de s'y prendre », ajoute-t-il, en référence aux nombreuses entrevues que John Montalbano a données aux médias depuis mardi.

Contacté par CBC/Radio-Canada, le ministre de l'Éducation postsecondaire, Andrew Wilkinson, n'a pas souhaité commenter la controverse. « UBC est une institution autonome avec un conseil composé de 21 gouvernants représentant l'université et les différentes communautés. UBC dispose de tous les outils et les procédures pour résoudre les problèmes entourant la liberté académique », a-t-il simplement déclaré, précisant que le gouvernement continuera à suivre de près les efforts de UBC pour trouver un remplaçant à Arvind Gupta.

Le nouveau recteur devrait être annoncé au printemps 2016.

Colombie-Britannique et Yukon

Éducation