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Le Canada a-t-il connu une ruée vers le mariage gai? La réponse en carte

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

En juin 2005, Ottawa légalise le mariage gai au Canada. Dix ans plus tard, les conjoints de même sexe ont-ils été nombreux à faire la grande demande? Portrait de la situation.

Un texte d'Alain LabelleTwitterCourriel

En 2011, sur les 6,3 millions de couples mariés au pays, seulement 21 015 étaient des couples de même sexe, soit 0,8 %. Les Canadiens gais ne se sont donc pas prévalus massivement de la possibilité de se marier.

Incidence des couples de même sexe dans les différentes provinces.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Incidence des couples de même sexe dans les différentes provinces.

Photo : Radio-Canada / Carto

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Entre 2006 et 2011, le nombre de couples mariés de même sexe a quand même presque triplé au Canada, ce qui cadre avec la première période complète de cinq ans depuis la légalisation du mariage à l'échelle du pays.

Il y a eu, dans un premier temps, un certain rattrapage des couples qui ne pouvaient pas se marier et qui, lorsque c'est devenu possible, se sont mariés. Ce qui fait que dans les premières années, on a observé une augmentation assez rapide du nombre de mariages entre conjoints de même sexe. Ensuite, au Québec par exemple, ça s'est stabilisé pour récemment augmenter de nouveau. Il faudra voir la tendance dans les prochaines années.

Line Chamberland, sociologue et titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie à l'UQAM

Le nombre de couples de même sexe en union libre a augmenté de 15 %. Quant aux couples mariés, ils représentaient environ 30 % des conjoints de même sexe en 2011, soit près du double de la proportion de 16,5 % observée en 2006. Il y a maintenant 9475 couples de femmes et 11 540 couples d'hommes mariés au pays.

Au Québec, le nombre de mariages de conjoints de même sexe devrait atteindre 572 en 2014, lorsque les données annuelles seront complètement comptabilisées. Par comparaison, le nombre de mariages de sexe opposé atteindra 21 832. La sociologue Line Chamberland ne trouve pas ces chiffres bien élevés.

On ne peut pas dire que les couples de même sexe ont massivement décidé de se marier. Il faut dire qu'au Québec, le mariage n'est pas une institution très populaire. Que ce soit pour les couples hétérosexuels ou les couples de même sexe. Il y a une grande majorité des couples qui continuent de vivre en union libre. [...] Ce n'est pas la ruée vers le mariage.

Line Chamberland

Un mariage de plus en plus féminin

Auparavant, les couples masculins étaient par ailleurs plus nombreux à choisir de s'unir dans le mariage, mais la situation a changé depuis. Entre 2004 et 2013, les couples féminins sont devenus plus nombreux que les couples masculins.

Pour voir ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

La sociologue Line Chamberland estime qu'au départ, la lutte pour la légalisation du mariage pour tous n'avait pas la même signification pour les hommes et pour les femmes. Pour les hommes, il s'agissait de faire reconnaître leur mariage, et la question des enfants était moins présente.

C'était beaucoup la question du partage des biens, notamment après les années sida, qui avaient décimé une partie de la communauté. On s'est rendu compte à ce moment-là, à travers diverses situations dramatiques, que les couples n'étaient pas reconnus par la famille au niveau économique.

Line Chamberland

C'est en quelque sorte cette situation qui a propulsé la revendication pour le mariage, dit-elle. Pour les femmes, c'était beaucoup plus la question des enfants qui posait problème sur le plan légal, ajoute-t-elle. Cette situation a été réglée dès 2002 avec l'arrivée de l'union civile au Québec.

Lorsque le mariage a officiellement été légalisé, les femmes avaient moins besoin de cette reconnaissance parce que les droits parentaux étaient déjà reconnus depuis trois ans.

Le mariage après 40 ans

L'âge moyen des personnes qui se sont mariées au Québec avec un partenaire de même sexe au cours des 10 dernières années est relativement élevé, fluctuant entre 40 ans et 44 ans, selon les données de l'Institut de la statistique du Québec.

Ce sont souvent des couples qui étaient déjà formés, et font reconnaître leur union. Pour le moment, la proportion de jeunes qui se marient semble relativement faible. En même temps, beaucoup de jeunes disent qu'ils espèrent se marier. On va voir si cela va se produire dans les prochaines décennies.

Line Chamberland

Du côté des conjoints de sexe opposé, bien que l'âge moyen se soit élevé au cours de la même période, il demeure inférieur à celui des conjoints de même sexe. Il était de 38,5 ans en 2013, alors qu'il était de 43 ans chez les conjoints de même sexe. Parmi eux, les hommes sont en moyenne un peu plus âgés que les femmes lorsqu'ils se marient, bien que l'écart soit plutôt faible.

Les partenaires de même sexe qui se sont mariés entre 2004 et 2013 avaient en moyenne un écart d'âge de 6,4 ans, soit plus que chez les couples de sexe opposé, dont l'écart moyen est de 4,5 ans. L'écart moyen est plus important entre les conjoints de couples masculins (7,4 ans) qu'entre ceux de couples féminins (5,2 ans).

Moins de remariages

Dans la majorité des mariages de couples de même sexe, il s'agit d'une première union pour les deux conjoints. Durant cette période de 10 ans, pas moins de 7 mariages sur 10 ont uni deux célibataires. Il s'agissait donc d'un remariage pour au moins un des deux partenaires dans 30 % des cas (35 % chez les couples hétérosexuels).

Le palais de justice moins populaire

Lors des premières années après la légalisation, la majorité des mariages gais étaient célébrés au palais de justice. En 2004, presque 60 % des mariages de même sexe étaient célébrés par un greffier. Ce pourcentage a chuté à 24 % en 2013. Depuis quelques années, les personnes désignées et les notaires célèbrent de plus en plus de mariages.

On peut penser que l'on cherche plutôt à se faire reconnaître parmi les personnes qui font partie du cercle d'amis plutôt que par des représentants traditionnels des autorités religieuses et civiles. Ça indique aussi que le mariage est une institution qui est en redéfinition dans ses rituels.

Line Chamberland

Depuis deux ans, les mariages célébrés par une personne désignée ont été les plus populaires. En outre, ils sont généralement un peu plus fréquents chez les couples féminins que masculins.

Le mariage religieux, célébré devant un ministre du culte, est quant à lui plutôt stable depuis 10 ans. En 2013, environ 2 mariages de même sexe sur 10 étaient religieux, les hommes et les femmes affichant une proportion similaire, selon l'ISQ.

Des origines plus diversifiées

Les couples de même sexe comptent plus fréquemment que les autres au moins un partenaire né à l'extérieur du Canada. Et le phénomène, plus accentué chez les hommes, a été observé dès le début de l'autorisation du mariage gai.

L'une des hypothèses, c'est que le fait de recourir au mariage peut faciliter la formation et la consolidation du couple, c'est-à-dire que si on a une relation avec un conjoint d'origine étrangère, l'obtention d'un statut d'immigrant n'est pas acquise, alors le mariage peut être une voie.

Line Chamberland

« Cela ne veut pas dire que ces mariages sont instrumentaux, mais cela peut faire partie des motifs pour lesquelles ils prennent ultimement la décision de se marier », ajoute Mme Chamberland.

Il faut noter que le nombre d'étrangers qui viennent se marier au Canada est en constante diminution depuis 10 ans, avec l'ouverture des différents pays au mariage pour tous.

Des tendances qui restent à confirmer

Il reste que les tendances observées sur 10 ans sont relativement à court terme sur le plan sociologique. Les données démographiques prennent souvent deux à trois décennies avant qu'il soit possible d'établir de véritables tendances.

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