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Parti rhinocéros : utopies, prises de conscience et dérapages assumés

Des rhinocéros en Afrique du Sud (photo prise en janvier 2003)

Photo : AP/US Fish and Wildlife Service/Karl Stromayer

Radio-Canada

Faire la promotion du « Canadian Dream », nationaliser les Tim Hortons, déménager la capitale du pays en son centre. Voilà quelques-uns des éléments de la plateforme électorale fantaisiste du Parti rhinocéros, version 2015.

Un texte de Marc-Antoine MénardCourriel

Dans le cadre d'un plan « 2015-3015 » sur un millénaire, un « gouvernement rhinocéros majoritaire » ferait du « rêve canadien » une marque déposée, pour l'exporter et en faire une source de revenus. « Partout dans le monde, on va pouvoir savoir à quel point c'est agréable d'être Canadien et d'être bilingue, par le fait même », explique en entrevue téléphonique à ICI.Radio-Canada.ca le chef du Parti, Sébastien Corriveau.

Autre projet, pilote celui-là : nationaliser les restaurants de la chaîne Tim Hortons, tout en privatisant les Forces armées canadiennes, pour savoir quelle approche est la plus efficace. Ou encore, créer une loterie permettant de gagner un siège de sénateur.

Ou, enfin, déménager la capitale du Canada en son centre. Mais celui-ci est-il situé à Kapuskasing, en Ontario, ou dans la région de la rivière Churchill, dans le nord du Manitoba? « Je pense qu'il y a un schisme dans le Parti rhinocéros à ce niveau-là, mais on est habitués, on est un parti d'idées et de débats », affirme M. Corriveau.

« Comme on veut rendre la démocratie accessible au plus de gens possible, ça commence par mettre la capitale le plus au centre possible du Canada », explique le candidat dans la circonscription de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques.

Interpeller les abstentionnistes

Parce que, plus sérieusement, le Parti rhinocéros, fondé par l'écrivain et médecin Jacques Ferron, en 1963, cherche aussi à éveiller les consciences. Sébastien Corriveau souligne que si les gens qui n'ont pas voté lors des dernières élections, soit environ 40 % des électeurs, appuyaient tous sa formation, il pourrait diriger un gouvernement majoritaire.

Quand j'entends : "la politique c'est de la merde", je dis bravo, mais il y a quelqu'un, quelque part, à qui ça fait bien l'affaire que tu penses ça.

Sébastien Corriveau, chef du Parti Rhinocéros

« Parce que le gouvernement, c'est le travail des choses communes du pays, de notre collectivité. Tout ce qui est mis en commun passe par là », affirme M. Corriveau.

En rendant les promesses des autres farfelues, le Parti rhinocéros espère amener les gens à s'y intéresser. Sébastien Corriveau donne l'exemple de la prestation universelle pour la garde d'enfants (PUGE), bonifiée juste avant le déclenchement de la campagne électorale, mais critiquée parce qu'elle devra être remboursée en bonne partie en impôt sur le revenu.

« Quand on va élire un gouvernement rhinocéros majoritaire, le 19 octobre, on va retenir tous les chèques de la PUGE pendant 46 mois. Quand il va y avoir les élections, en octobre 2019, deux mois avant, on va donner tout cet argent-là aux familles », lance M. Corriveau. « Comme ça, ils vont recevoir des chèques de 6000 $ à 15 000 $, selon le nombre et l'âge des enfants », illustre-t-il par l'absurde.

Pour des gens, si c'est la première chose politique qu'ils entendent, par exemple pour des jeunes, ça peut les amener à s'intéresser à la politique.

Sébastien Corriveau

En pleine période de recrutement sur son site web, le Parti Rhinocéros promet un siège de ministre à tous les élus de son « gouvernement majoritaire ». Son chef se réjouit d'ailleurs de la durée de l'actuelle campagne, qui pourrait lui permettre d'aligner plus de candidats.

Terrain glissant

Allier l'humour à la politique comporte des risques, cependant. En témoigne un message publié récemment sur le compte Twitter de Sébastien Corriveau, où la députée sortante néo-démocrate Hélène Laverdière est l'objet d'une blague vulgaire à caractère sexuel.

Une blague vulgaire sur Hélène Laverdière, publiée sur Twitter

Photo : Twitter/@CorRhino

Quelque peu embarrassé, M. Corriveau assume tout de même sa publication. « Cette blague-là, c'est moi qui l'ai écrite sur Twitter, mais ce n'est pas moi qui l'ai écrite dans la vie, si on veut, je l'ai juste répétée, explique-t-il. J'aurais pu me dissocier de ça, mais regardez, je l'ai fait, je ne vais pas me mettre à effacer mon compte Twitter pour ça. »

Il rappelle que pendant la période où le Parti rhinocéros était dirigé par l'artiste François Gourd, les références sexuelles étaient nombreuses, par exemple avec le « collectif de la masturbation libre ».

« Je l'assume entièrement, mais tu as quand même raison sur le fait que c'est quelque chose dans lequel, personnellement, je ne voulais pas me diriger. Les humoristes le font assez, ce n'est pas ça qui va faire évoluer le niveau intellectuel de nos citoyens canadiens », conclut le chef rhinocéros.

De son côté, le Nouveau Parti démocratique n'a pas voulu faire de commentaire au sujet de cette photo.

Politique